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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302831

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302831

mardi 3 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP DESCHAMPS-FAIVRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête d'un sapeur-pompier professionnel contestant son placement et son maintien en congé maladie ordinaire par le SDIS des Vosges. Le tribunal a jugé que l'administration pouvait légalement placer un agent en congé maladie d'office, à titre conservatoire dans l'attente de l'avis du conseil médical, lorsque sa maladie est dûment constatée et le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Cette solution s'appuie sur les articles 14 et 24 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 relatif aux congés de maladie des fonctionnaires territoriaux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 septembre 2023 et 2 juin 2025, M. C... B..., représenté par Me Faivre, demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le président du conseil d’administration du service départemental d’incendie et de secours (SDIS) des Vosges l’a maintenu en congé maladie ordinaire à compter du 6 juillet 2023, ensemble la décision du 27 juillet 2023 rejetant son recours gracieux contre l’arrêté du 14 avril 2023 le plaçant en congé maladie ordinaire à compter du 17 avril 2023 ;

2°) d’enjoindre au SDIS des Vosges de le réintégrer à son poste et de le rétablir dans ses droits à compter du 5 août 2023 ;

3°) de mettre à la charge du SDIS des Vosges le versement d’une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- les arrêtés des 14 avril et 27 juillet 2023 sont entachés d’une erreur de fait dès lors qu’il ne souffrait d’aucune maladie le mettant dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions ;
- le SDIS des Vosges ne pouvait légalement le placer et le maintenir en congé maladie ordinaire à titre provisoire, dans l’attente de l’avis du conseil médical.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 novembre 2023 et 6 juin 2025, le SDIS des Vosges conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Siebert, rapporteur,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- les observations de Me Faivre, représentant M. B...,
- et les observations de Mme A..., représentant le SDIS des Vosges.


Considérant ce qui suit :

