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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300407

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300407

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantLEMONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2023, Mme C B, représentée par Me Lemonnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer un titre de séjour " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou à défaut de réexaminer sa situation et lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus renouvellement de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du CESEDA ;

- elle est prise en violation des conventions internationales relatives à la liberté d'étudier ;

- le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour régularisation au vu de sa situation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur un refus de séjour lui-même illégal ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur un refus de séjour lui-même illégal ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés et sollicite une substitution de base légale.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marti, président-rapporteur,

- et les observations de Me Lemonnier, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 8 octobre 1992, de nationalité algérienne, est entrée sur le territoire français le 9 septembre 2016 sous couvert d'un passeport en cours de validité. Etant inscrite en première année de master " sciences et génie des matériaux ", elle a bénéficié d'un certificat de résident algérien valable du 5 janvier 2017 au 30 septembre 2017. Le 30 octobre 2017, à l'appui d'une nouvelle inscription en première année de master " sciences et génie des matériaux ", l'intéressée a sollicité le renouvellement de son droit au séjour en qualité d'étudiante au titre de l'année 2017-2018 et s'est ainsi vu délivrer un certificat de résidence algérien valable du 5 novembre 2017 au 4 novembre 2018. Le 8 janvier 2019, la requérante a sollicité un second renouvellement de son titre de séjour en sa qualité d'étudiante, en se prévalant d'une inscription en deuxième année de master " sciences et génie des matériaux " au titre de l'année 2019-2020, elle s'est ainsi vu délivrer un nouveau certificat de résidence algérien valable du 5 novembre 2019 au 4 novembre 2020, également renouvelé jusqu'en 2022. Enfin, le 24 octobre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en se prévalant d'une inscription en première année de licence Langues, littérature, civilisation étrangères et régionales (LLCER). Par un arrêté du 21 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de renouvellement, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de certificat de résidence :

3. En deuxième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Ces dispositions subordonnent le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " notamment à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare suivre. Il résulte des stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants algériens désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par cette convention. Compte-tenu des termes des stipulations de l'accord franco-algérien et de ceux des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale demandée par le préfet de Meurthe-et-Moselle et de faire application des stipulations de cet accord.

4. En l'espèce, la décision contestée refusant de renouveler le certificat de résidence dont était titulaire Mme B trouve son fondement légal dans les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionnées par l'arrêté en cause, dès lors, en premier lieu, que les stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressée pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et, en troisième lieu, que le préfet de Meurthe-et-Moselle sollicite qu'à la base légale inapplicable de cet article L. 422-1 soit substituée celle applicable du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et que la requérante a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Dès lors, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale demandée.

5. Pour l'application des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée par un ressortissant algérien en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

6. Pour refuser de faire droit à la demande de Mme B, le préfet de Meurthe-et-Moselle a considéré que l'ensemble de son parcours ne démontrait pas le caractère réel et sérieux des études poursuivies depuis son entrée en France et sur l'absence de cohérence dans le déroulement du cursus universitaire de l'intéressée.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B était inscrite en 2016-2017 en master sciences et génie des matériaux à l'université de Champagne et que pour les années universitaires 2017-2018 et 2018-2019, elle était toujours inscrite en première année de master sciences et génie des matériaux parcours métallurgie avancée partenariat franco-allemand au sein de la faculté de sciences et technologies de l'université de Lorraine, redoublant ainsi deux fois la première année de master, au sein de deux universités différentes. La requérante s'est inscrite en deuxième année de master pour l'année universitaire 2019-2020 en sciences et génie des matériaux et a obtenu ainsi son diplôme de master. A l'issue de ces études, Mme B n'ayant pas trouvé de poste dans sa filière, s'est inscrite pour l'année 2020-2021 dans un diplôme universitaire en langues anglaises et situations professionnelles niveau avancé. N'ayant validé que cinq modules sur sept au cours de l'année universitaire 2020-2021, elle a été autorisée à redoubler pour l'année universitaire 2021-2022. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de ce diplôme universitaire, elle a été autorisée à s'inscrire à distance pour l'année universitaire 2022-2023 en première année de licence langues, littératures, civilisation étrangères et régionales. Si Mme B soutient s'être réorientée pour compléter sa formation antérieure, elle n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, que cette nouvelle formation en langue anglaise, débouchant sur un diplôme de niveau inférieur à ceux déjà obtenus, serait en lien avec les formations qu'elle a reçues en sciences et génie des matériaux et serait motivée par un projet professionnel précis. Mme B ne peut dès lors être regardée comme justifiant suffisamment du caractère réel et sérieux de ses études et de leur progression de sorte que, en refusant, le 21 décembre 2022, de lui délivrer le titre de séjour qu'elle demandait, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas méconnu les stipulations précitées, ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la cohérence et de la progression du cursus universitaire de l'intéressée.

8. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de stipulations de conventions internationales relatives à la liberté d'étudier sans plus de précisions ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de s'interroger sur la possibilité de régulariser la situation de la requérante au titre de son pouvoir discrétionnaire.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. Bien que Mme B soit entrée en France depuis septembre 2016, les titres de séjour dont elle a bénéficié en qualité d'étudiante ne lui donnaient pas vocation à s'installer de manière durable sur le sol national. En outre, si elle se prévaut de la présence de son frère sur le territoire français et de son engagement au sein d'une association humanitaire, elle ne peut être regardée comme ayant fixé le centre de ses intérêts personnels en France du seul fait de sa formation universitaire. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme B.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de ces décisions, invoquée par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme manquant en fait.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Lemonnier.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le président-rapporteur,

D. Marti

L'assesseur le plus ancien,

F. Durand

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300407

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