jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301120 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | JACQUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 avril 2023 à 12h17, M. F D, représenté par Me Jacquin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2023, notifié le 11 avril 2023 à 13h53, par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités suédoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté en date du 3 avril 2023, notifié le 11 avril à 14h12, par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
4°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du CJA et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- Les arrêtés sont entachés d'une incompétence de leur auteur ;
- L'arrêté de transfert est entaché d'une erreur de droit en l'absence de délivrance des informations relatives à l'asile prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; il est insuffisamment motivé, est entaché d'une erreur de droit eu égard à l'article 19.3 du règlement, et d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard au rejet de sa demande d'asile en Suède et au risque d'être renvoyé dans son pays d'origine où les menaces pour sa sécurité perdurent ;
- L'arrêté portant assignation à résidence est entaché d'une insuffisance de motivation, d'un défaut de base légale, d'une erreur de droit, n'est ni nécessaire ni proportionné, et méconnait son droit de circulation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les observations de Me Jacquin, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête et souligne que l'arrêté de transfert est insuffisamment motivé au vu de l'obligation de l'article 26 du règlement Dublin, et qu'il ne prend pas en compte sa situation particulière. Il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement édicté par les autorités suédoises, l'Italie a refusé de le prendre en charge et la Grèce n'a pas été saisie, de sorte que la France est responsable de l'examen de sa demande d'asile. L'arrêté portant assignation à résidence n'est pas proportionné.
- et la préfète du Bas-Rhin n'étant ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, de nationalité afghane, est entré en France le 22 décembre 2022. Il a déposé une demande d'asile au guichet unique de la préfecture du Bas-Rhin le 28 décembre 2022. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé qu'il avait préalablement déposé une demande d'asile en Suède, les autorités de cet Etat ont été saisies le 3 janvier 2023 d'une demande de reprise en charge sur le fondement de l'article 18-1 du règlement n° 604/2013 du 26 décembre 2023 et y ont répondu favorablement le 9 janvier suivant. Le 16 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin a pris un arrêté de transfert de M. D aux autorités suédoises responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le 3 avril 2023, elle a pris un arrêté portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours. Ces arrêtés lui ayant été notifiés le 11 avril 2023, M. D en demande l'annulation.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux deux arrêtés contestés :
3. Par un arrêté du 4 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du 7 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme A C, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet notamment de signer les arrêtés de transfert " Dublin " et les décisions d'assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas été absent ou empêché à la date des arrêtés contestés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire desdits arrêtés doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté de transfert :
4. En premier lieu, l'arrêté du 16 mars 2023 comprend les éléments de droit et de fait sur lesquels il se fonde, et mentionne notamment que la consultation du fichier Eurodac a révélé que M. D avait franchi la frontière de l'Italie dans les 12 mois précédant une première demande d'asile déposée en Suède, et que si les autorités italiennes ont refusé de le prendre en charge, les autorités suédoises ont donné leur accord explicite le 9 janvier 2023 sur le fondement de l'article 18-1-b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 janvier 2013. Ces éléments permettant de connaitre le fondement de la décision de transfert, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait, tant eu égard à l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'à l'article 26 du règlement du 26 juin 2013.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le 28 décembre 2022, M. D s'est vu remettre deux brochures d'information, dont l'une dite " A " intitulée " j'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", l'autre dite " B " intitulée " je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", documents qui forment la brochure commune prévue par l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 et comportent l'ensemble des informations mentionnées au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Ces documents étaient rédigés en farsi, langue dont il ressort des pièces du dossier qu'elle était comprise par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
6. En troisième lieu, le requérant soutient que la France serait responsable de l'examen de sa demande d'asile puisqu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement édictée par les autorités suédoises, que l'Italie a refusé de le prendre en charge et que la Grèce n'a pas été saisie. Toutefois, d'une part, la détermination de l'Etat membre responsable se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un Etat membre, conformément à l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 janvier 2013, et, d'autre part, il est constant que M. D, qui n'a pas quitté le territoire des Etats membres de l'espace Schengen après la décision émise par les autorités suédoises, ne peut se prévaloir de l'article 19.3 du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite, en désignant la Suède comme Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, la préfète du Bas-Rhin n'a pas commis d'erreur de droit.
7. En quatrième lieu, M. D, qui a été repris en charge par les autorités suédoises sur le fondement de l'article 18 1) d) du règlement (UE) n°604/2013, soutient que, dès lors qu'il est définitivement débouté de sa demande d'asile en Suède, il est susceptible d'y être réacheminé vers l'Afghanistan, où il craint pour sa vie compte tenu de l'état d'insécurité de ce pays. Toutefois, l'arrêté contesté n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner l'intéressé vers l'Afghanistan, mais seulement de prononcer son transfert en Suède. La Suède, État membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'intéressé ne produit aucun élément de nature à établir qu'il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Suède dans la procédure d'asile ou que les juridictions suédoises n'auraient pas traité sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par ailleurs, il ne ressort pas du dossier qu'il ne serait pas en mesure de faire valoir devant ces mêmes autorités tout élément nouveau relatif à l'évolution de sa situation personnelle et à la situation qui prévaut en Afghanistan. Ainsi, le requérant n'établit pas que la préfète du Bas-Rhin aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions susvisées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de transfert en date du 16 mars 2023.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
9. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ". Aux termes de l'article L. 751-4 du même code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables. () ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation.
10. L'arrêté du 3 avril 2023 assigne M. D à résidence dans le département de la Meurthe-et-Moselle pour une durée de 45 jours, lui fait interdiction de sortir de ce département sans autorisation, l'oblige à circuler muni des documents justifiant de sa situation administrative, et l'oblige à se présenter les mardis et jeudis à 9heures aux services de police de Mont-Saint-Martin.
11. Pris sur le fondement des dispositions précitées, il comprend les éléments de droit et de faits sur lesquels il se fonde. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut de base légale ne peuvent qu'être écartés.
12. M. D fait valoir que ces contraintes seraient disproportionnées aux buts en vue desquels la décision a été prise. Toutefois, il ne justifie d'aucune circonstance faisant obstacle à ce qu'il s'y soumette. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais d'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le conseil de M. D demande sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à Me Jacquin et à la préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La magistrate désignée,
F. E
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026