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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302540

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302540

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHAMPY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2023, Madame B A, représentée par Me Champy, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 22 août 2023 par lesquels la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a, d'une part, obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, d'autre part assignée à résidence dans la Métropole du Grand Nancy avec obligation de se présenter, tous les mardis et vendredis, y compris les jours fériés, à l'hôtel de police de Nancy Lobau à 11h00 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros à verser à son conseil qui renonce dans cette hypothèse au bénéfice de la part contributive de l'Etat dans les conditions prévues à l'article 108 de la loi du 10 juillet 1991, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de cette loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- en refusant implicitement de lui délivrer le titre de séjour qu'elle a sollicité, la préfète de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'auteur de la décision portant obligation de quitter le territoire français est incompétent pour en être le signataire ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas procédé à l'examen individuel de sa situation avant de prendre une mesure d'éloignement ;

- la même décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'auteur de la décision fixant le pays de destination est incompétent pour en être l'auteur ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée ;

- la même décision doit être annulée du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant assignation à résidence n'est pas motivée au regard des exigences de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant assignation à résidence est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant assignation à résidence méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les modalités selon lesquelles elle est tenue de se présenter au commissariat de police sont disproportionnées ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une décision du 14 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le rapport de M. Di Candia a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après que l'affaire a été appelée à l'audience, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante russe née le 27 juillet 1995, a déclaré être entrée en France en mars 2016 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile ayant été rejetée, elle a fait l'objet de deux mesures d'éloignement, prononcées en 2017 et 2019, qu'elle n'a pas exécutées. Le 2 juin 2023, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Sa demande ayant été rejetée irrecevable le 19 juin au motif que sa demande n'était pas complète, elle a déposé un dossier de demande d'admission exceptionnelle complété le 30 juin 2023 en cours d'instruction. Par des arrêtés du 22 août 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a, d'une part, fait obligation, sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra, le cas échéant, être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de vingt-quatre mois, d'autre part l'a assignée à résidence dans la Métropole du Grand Nancy avec obligation de se présenter, tous les mardis et vendredis, y compris les jours fériés, à l'hôtel de police de Nancy Lobau à 11h00. Mme A demande l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

3. Il appartient au préfet qui entend, en application de ces dispositions, obliger un étranger à quitter le territoire, de procéder à un examen particulier de sa situation et de s'assurer, au vu de l'ensemble des éléments dont il a connaissance, qu'aucune circonstance ne fait obstacle à une mesure d'éloignement.

4. En l'espèce, l'arrêté en litige portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé que sur le 3° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la circonstance que Mme A ait fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, ainsi que le relève l'arrêté attaqué, ne suffit pas à regarder la requérante comme s'étant vue refuser la délivrance d'un titre. Si l'arrêté attaqué indique par ailleurs le dépôt par l'intéressée d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 30 juin 2023, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette demande ait fait l'objet d'un refus de délivrance. Enfin, la circonstance que les services de la préfecture aient, le 19 juin 2023, refusé d'instruire le précédent dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour de la requérante ne saurait suffire à la faire regarder comme entrant dans le champ du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, les seules mentions de l'arrêté en litige ne permettent pas d'établir que la préfète de Meurthe-et-Moselle a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée. Mme A est ainsi fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de la décision du 22 août 2023 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et, par voie de conséquence, des décisions par lesquelles elle a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de vingt-quatre mois et de l'arrêté portant assignation à résidence.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation des arrêtés du 22 août 2023 par lesquels la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a, d'une part, obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, d'autre part assignée à résidence dans la Métropole du Grand Nancy avec obligation de se présenter, tous les mardis et vendredis, y compris les jours fériés, à l'hôtel de police de Nancy Lobau à 11h00.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'annulation du premier arrêté précité du 22 août 2023 implique nécessairement que l'autorité administrative procède au réexamen de la situation de Mme A en lui délivrant, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu par suite, d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de délivrer immédiatement à la requérante une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais d'instance

7. Mme A bénéficie de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Champy avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 22 août 2023 attaqués sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à son conseil, Me Champy, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète de de Meurthe-et-Moselle et à Me Champy.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 11 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

O. Di Candia

La greffière,

L. RémondLa République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302540

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