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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301378

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301378

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBACH-WASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2023 à 15 heures 25 et un mémoire complémentaire enregistré le 9 mai 2023, M. F A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 mai 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et il ne présente pas un risque de fuite ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires et quant à la durée de cette interdiction ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Bach-Wassermann, avocate commise d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée dès lors que son placement en garde à vue résulte d'une simple dispute conjugale et qu'aucune suite pénale n'a été donnée à ce placement en garde à vue ;

- et les observations de M. G, représentant la préfète du Bas-Rhin, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la menace à l'ordre public est caractérisée ; que les démarches en vue d'un mariage ne sont pas établies par les pièces produites ; que ni la grossesse de la compagne du requérant, ni le fait qu'il serait le père de l'enfant ne sont établis ; qu'en tout état de cause la communauté de vie est récente ; que la décision portant refus de délai de départ volontaire pourrait être fondée sur les dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 27 mars 1987 à Tunis (Tunisie), déclare être entré en France en 2017. A la suite de son interpellation par les forces de police pour des faits de violence conjugale, la préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 2 mai 2023, fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Placé en rétention administrative, M. A demande l'annulation de cet arrêté du 2 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté contesté a été signé par M. B C, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière à la préfecture du Bas-Rhin, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie pour signer un tel acte par un arrêté de la préfète du 6 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision par laquelle la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A soutient qu'il est entré en France en 2017, qu'il vit en couple avec une ressortissante française enceinte de ses œuvres, qu'ils ont l'intention de se marier et qu'il travaille en tant que technicien en fibre optique depuis 2020. Il ressort cependant des pièces du dossier que la communauté de vie avec Mme E, qui aurait débuté, selon les déclarations des intéressés, à compter d'octobre 2022, est très récente. M. A ne justifie par ailleurs pas avoir d'autres attaches personnelles ou familiales en France ni être isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Il ne justifie pas non plus d'une particulière intégration professionnelle. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la préfète du Bas-Rhin aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". Aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

7. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que la préfète, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. D'une part, si le requérant soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire dès lors que cette dernière n'est pas fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, M. A ne conteste pas qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Ces motifs, pris sur le fondement des dispositions combinées des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiaient légalement la décision portant refus de délai de départ volontaire, sans qu'y fasse obstacle la circonstance alléguée que l'intéressé disposerait de garanties de représentation Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée et doit être rejetée.

11. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être, en tout état de cause, écarté pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 5 du présent jugement.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la légalité de la décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /() ".

14. En premier lieu, l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. A cet égard, la préfète du Bas-Rhin a justifié la mesure prise à l'encontre du requérant en se fondant sur les conditions de son entrée et de son séjour en France, sur la menace à l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français et sur l'absence de démonstration de l'intensité de ses liens avec la France. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas fondée et doit être rejetée.

16. En troisième lieu, M. A soutient que la préfète du Bas-Rhin a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas de circonstances humanitaires. Toutefois, ni les liens qu'il allègue avec Mme E, ni la circonstance qu'il travaillerait en France ne permettent, en l'espèce, de caractériser l'existence de circonstances humanitaires à raison desquelles la préfète aurait pu s'abstenir d'édicter la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en litige. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, compte tenu notamment de ces mêmes circonstances, que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porterait au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure et, par suite, méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la préfète du Bas-Rhin.

Lu en audience publique le 11 mai 2023 à 15 heures 46.

Le magistrat désigné,

B. D

La greffière,

L. BouréeLa République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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