jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301694 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | GRÜN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2023, Mme B D épouse E, représentée par Me Grün, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, à titre de subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et, en tout état de cause, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Grün, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il a été pris par une autorité incompétente, dès lors que la signataire ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet régulièrement publiée ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- cette motivation stéréotypée révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le collège de médecins de l'OFII est irrégulièrement composé au regard des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'aurait pas siégé au sein du collège de médecins ;
- les médecins du collège n'ont pas été régulièrement désignés ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est estimé lié par l'avis émis par le collège de médecins et s'est mépris sur l'étendue de sa compétence ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Géorgie, qu'elle souffre de nombreuses pathologies qui ne sont pas traitées dans son pays d'origine et qu'elle n'a pas les moyens financiers d'accéder aux soins que requiert son état de santé ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle, médicale, et familiale ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente car la signataire ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet régulièrement publiée ;
- la mesure d'éloignement prise à son encontre est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; cette motivation stéréotypée révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît le 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle, médicale et familiale ;
En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :
- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence et, par suite, les dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE dès lors qu'il ressort de la décision contestée qu'il s'est estimé en situation de compétence liée pour limiter le délai de départ volontaire à trente jours sans procéder préalablement à un examen de sa situation particulière ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle porte atteinte à son droit à ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente car la signataire ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet régulièrement publiée ;
- elle est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D épouse E ne sont pas fondés.
Mme D épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bourjol a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D épouse E, ressortissante géorgienne, née le 19 décembre 1993, a déclaré être entrée en France le 16 décembre 2021, accompagnée de son époux, M. F E et de leur fils mineur, afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 août 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile par décision du 31 janvier 2023. La demande d'asile déposée par son époux a été également définitivement rejetée. Le 15 mars 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de son état de santé. Par un arrêté du 24 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays de renvoi. Par sa requête, Mme B D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 juin 2023. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Il s'ensuit qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs au refus de titre de séjour et à l'obligation de quitter le territoire français, contenus dans l'arrêté contesté :
3. Il ressort des termes des décisions contestées que pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme D et lui faire obligation de quitter le territoire français, le préfet de Meurthe-et-Moselle, après avoir visé les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que l'intéressée, de nationalité géorgienne, était entrée irrégulièrement en France en 2021 en compagnie de son conjoint et de son fils mineur, que la demande d'asile présentée tant par Mme D que par son époux avait été définitivement rejetée. Le préfet a indiqué que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avait estimé que si le défaut de prise en charge médicale de Mme D était susceptible d'emporter de conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait néanmoins accéder aux soins que requiert son état de santé en Géorgie. Il a précisé également qu'elle ne bénéficiait, dès lors, plus du droit de se maintenir sur le territoire français et qu'elle pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il est par ailleurs mentionné que, compte tenu du caractère récent de son entrée sur le territoire en 2021, elle n'établissait pas avoir tissé des liens particulièrement intenses et stables avec la France, que son époux faisait également l'objet d'une mesure d'éloignement et que la cellule familiale a ainsi vocation à se reconstituer hors de France. Les décisions litigieuses comportent ainsi l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle par ailleurs que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de son caractère stéréotypé, et du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée, ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, le refus de titre de séjour contesté a été signé par Mme C A, directrice de l'immigration et de l'intégration par intérim, qui, en vertu de l'article 1er paragraphe 1.2 de l'arrêté du 5 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, a reçu du préfet de Meurthe-et-Moselle délégation de signature à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière de titre de séjour et d'éloignement des étrangers. Ces dispositions donnaient compétence à Mme A pour signer la décision contestée du 24 mai 2023. Dès lors le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". En vertu de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. (). ". Aux termes de son article R. 425-12 : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. / () / Il transmet son rapport médical au collège de médecins. (). ". L'article R. 425-13 du même code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. (). ".
6. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles susmentionnés : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical (). ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Ces dispositions prévoient que le médecin rapporteur ne siège pas au sein de ce collège. En cas de contestation devant le juge administratif portant sur ce point, il appartient à l'autorité administrative d'apporter les éléments qui permettent l'identification du médecin qui a rédigé le rapport et, par suite, le contrôle de la régularité de la composition du collège de médecins. Le respect du secret médical s'oppose toutefois à la communication à l'autorité administrative, à fin d'identification de ce médecin, de son rapport, dont les dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient la transmission qu'au seul collège de médecins et, par suite, à ce que le juge administratif sollicite la communication par le préfet ou par le demandeur d'un tel document.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du bordereau de transmission rédigé par le directeur général de l'OFII, que le rapport médical établi le 26 octobre 2022 par un médecin du service médical de la direction territoriale de l'OFII de Metz a été transmis au collège de médecins le 28 octobre suivant. Il ressort des mentions de l'avis rendu par le collège que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant examiné le dossier de la requérante, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'avis en cause serait entaché d'irrégularité pour ce motif.
