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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301439

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301439

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, M. C B, représenté par Me Levi-Cyferman, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 4 février 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, subsidiairement, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge du l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il y a urgence à statuer dès lors qu'il a été dans l'obligation d'interrompre son apprentissage depuis de nombreux mois, que le contrat jeune majeur signé avec le département prendra fin en septembre et que le jugement de l'affaire au fond ne peut toujours pas être fixé ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée dès lors que :

o l'auteur de l'acte est incompétent ;

o la décision n'est pas motivée ;

o la décision est intervenue au terme d'une procédure irrégulière méconnaissant l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

o le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

o le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a méconnu ces dispositions ;

o la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, aucune présomption d'urgence ne s'attachant à sa première demande de titre, tandis que les éléments apportés par l'intéressé, qui a attendu plus d'un an avant de saisir le juge des référés, de révèlent pas une situation d'urgence ;

- il n'existe aucun doute sur la légalité de la décision.

Vu :

- la requête n° 2201401 enregistrée le 16 mai 2022 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Olivier Di Candia, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2023 à 9h30 :

- le rapport de M. Di Candia, juge des référés ;

- les observations de Me Levi-Cyferman, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, ainsi que les observations de M. B lui-même ;

- et les observations de Mme A, pour le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui reprend les conclusions et moyens de son mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 30 mai 2023 à 10h24.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. M. B, ressortissant malien né le 4 septembre 2002, est entré en France en qualité de mineur isolé étranger en 2019. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle par une ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'Etat du tribunal de grande instance de Nancy du 29 mars 2019. Au titre de l'année 2020/2021, il a été scolarisé au lycée professionnel Marie Immaculée dans le cadre du dispositif de réussite pour tous afin d'améliorer sa pratique du français et a concomitamment suivi plusieurs stages auprès de la SARL Couvr'toit, du 12 mai au 30 juin 2020 puis du 1er au 30 juillet 2020. A sa majorité, il a demandé au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour. Le préfet a rejeté cette demande par un arrêté du 9 avril 2021 qui a été annulé par un jugement du 16 novembre 2021, enjoignant au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé. En exécution de ce jugement, le préfet de Meurthe-et-Moselle a, de nouveau, refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, par une décision du 4 février 2022 dont l'intéressé demande la suspension de l'exécution sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués à l'appui de la requête de M. B ne paraissent pas propres à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions à fin de suspension et d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Levi-Cyferman.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 30 mai 2023.

Le juge des référés,

O. Di Candia

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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