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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301514

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301514

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301514
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantBACH-WASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2023 et un mémoire enregistré le 17 août 2023 qui n'a pas été communiqué, Mme A B, représentée par Me Bach-Wassermann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 11 janvier 2023 portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à tout le moins, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence quant à l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de sa situation ; ses études ont connu une progression, elle n'a redoublé qu'une fois, elle a souffert de dépression pendant la pandémie et a été victime de harcèlement de la part de son bailleur ; elle a souffert de troubles psychologiques et a dû interrompre ses études ; elle s'est inscrite au CNAM pour l'année 2022-2023 et a obtenu de bons résultats ; ses ressources sont suffisantes ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Marti, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, est entrée régulièrement en France le 15 août 2020 munie d'un visa long séjour valant titre de séjour d'un an. Son titre de séjour a été renouvelé une première fois. Elle a à nouveau sollicité le renouvellement de sa carte de séjour en qualité d'étudiant le 16 septembre 2022. Par un arrêté du 11 janvier 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler une seconde fois son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Mme B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 19 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judicaire de Nancy a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, par un arrêté n°22.BCl.26 du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, sans condition d'absence ou d'empêchement du préfet. Par suite, M. C, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer la décision portant assignation à résidence. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux rappelle les conditions d'entrée sur le territoire français ainsi que le parcours universitaire et la situation personnelle et familiale de Mme B. Par suite, l'arrêté qui n'avait pas à décrire de manière exhaustive la situation de l'intéressée, comporte les considérations de fait sur lesquelles il se fonde et le moyen peut être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

7. Il appartient à l'autorité préfectorale comme à toute administration de faire application du droit de l'Union européenne et d'en appliquer les principes généraux, dont celui du droit à une bonne administration. Parmi ces principes, figure celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce droit implique seulement, qu'informé de ce qu'une décision est susceptible d'être prise à son encontre, l'intéressé soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales.

8. Toutefois, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Ainsi, à l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français et sur le délai de départ qui sont pris concomitamment et en conséquence du refus d'admission au séjour.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", a pu, à l'occasion de cette demande, préciser à l'administration les motifs pour lesquels elle demandait le renouvellement de ce titre et produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartenait, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'elle jugeait utiles. Il lui était également loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Dès lors, Mme B, qui au demeurant, a pu exposer à l'administration sa situation, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté méconnait le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendue avant l'adoption d'une mesure défavorable.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

11. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour présenté par Mme B, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur deux motifs, le premier tendant à ce qu'elle n'attestait pas du caractère réel et sérieux de ses études et le second tenant au caractère insuffisant de ses ressources.

12. A l'appui de sa demande tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, Mme B produit une attestation de prise en charge du 18 janvier 2023 de son beau-frère M. D, un bulletin de salaire et une attestation d'hébergement en région parisienne. Ces éléments ne sont à l'évidence pas de nature à établir, en l'absence de tout justificatif de versement actuel ou passé au bénéfice de la requérante, que Mme B dispose effectivement pour subvenir à ses besoins pendant la durée de son séjour en France d'au moins 615 euros par mois. Le préfet n'a ainsi pas méconnu les dispositions citées au point 10 en refusant à Mme B, au motif de ce que l'intéressée ne justifie pas de moyens d'existence suffisants, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B, dont la présence en France est récente, serait dépourvue d'attaches familiales au Maroc. Elle est célibataire et sans enfant. Elle ne justifie pas de liens personnels et familiaux d'une intensité, stabilité et ancienneté particulières en France. Elle n'établit pas non plus être démunie d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2023 du préfet de Meurthe-et-Moselle. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme B tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Bach-Wassermann et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 31 août 2023 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

D. Marti

L'assesseur le plus ancien,

F. Durand

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2301514

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