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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300233

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300233

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSGRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Sgro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 25 novembre 2022 refusant le renouvellement de son certificat de résident algérien, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un certificat de résident algérien, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement et un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose des ressources nécessaires lui permettant de vivre décemment ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- la décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire française porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'incompétence de son auteur.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2022.

Par une ordonnance du 2 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marini, rapporteure ;

- et les observations de Me Sgro, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 7 juillet 1993, est entré régulièrement sur le territoire français le 14 septembre 2017 en qualité d'étudiant. Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien " étudiant " jusqu'au 4 novembre 2019. Il a ensuite obtenu un changement de statut et la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant " puis un certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur-profession libérale " valable jusqu'au 3 novembre 2022. Le 25 septembre 2022, M. B a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien et la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans. Par un arrêté du 25 novembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. La délégation consentie n'étant pas subordonnée à l'empêchement de son délégant, celui-ci ne peut être utilement contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant refus de séjour :

3. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". L'article 7 du même accord stipule que : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord ;/ a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ().".

4. M. B fait valoir qu'il a créé le 29 avril 2019 une entreprise d'ingénierie et études techniques et qu'il a perçu des bénéfices industriels et commerciaux d'un montant de 10 985 euros en 2019, 10 623 euros en 2020 et 23 500 euros en 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B disposait d'un revenu disponible de 5 492 euros en 2019, 6 863 euros en 2020 et 11 432 euros en 2021. Dans ces conditions, en retenant le motif tiré de l'insuffisance de ressources, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En deuxième lieu, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à la délivrance d'un titre de séjour pour motif familial, à l'encontre d'un refus de délivrance d'un certificat de résidence d'Algérien " visiteur ".

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

7. M. B fit valoir sa durée de présence en France et la circonstance qu'il a créé une activité professionnelle viable. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant réside sur le territoire français depuis cinq ans à la date de la décision attaquée, il a résidé en France deux ans en tant qu'étudiant. Par ailleurs, il est célibataire et sans enfant et il n'est pas établi qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas, en refusant de délivrer le certificat de résidence sollicité par l'intéressé, porté une atteinte disproportionnée à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux buts en vue desquels cette décision a été prise.

8. En dernier lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance, ne sont donc pas applicables aux ressortissants algériens, lesquels relèvent à cet égard des règles fixées par l'accord précité. M. B ne peut dès lors utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, bien que l'accord franco-algérien ne prévoie pas de modalités d'admission au séjour en raison de considérations humanitaires ou au regard des motifs exceptionnels semblables à celles prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est toujours loisible au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en faisant usage du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, et d'apprécier, compte-tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Il ne résulte pas des pièces du dossier, eu égard à la situation de M. B exposée aux points 4 et 7 du présent jugement, que le préfet aurait dû admettre le requérant au séjour à titre exceptionnel.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.

11. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'atteinte disproportionnée au droit à une vie privée et familiale normales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2022 ne peuvent qu'être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Tahar B, à Me Sgro et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La rapporteure,

C. Marini

Le président,

D. Marti

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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