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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301584

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301584

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLEMONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2023 à 17 heures 52 et un mémoire complémentaire enregistré le 31 mai 2023, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 mai 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre par un arrêté du 23 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or est entaché d'incompétence ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires et quant à la durée de la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- il méconnaît le droit constitutionnel d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coudert,

- les observations de Me Lemonnier, avocate commise d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. E, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 11 décembre 1995 à Soukhras (Algérie), est entré irrégulièrement sur le territoire français en juin 2022. A la suite de son interpellation par les services de police, le préfet de la Côte-d'Or, par un arrêté du 23 septembre 2022, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. A la suite de son arrestation par les services de la gendarmerie de Quetigny, le préfet de la Côte-d'Or, par un arrêté en date du 23 mai 2023, a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre. Placé en rétention administrative, M. A demande l'annulation de cet arrêté du 23 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le préfet de la Côte-d'Or a régulièrement donné délégation, par arrêté du 30 janvier 2023, publié le 2 février 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture, et en cas de son absence ou empêchement, à Mme Amelle Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le secrétaire général n'aurait pas été absent ou empêché le 23 mai 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme B n'était pas compétente pour signer l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a prolongé la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-11 dudit code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour prolonger de deux années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans prise à l'encontre de M. A le 23 septembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or s'est principalement fondé sur la menace pour l'ordre public que représente la présence de l'intéressé sur le territoire français au regard de la multiplicité de ses mises en cause dans des affaires de vol aggravé ou de vol en réunion depuis son entrée sur le territoire français en juin 2022. Le préfet a également relevé que M. A était célibataire et sans enfant à charge en France alors qu'il n'établissait pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence sur le territoire français représentait une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il a déposé une demande d'asile en Allemagne, il n'apporte aucune justification à l'appui de cette allégation, dont la véracité est contestée par le préfet. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. A puisse se prévaloir de circonstances humanitaires faisant obstacle à ce que l'autorité administrative prolonge la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à deux années la durée de cette prolongation.

7. En dernier lieu, M. A soutient que la décision porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel d'asile dès lors qu'elle fait obstacle à ce qu'il se rende en Allemagne afin d'y solliciter l'asile. Il résulte toutefois des dispositions de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'intéressé peut solliciter à tout moment l'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Si cette demande n'est recevable que si l'intéressé réside hors de France, une telle condition n'est pas de nature à porter atteinte au droit d'asile dès lors que le refus d'entrée sur le territoire ne fait pas obstacle au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011, aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la Constitution les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'identique à l'article L. 613-7. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Côte-d'Or.

Lu en audience publique le 1er juin 2023 à 15 heures 11.

Le magistrat désigné,

B. Coudert

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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