jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300361 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CORSIGLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023 et un mémoire complémentaire du 14 juin 2023, Mme B A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées, elles sont entachées d'incompétence et ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation de la menace que son comportement présente pour l'ordre public ; elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ; elle est entachée de vice de procédure en raison de la méconnaissance du droit d'être entendu ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public résultant de son comportement et du risque de fuite ;
- la décision fixant le pays de renvoi est contraire à l'article 3 et à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée et quant aux circonstances humanitaires ; elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté de circulation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Guidi, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guidi, magistrate désignée,
- les observations de Me Corsiglia, représentant Mme A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et demande en outre le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ; elle soutient également qu'elle est entrée régulièrement en France sous couvert de son passeport le 12 novembre 2022, ce qui ferait obstacle à une demande de substitution de motif de l'obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'obligation de quitter le territoire français ne peut pas non plus être légalement fondée sur le 50 de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile ; aucune décision de clôture de son dossier n'ayant été prise par l'OFPRA, l'attestation de demande d'asile qui lui avait été délivrée conférait un caractère régulier à son séjour en France ;
- les observations de Mme A, assistée d'un interprète en langue monténégrine ;
- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense et soutient en outre qu'à la date de l'arrêté Mme A n'avait pas justifié être entrée régulièrement sur le territoire français et n'avait pas produit les documents nécessaires à l'enregistrement de sa demande d'asile dans le délai qui lui avait été imparti, ce qui faisait obstacle à ce qu'elle puisse bénéficier du droit au maintien sur le territoire prévu par l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel est subordonné à l'enregistrement effectif de la demande d'asile.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante monténégrine est entrée sur le territoire français le 13 novembre 2022 sous couvert de son passeport et a présenté une demande d'asile auprès des services de la préfecture de Moselle le 28 novembre 2022. Elle a été interpellée le 30 janvier 2023 et placée en garde à vue le 30 janvier 2023 pour des faits de vol à l'étalage. Par un arrêté du 31 janvier 2023, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme A, placée en rétention après une nouvelle interpellation pour des faits de vol à l'étalage le 8 juin 2023, demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur la demande d'aide juridictionnelle de Mme A, il y a lieu d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Aux termes de l'article L. 521-7 du même code : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. () ".
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui est entrée régulièrement en France sous couvert de son passeport le 13 novembre 2023, s'est présentée aux services de la préfecture de la Moselle le 28 novembre 2022 pour présenter une demande d'asile. Elle a été convoquée le 9 décembre suivant au guichet unique de la préfecture de Metz, date à laquelle une attestation de demande d'asile en procédure accélérée lui a été délivrée, valable jusqu'au 8 juin 2023. Le préfet de la Moselle fait valoir que faute pour Mme A d'avoir adressé à l'OFPRA un dossier complet de demande d'asile dans le délai de 21 jours qui lui a été imparti, soit avant le 30 décembre 2022, elle ne pouvait être regardée comme bénéficiant du droit au maintien sur le territoire français prévu par l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et se trouvait par conséquent en situation irrégulière à la date du 31 janvier 2023, date à laquelle il lui a été fait obligation de quitter le territoire français. Toutefois, il est constant qu'à cette date l'OFPRA n'avait pris aucune décision de clôture de son dossier et que l'attestation de demande d'asile valable jusqu'au 8 juin 2023 délivrée à Mme A, laquelle était au demeurant entrée régulièrement en France moins de trois mois auparavant, n'avait pas été retirée. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que le préfet de la Moselle a commis une erreur de droit en lui faisant obligation de quitter le territoire français au motif que l'attestation de demande d'asile prévue par les dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France ne valait pas autorisation provisoire de séjour.
7. Si le préfet de la Moselle fait également valoir que la mesure d'éloignement est également légalement fondée sur les dispositions du 1° et du 5° des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort, d'une part, des pièces du dossier que même si Mme A n'a pas été en mesure de présenter son passeport lors de sa garde à vue le 30 janvier 2023, elle était néanmoins entrée régulièrement sur le territoire français le 13 novembre 2022, soit moins de trois mois auparavant. D'autre part, les faits de vol à l'étalage pour lesquels elle a été interpellée le 30 janvier 2023 ne peuvent être regardés comme un comportement constitutif d'une menace à l'ordre public pour l'application du 5° de de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme A le 31 janvier 2023 par le préfet de la Moselle doit être annulé ainsi que par voie de conséquence la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloigné et la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard au motif d'annulation de retenu et alors que la demande d'asile de Mme A a été définitivement rejetée par l'OFPRA par une décision du 24 avril 2023 qui lui a été notifiée le 27 avril 2023, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais de l'instance :
10. Ainsi qu'il a été dit au point 3, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Corsiglia, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.
D E C I D E :
Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est accordé à Mme A.
Article 2 : L'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet de la Moselle a obligé Mme A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à son conseil Me Corsiglia, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros lui sera versée directement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Moselle.
Lu en audience publique le 15 juin 2023 à 15 heures 41.
La magistrate désignée,
L. GuidiLa greffière,
L. Bourée
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026