vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301675 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire enregistrée le 2 juin 2023, M. C A demande au tribunal :
1°) la désignation d'un avocat commis d'office au titre de l'aide juridictionnelle et d'un interprète en langue albanaise ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 1er juin 2023 par lequel le préfet du Jura lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de 18 mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sur le fondement des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Le requérant soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
- l'arrêté est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant au risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2023, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Milin-Rance pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,
- les observations de Me Corsiglia, avocate commise d'office représentant M. A, présent et assisté d'un interprète en langue albanaise, qui demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et conclut en outre à l'annulation de la décision portant assignation à résidence par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français. Il soutient que le préfet du Jura ne justifie d'aucun des motifs sur lesquels il fonde sa décision, ne produit pas le procès-verbal d'audition par les services de police et ne justifie pas avoir mis à même le requérant de présenter ses observations avant de prendre une mesure d'éloignement. Sa décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation. Il est entré pour la première fois en France en 2013 avec son épouse et leurs trois enfants mineurs. Leur quatrième enfant est né à Nancy. La précédente mesure d'éloignement a été exécutée. Il est revenu en France en urgence fin 2019 à la demande de sa fille aînée, alors que son épouse, gravement malade, devait subir une opération chirurgicale. Elle est décédée le 4 décembre 2019 des suites de sa maladie. Ses intérêts privés et familiaux sont transférés en France où il réside avec ses quatre enfants, ses deux enfants mineurs poursuivent leur scolarisation à Pont-à-Mousson et ses deux aînés son titulaires de cartes de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " les autorisant à travailler. Sa fille a obtenu un BTS et poursuit ses études et son fils est titulaire d'un BEP et d'un contrat de travail. Il a adressé de nombreuses demandes de régularisation au préfet de Meurthe-et-Moselle, qui les a classées sans suite.
- les observations d'Irina A invitée à s'exprimer par la magistrate désignée,
- Le préfet du Jura n'étant ni présent ni représenté.
Après avoir, à l'issue de l'audience, informé les parties présentes de l'irrecevabilité des conclusions additionnelles tendant à l'annulation de la décision d'assignation à résidence, la magistrate désignée a fixé la clôture de l'instruction à 16 heures, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Un mémoire pour M. A a été produit le 16 juin 2023 à 15h58 et n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité albanaise, a été interpellé par les services de la gendarmerie le 31 mai 2023 et a été placé en retenue administrative aux fins de vérification de son droit au séjour. Le 1er juin 2023, le préfet du Jura lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de 18 mois. Placé en rétention administrative, avant d'être libéré par le juge des libertés et de la détention le 4 juin 2023, il a fait l'objet d'un arrêté du même jour portant assignation à résidence pris par le préfet de Meurthe-et-Moselle qui en a informé le tribunal. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 1er juin 2023 du préfet du Jura.
2. M. A, placé en rétention lors de l'introduction de sa requête, a présenté celle-ci sans ministère d'avocat et a été assisté à l'audience par Me Corsiglia, avocate commise d'office désigné par le bâtonnier du barreau de Nancy, et par un interprète en langue albanaise, en application des dispositions de l'article L. 614-10 et L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle portant assignation à résidence a été notifié à M. A le 4 juin 2023 à 20 heures 57 et comportait les voies et délais de recours. Les conclusions qu'il présente à l'audience, le 16 juin 2023 à 14 heures, ont été enregistrées après l'expiration du délai de 48h dont il disposait pour contester cet arrêté. Ces conclusions étant tardives, elles doivent être rejetées comme étant irrecevables.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, titulaire d'un passeport kosovar valable jusqu'au 19 février 2029, est entré en France pour la première fois en 2013 avec son épouse et leurs trois enfants mineurs, que leur quatrième enfant est né à Nancy en 2013, qu'il justifie de sa résidence avec son épouse entre 2013 et 2019, du décès de son épouse le 4 décembre 2019 à Pont-à-Mousson, de sa résidence au 28 place Saint-Antoine à Pont-à-Mousson depuis 2020, à la même adresse que ses enfants devenus majeurs, qui sont titulaires de cartes de séjour pluriannuelles " vie privée et familiales " délivrées en décembre 2021 et décembre 2022, de la scolarisation régulière de ses quatre enfants et de plusieurs attestations circonstanciées d'assiduité et de bonne intégration rédigées par deux enseignants et deux chefs d'établissements scolaires en 2015, 2019 et 2021. Par ailleurs, le requérant justifie avoir déposé des demandes de régularisation sur la plateforme demarches-simplifiees.fr les 4 février et 28 avril 2022 qui ont été classées sans suite, et une dernière demande déposée le 8 mars 2023 sur laquelle aucune réponse n'a été adressée à la date de la décision contestée. Au vu de ces éléments, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet du Jura a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle et familiale de M. A.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet du Jura l'a obligé à quitter le territoire sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pour une durée de 18 mois.
7. L'annulation de cet arrêté implique nécessairement que l'autorité administrative compétente procède au réexamen de la situation de M. A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
8. M. A étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Corsiglia, avocate commise d'office, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante à l'instance, le versement à cette avocate de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet du Jura a obligé M. A à quitter le territoire sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pour une durée de 18 mois est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à l'autorité administrative compétente de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Corsiglia la somme globale de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Corsiglia et au préfet du Jura.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.
La magistrate désignée,
F. Milin-Rance
La greffière
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Jura en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026