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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300820

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300820

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300820
TypeDécision
PublicationC
FormationReconduites à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mars 2023 à 17 heures 57, M. E D, représenté par Me Issa, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 16 mars 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a renouvelé son assignation à résidence au sein de la Métropole de Nancy, pour une durée de 45 jours, avec astreinte à se maintenir quotidiennement à son domicile de 7 heures à 10 heures et obligation de se présenter les jeudis à 15 heures aux services de police de Nancy ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision attaquée est incompétent ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il n'a pas été mis à même de présenter des observations en méconnaissance des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et du décret du 28 novembre 1983 ;

- la décision est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'elle ne vise pas l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionné à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- la décision porte atteinte à sa liberté constitutionnelle d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marini, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Issa, représentant M. D qui rappelle que ce dernier a déjà fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence pendant 45 jours qu'il a respecté. La nécessité du renouvellement n'est pas démontrée. Le requérant a une adresse stable, connue. Il a remis son passeport et est coopératif. La mesure est disproportionnée. Il vit en France depuis 2017 avec sa mère qui a des problèmes de santé et qu'il aide pour ses rendez-vous médicaux. Il a également une compagne, ressortissante arménienne. Il a été débouté de sa demande d'asile mais confirme être exposé à des menaces pour sa vie en cas de retour dans son pays. Il a expliqué lors de son audition que c'est pour ce motif qu'il n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement. Le tribunal n'est pas lié par l'appréciation de l'OFPRA et de la CNDA. Le maintien à domicile et l'obligation de pointage ne sont pas motivées et ne sont pas justifiées au regard de sa situation. Elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. La décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant arménien né le 30 janvier 1992, est entré en France en 2017 muni d'un passeport en cours de validité mais dépourvu de visa. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 20 mai 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 28 juillet 2020, confirmé par un jugement du 17 novembre 2020 du présent tribunal, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 25 mai 2021, confirmé par un jugement du 21 octobre 2021 du présent tribunal, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 31 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. A la suite d'un contrôle routier, il a été placé, le 3 février 2023, en retenue pour vérification du droit au séjour par la compagnie républicaine de sécurité de Champigneulles. Par un arrêté du 3 février 2023, confirmée par un jugement du 8 février 2023 du présent tribunal, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 16 mars 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les autres conclusions :

4. En premier lieu, par un arrêté n°22.BCl.26 du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, sans condition d'absence ou d'empêchement du préfet. Par suite, M. B, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer la décision portant assignation à résidence. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français ainsi que celles d'assignation à résidence. Dès lors, la procédure contradictoire préalable anciennement prévue à l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, et codifiée depuis le 1er janvier 2016 aux articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable aux décisions portant assignation à résidence. Par suite, M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement de son audition administrative en date du 16 mars 2023 qu'il a eu la possibilité de présenter des observations.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () " Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Selon l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. " Il résulte de ces dispositions que le périmètre à l'intérieur duquel l'étranger assigné à résidence est autorisé à circuler, ainsi que la fréquence de sa présentation au service désigné par le préfet, sont indivisibles du principe même de l'assignation à résidence, compte tenu notamment de la finalité d'une telle mesure.

9. D'une part, la circonstance que la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas visée dans l'arrêté attaqué mais est citée dans les motifs de cette décision, est sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence. Au demeurant, il n'est pas contesté que le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant. D'autre part, M. D ne fait valoir aucun élément de nature à établir que son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet impose au requérant de se maintenir quotidiennement à son domicile de 7 heures à 10 heures et de se présenter les jeudis à 15 heures aux services de police de Nancy. M. D se prévaut de la présence en France de sa mère, laquelle présente des problèmes de santé et qu'il aiderait pour ses rendez-vous médicaux. Toutefois, il n'établit pas que cette circonstance ne lui permettrait pas d'honorer son obligation d'astreinte et de pointage. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas qu'en assortissant son assignation à résidence de ces conditions de présentation, le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ni que cette décision serait préjudiciable à sa libre circulation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La magistrate désignée,

C. A

La greffière

M. C

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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