9. Par ailleurs, il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 3 janvier 2023 qu'il comporte la signature de l'ensemble des membres de ce collège, qui ont au demeurant été régulièrement désignés par une décision du 3 octobre 2022 du directeur général de l'OFII, produit par l'autorité préfectorale en défense. Par suite, les moyens tirés des vices de procédure soulevés par la requérante doivent être écartés en toutes leurs branches.
10. En troisième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
11.En l'espèce, pour refuser de délivrer à Mme B D le titre de séjour sollicité à raison de son état de santé, le préfet s'est fondé sur l'avis précité du collège de médecins de l'OFII du 3 janvier 2023 selon lequel si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, les caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire lui permettent de bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie et qu'au vu des éléments du dossier, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si la requérante produit deux certificats rédigés en termes identiques par un praticien hospitalier du Nouvel Hôpital Civil de Strasbourg, datés des 4 et 24 avril 2023, attestant, sans autre précisions, qu'elle souffre d'une sclérodermie systémique cutanée diffuse de type auto-immune, qui nécessite des hospitalisations régulières et un suivi médical à long terme, ainsi qu'un certificat d'un médecin généraliste évoquant un suivi régulier pour plusieurs pathologies nécessitant une prise en charge à Metz, ces médecins ne se prononcent pas sur l'absence d'accès effectif en Géorgie aux soins que requiert son état de santé de nature à mettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, et dès lors que l'état de santé ne justifiait pas que le collège de médecins s'assure de la disponibilité d'un traitement adapté en Géorgie, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 citées au point 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à la requérante un titre de séjour.
12. En quatrième lieu, Mme D n'établit ni même n'allègue avoir adressé au préfet, préalablement à l'arrêté litigieux, des documents lui permettant d'apprécier son état de santé. Dans ces conditions, le préfet ne pouvait que se fonder sur l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dès lors, la reprise des termes de l'avis dans la décision litigieuse ne permet pas, à elle seule, d'établir que le préfet se serait estimé lié par celui-ci et aurait ainsi méconnu l'étendue de sa compétence.
13. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. Mme D se prévaut de sa vie privée et familiale en France où elle résiderait avec l'ensemble de sa famille et la scolarisation de son fils mineur. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'entrée en France il y a moins de deux ans à la date de l'arrêté contesté en 2021, à l'âge de 28 ans, elle ne justifie pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine. La requérante n'apporte aucune précision quant à la stabilité et l'intensité des liens personnels qu'elle aurait noués sur le territoire français. Elle n'a été autorisée à séjourner sur le territoire que temporairement, durant l'instruction de sa demande d'asile. Son époux fait également l'objet d'une mesure de refus de séjour assortie d'une mesure d'éloignement par arrêté du même jour. Ainsi, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que sa vie privée et familiale se poursuive en Géorgie. Dans ces conditions, le refus de séjour litigieux ne peut être regardé comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation de sa situation personnelle doit également être écarté.
15. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
16. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, et dès lors que la requérante ne fait valoir aucun élément de nature à établir que son fils mineur ne pourrait poursuivre sa scolarité en Géorgie, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit également être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Il résulte de ce qui a été dit au point 11 que la requérante n'établit pas que son état de santé, dont il n'est pas contesté qu'il nécessite une prise en charge dont le défaut entraînerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Géorgie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
19. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 14 et 16, en prenant à l'encontre de la requérante la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :
20. Aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4 () / 2. Si nécessaire, les Etats membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux ". Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
21. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est interrogé sur la possibilité, au regard de la situation personnelle de l'intéressée, de prolonger le délai de départ volontaire. La requérante n'a fait valoir aucune circonstance particulière, autre que son état de santé, qui aurait pu justifier une prolongation de ce délai. Dans ces conditions, Mme D n'établit pas que le délai de trente jours qui lui a été accordé était manifestement insuffisant. Dès lors, les moyens tirés tant de la méconnaissance de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 dont les dispositions ont, au demeurant, été transposées dans l'ordre interne, ne peuvent être accueillis.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
22. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En se bornant à indiquer qu'elle a dû fuir son pays, sans invoquer aucun élément précis, Mme D n'établit pas qu'elle encourrait des risques de traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne les autres conclusions à fin d'annulation :
23. Si la requérante a également présenté des conclusions dirigées contre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français qui aurait été prise à son encontre, il ressort de l'arrêté contesté du 24 mai 2023 que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas assorti son arrêté d'une telle mesure. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mai 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme D tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse E, à Me Grün et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience publique du 7 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Bourjol, première conseillère,
Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
A. Bourjol
Le président,
O. Di Candia
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2301694
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026