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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300646

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300646

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantLEMONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2023, Mme B A, représentée par Me Lemonnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, Me Lemonnier sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- cette décision est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 422-1 et R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'Homme et l'article 2 du protocole n°1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui consacrent son droit d'accéder à l'enseignement ;

- le préfet aurait dû user de son pouvoir discrétionnaire pour la régulariser et, en s'abstenant de le faire, il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, rapporteure,

- et les observations de Me Lemonnier, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante indonésienne née le 27 avril 1999, est entrée en France le 16 janvier 2018 muni d'un visa long séjour valant titre de séjour " étudiant ". Elle a obtenu le renouvellement de son titre de séjour jusqu'au 4 novembre 2022. Le 15 octobre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 16 janvier 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Par sa requête, la requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Aux termes de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le demandeur d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " doit produire au préfet un " justificatif de moyens d'existence suffisants (sauf pour les titulaires du visa de court séjour " étudiant concours "). Si l'étranger est " boursier du gouvernement français ou bénéficiaire de programmes européens ", il doit fournir : " un justificatif de cette situation " et s'il est boursier dans son pays d'origine : " l'attestation de bourse de l'organisme payeur du pays d'origine précisant le montant et la durée de la bourse ". Si l'étranger travaille, il doit transmettre ses trois dernières fiches de paie. S'il est pris en charge par un tiers, il doit produire le " justificatif d'identité du tiers ; les attestations bancaires de la programmation de virements réguliers ou une attestation sur l'honneur de versement des sommes permettant d'atteindre le montant requis (615 € mensuels). Enfin, si l'étranger dispose de ressources suffisantes, il transmet : " l'attestation bancaire de solde créditeur suffisant ".

3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme A en qualité d'étudiante, le préfet s'est fondé sur l'insuffisance de ses moyens d'existence suffisants et sur le fait qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que si Mme A n'a pas pu obtenir le diplôme d'études en langue française dès son arrivée en France, en 2018, du fait de son arrivée tardive sur le territoire français, elle a par la suite validé ses trois années de licence en économie-gestion au titre des années universitaires 2019-2020, 2020-2021 et 2021-2022 et sans redoublement. Elle a également obtenu un diplôme universitaire de " langue anglaise en situation professionnelle " avec mention au titre de l'année 2021-2022. Si Mme A s'est inscrite, au titre de l'année 2022-2023, à la formation tendant à l'obtention du diplôme de français langue étrangère, qu'elle a d'ailleurs obtenu quelques jours avant l'arrêté attaqué, elle justifie cependant que la maîtrise d'un niveau C1 minimal en français est nécessaire pour son admission à la formation en management et commerce international à laquelle elle projette de s'inscrire. Dans ces conditions, en raison de la cohérence de son parcours et alors que Mme A a, depuis son arrivée sur le territoire français, validé une licence en économie gestion et deux diplômes universitaires, elle est fondée à soutenir qu'en lui opposant l'absence de caractère réel et sérieux de ses études pour refuser de renouveler son titre de séjour, le préfet a fait une mauvaise application des dispositions précitées.

5. D'autre part, Mme A a produit, dans le cadre de la présente instance, une attestation de son père qui, si elle est datée du 2 février 2023, est de nature à révéler une situation antérieure. Par ce document, le père de la requérante atteste de ce qu'il lui a versé, depuis juillet 2022, une somme de 130 millions de roupies indonésiennes soit " l'équivalent de 8 000 euros ". Elle produit également des relevés bancaires dont il ressort qu'elle a perçu environ 4 965 euros de la part de ses parents sur la période comprise entre juillet 2022 et janvier 2023. La requérante produit également son contrat à durée indéterminée en qualité de serveuse et ses bulletins de salaire dont il ressort qu'elle a perçu, sur cette même période, des revenus à hauteur de 4 218 euros. Ainsi, sur une période d'un an, Mme A établit qu'elle a perçu mensuellement en moyenne la somme de 765 euros environ. Dès lors, elle est fondée à soutenir que le préfet a inexactement apprécié ces dispositions en estimant qu'elle ne disposait pas de moyens d'existence suffisants.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 janvier 2023 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour et, par voie de conséquence, l'annulation des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiante " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, dès notification du jugement, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais de l'instance :

8. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lemonnier, avocate de la requérante renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Lemonnier de la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 31 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiante " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Lemonnier, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Lemonnier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Lemonnier.

Délibéré après l'audience publique du 1er juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Cabecas, première conseillère

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

L. Fabas

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300646

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