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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300694

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300694

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2023, Mme E A, représentée par Me Chaïb, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a décidé son transfert aux autorités néerlandaises, responsables de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est l'a assignée à résidence dans le département de la Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, l'a interdit de sortir du département sans autorisation et l'a obligée à se présenter les mardis et jeudis entre 9h et 11h à l'hôtel de police de Nancy ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai d'un mois à compter la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté portant transfert aux autorités néerlandaises est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas reçu les informations prévues à l'article 4 du règlement n° 604/2013 ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas pu bénéficier de l'entretien prévu à l'article 5 du règlement n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que la préfète n'a pas fait usage du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose, alors qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

- l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé en raison de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités néerlandaises ;

- il est entaché d'incompétence ;

- il porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Chaïb, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; qui soulève un moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de Mme A en ce que les mentions de l'entretien individuel sont stéréotypées et erronés dès lors que Mme A, qui dit avoir signé le résumé de cet entretien sous la contrainte et sans en comprendre la teneur, n'a pas transité par les Pays-Bas et n'a pas pu faire valoir ses problèmes de santé ; qui soulève un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 dès lors que les informations mentionnées à cet article auraient dû lui être communiquées oralement ;

- et les observations de Mme A elle-même, assistée d'une interprète en langue amharique, qui indique qu'elle ne veut pas retourner dans son pays et ne peut pas aller en Hollande.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante éthiopienne, a sollicité l'asile le 16 novembre 2022. Par un arrêté du 7 février 2023, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a décidé son transfert aux autorités néerlandaises, responsables de sa demande d'asile. Par un arrêté du 7 février 2023, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a décidé de l'assigner à résidence. Mme A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de transfert du 7 février 2023 :

4. En premier lieu, Mme B D, cheffe du pôle régional Dublin, a reçu délégation l'autorisant à signer l'arrêté portant transfert aux autorités néerlandaises en litige par arrêté de la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est du 4 octobre 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 7 octobre suivant. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. ".

6. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 cité au point précédent. Eu égard à leur nature, la délivrance de ces informations constitue une garantie pour le demandeur d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de sa signature apposée sur la première page des documents produits par la préfète, que Mme A s'est vue remettre le 16 novembre 2022 le guide du demandeur d'asile, la brochure Eurodac et les brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", documents rédigés en langue triginya qu'elle a déclaré comprendre. Ces documents contiennent l'intégralité des informations prévues par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement n° 604/2013. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, la nécessité à la bonne compréhension de Mme A de lui communiquer oralement les informations mentionnées à l'article 4 du règlement n° 604/2013, citées au point 5, ne ressort d'aucune pièce du dossier, alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point précédent que ces informations lui ont été transmises par écrit dans une langue qu'elle a déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. ".

10. Il ressort des pièces du dossier, notamment du résumé d'entretien individuel produit en défense par la préfète, que Mme A a bénéficié, le 16 novembre 2022, de l'entretien individuel et confidentiel, mené par un agent qualifié de la préfecture, comme le prévoit l'article 5 du règlement n° 604/2013 cité au point précédent. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme manquant en fait.

11. En cinquième lieu, Mme A soutient que le compte-rendu de l'entretien individuel du 16 novembre 2022 mentionne à tort qu'elle a déclaré avoir traversé les Pays-Bas et être arrivée sur le territoire des Etats membres par les Pays-Bas. Toutefois, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a fondé sa décision sur la circonstance que Mme A était en possession d'un visa délivré par les autorités néerlandaises, périmé depuis moins de six mois au moment du dépôt de sa demande d'asile. Dès lors, la circonstance, à la supposer établie, que Mme A n'a pas transité par les Pays-Bas est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme A, assistée par un interprète en tigrigna, aurait signée ce résumé sous la contrainte et sans en comprendre la teneur. Enfin, si Mme A se prévaut de problèmes de santé, elle ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. "

13. Alors que Mme A se borne à soutenir qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, élément sans incidence sur la légalité de la décision en litige, qui n'a ni pour objet ni pour effet de la reconduire dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait entachée sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage du pouvoir discrétionnaire dont dispose chaque Etat membre pour examiner une demande de protection internationale, alors même que cet examen ne lui incombe pas.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 février 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a décidé son transfert aux autorités néerlandaises.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté d'assignation du 7 février 2023 :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 7 février 2023 n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté portant assignation à résidence devrait être annulé en raison de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités néerlandaises doit être écarté.

16. En deuxième lieu, Mme B D, cheffe du pôle régional Dublin, a reçu délégation l'autorisant à signer l'arrêté portant assignation à résidence en litige par arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 4 octobre 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 7 octobre suivant. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, dès lors, être écarté.

17. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que l'arrêté préfectoral porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale, sans produire de pièce ni apporter de précisions à l'appui de ses allégations, Mme A n'établit pas une telle atteinte.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 février 2023 portant assignation à résidence.

Sur les autres conclusions :

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me Chaïb et à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le magistrat désigné,

P. C

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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