jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300235 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé l'octroi d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travailler ou à tout le moins de réexaminer sa situation après lui avoir délivré dans un délai de huit jours une autorisation provisoire séjour avec autorisation de travailler, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Martin au titre des frais irrépétibles, valant renonciation de Me Martin à l'indemnisation prévue par la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- l'auteur de l'arrêté est incompétent.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- le fonctionnaire de la police aux frontières n'a pas compétence pour émettre un avis juridique sur la régularité de ses documents d'état civil mais peut seulement émettre un avis technique ;
- l'avis du fonctionnaire a été rendu en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- le préfet ne renverse pas la présomption d'authenticité de ses actes d'état civil ;
- le préfet s'est estimé être lié par le rapport de la police aux frontières et a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet de Meurthe-et-Moselle a examiné sa situation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 27 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marti, président-rapporteur,
- et les observations de Me Martin
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant malien, né le 27 juillet 2003, a déclaré être entré sur le territoire français au mois d'octobre 2018. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'état prise par le juge des tutelles du tribunal judiciaire de Nancy le 15 avril 2019. Le 31 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 15 novembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. " et aux termes de l'article L. 435-3 du même code : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, pour l'application des dispositions précitées des articles L. 423-22 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un mineur étranger ne peut être regardé comme ayant été confié au service départemental de l'aide sociale à l'enfance que s'il l'a été en vertu d'un jugement ou d'une ordonnance de l'autorité judiciaire sur le fondement des articles 375-3 ou 375-5 du code civil.
4. Il ressort des pièces du dossier que par ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'Etat du juge des tutelles des mineurs du tribunal de grande instance de Nancy du 15 avril 2019, M. A a été confié à l'aide sociale à l'enfance alors qu'il n'était pas encore âgé de seize ans. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité un titre de séjour le 31 décembre 2021, alors âgé de dix-huit ans. M. A pouvait utilement présenter une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet aurait dû procéder à l'instruction de sa demande à ce titre sur le fondement de ces dispositions.
5. L'intéressé n'ayant pas atteint l'âge de seize ans à la date où il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, il est fondé à soutenir que le préfet ne pouvait examiner sa situation sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans, étant précisé qu'il n'est pas établi, ni même allégué, que le requérant aurait spécifiquement sollicité l'examen de sa situation au regard de ces dernières dispositions. Il appartenait donc au préfet de Meurthe-et-Moselle de statuer sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non pas sur celles de l'article L. 435-3 de ce code. Or, la décision en litige ne vise pas les dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais celles de l'article L. 435-3 du même code.
6. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
7. Le préfet, en invoquant l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans son mémoire en défense, doit être regardé comme demandant au tribunal de substituer les dispositions de cet article à celles de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement qu'il avait initialement retenu pour statuer sur la demande de titre de séjour de M. A.
8. Toutefois, le préfet ne dispose pas du même pouvoir d'appréciation lorsqu'il se prononce sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'une admission exceptionnelle au séjour, ou au titre de l'article L. 423-22, prévoyant la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, s'agissant en particulier de la condition relative au sérieux du suivi de la formation. Le requérant ne disposant pas des mêmes garanties, la demande de substitution de base légale présentée par le préfet ne peut être accueillie.
9. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour qui lui a été opposé ainsi que, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de renvoi, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2022, compte tenu du motif retenu, implique seulement que le préfet de Meurthe-et-Moselle procède de nouveau à l'examen de la demande du requérant. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Martin de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que l'avocate de M. A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 novembre 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État versera à Me Martin une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Martin.
Délibéré après l'audience publique du 6 avril 2023 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
Le président-rapporteur,
D. MartiL'assesseur le plus ancien,
F. DurandLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2300235
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026