M. B..., recruté par le SDIS des Vosges en qualité de sapeur-pompier professionnel le 1er septembre 1993, occupait depuis le 1er janvier 2013 les fonctions de responsable de salle opérationnelle au sein du centre de traitement et de régulation des appels des Vosges. Par un arrêté du 14 avril 2023, le président du conseil d’administration du SDIS des Vosges l’a placé en congé maladie ordinaire à compter du 17 avril 2023. Par un courrier du 8 juin 2023, M. B... a introduit un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté explicitement le 27 juillet 2023. Par un arrêté du même jour, le président du conseil d’administration du SDIS des Vosges l’a maintenu en congé maladie ordinaire à compter du 4 juillet 2023. Par sa requête, M. B... demande l’annulation de l’arrêté du 27 juillet 2023, ensemble la décision du même jour rejetant son recours gracieux formé contre l’arrêté du 14 avril 2023.
Sur l’étendue du litige :
En formulant des conclusions à fin d’annulation de la décision du 27 juillet 2023 rejetant son recours gracieux du 8 juin 2023 introduit à l’encontre de l’arrêté du 14 avril 2023, versé à l’instance, M. B... doit être regardé comme demandant également l’annulation de ce premier arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 14 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa rédaction applicable au litige : « Sous réserve des dispositions de l'article 17 ci-dessous, en cas de maladie dûment constatée et mettant le fonctionnaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, celui-ci est de droit mis en congé de maladie ». Aux termes de l’article 24 du même décret : « Lorsque l'autorité territoriale estime, au vu d'une attestation médicale ou sur le rapport des supérieurs d'un fonctionnaire, que celui-ci se trouve dans la situation prévue au 3° ou au 4° de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée, il saisit le conseil médical pour avis et en informe le médecin du travail du service de médecine préventive attaché à la collectivité ou l'établissement dont relève le fonctionnaire concerné qui transmet un rapport au conseil médical ».
Les dispositions précitées ne subordonnent pas la mise en congé de maladie à une demande du fonctionnaire et ne sauraient donc par elles-mêmes faire obstacle à ce qu’un fonctionnaire soit placé d’office dans cette position dès lors que sa maladie a été dûment constatée et qu’elle le met dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions. Ainsi, lorsque l’administration a engagé une procédure de mise en congé de longue maladie conformément à l’article 24 précité, elle peut, à titre conservatoire et dans l’attente de l’avis du conseil médical sur la mise en congé de longue maladie, placer l’agent concerné en congé d’office lorsque la maladie de l’agent a été dûment constatée et le met dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions.
En ce qui concerne la légalité de l’arrêté du 14 avril 2023 :
Il ressort des pièces du dossier qu’après avoir fait l’objet d’un placement en congé maladie du 19 avril au 15 juin 2022, M. B... a fait part à sa hiérarchie, en août 2022, de son anxiété et de sa souffrance psychique au travail. Le SDIS des Vosges a alors sollicité son examen par un psychiatre, dont les conclusions du 22 novembre 2022 indiquent que l’intéressé avait connu des troubles dépressifs et anxieux mais que son état de santé s’était amélioré. Toutefois, M. B... a de nouveau fait part de son mal-être sur son lieu de travail en janvier 2023 et le SDIS a sollicité l’avis du médecin-chef pour évaluer s’il pouvait continuer à exercer ses fonctions. Dans son compte-rendu du 27 février 2023, le médecin indiquait qu’il ne pouvait se prononcer de façon définitive et qu’il convenait de s’appuyer sur l’avis d’un spécialiste. A ce titre, un nouveau psychiatre a été consulté et ses conclusions du 29 mars 2023 indiquent que M. B... présentait un « trouble dépressif d’intensité modérée à sévère un peu atypique » ainsi qu’une légère anhédonie et qu’il serait souhaitable qu’il puisse bénéficier d’un congé maladie, éventuellement de longue durée pour trois à quatre mois. Sur le fondement de ces conclusions, le président du conseil d’administration du SDIS des Vosges a saisi le conseil médical, sur le fondement de l’article 24 précité, afin qu’il émette un avis sur le placement en congé maladie de longue durée de M. B... et, par un arrêté du 14 avril 2023, a placé l’intéressé en congé maladie ordinaire dans l’attente de cet avis.
Pour contester ce placement en congé maladie à titre provisoire, M. B... se prévaut de l’avis du premier psychiatre rendu le 22 novembre 2022 ainsi que d’autres documents médicaux établis par des professionnels de santé indiquant qu’il ne souffrait d’aucune pathologie et qu’il était apte à exercer ses fonctions. Cependant, le premier avis psychiatrique n’est pas de nature à remettre en cause le second, qui a été demandé et établi à la suite d’un nouveau sentiment d’anxiété exprimé par l’intéressé en janvier 2023. De plus, les autres documents médicaux dont se prévaut l’intéressé, en partie postérieurs à l’arrêté attaqué, ne sont pas de nature à démontrer l’absence de pathologie dépressive en avril 2023. En outre, en indiquant que M. B... devait bénéficier d’un congé maladie de courte ou de longue durée, le psychiatre a nécessairement retenu que sa pathologie le mettait dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions. Dans ces conditions, c’est sans erreur de fait ni erreur de droit ou d’appréciation que le président du conseil d’administration du SDIS des Vosges a placé M. B... en congé maladie ordinaire à compter du 17 avril 2023, dans l’attente de l’avis du conseil médical. Par suite, les moyens soulevés doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité de l’arrêté du 27 juillet 2023 :
Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 27 juillet 2023, le président du conseil d’administration du SDIS des Vosges a maintenu M. B... en congé maladie ordinaire à compter du 6 juillet 2023, dans l’attente d’un nouvel avis du conseil médical à la suite de la contestation par l’autorité administrative de l’avis rendu le 6 juillet 2023, défavorable au placement en congé maladie de longue durée. Cependant, le SDIS n’a pas sollicité un nouvel examen de l’état de santé de M. B... par le médecin-chef, alors que le psychiatre consulté le 29 mars 2023 ne préconisait, tout au plus, qu’un congé maladie éventuel pour une durée de quatre mois, soit jusqu’à fin juillet 2023. Dans ces conditions, le président du conseil d’administration a entaché son arrêté d’une erreur de fait quant à la constatation d’une maladie empêchant M. B... d’exercer ses fonctions et n’a pu légalement édicter cet acte. Par suite, les moyens soulevés doivent être accueillis et le requérant est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 27 juillet 2023.
Sur l’injonction :
Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique seulement qu’il soit enjoint au président du conseil d’administration du SDIS des Vosges de réintégrer M. B... dans ses fonctions à compter du 5 août 2023 et jusqu’au 13 février 2024, date de sa réintégration sur un autre poste, ceci dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que le SDIS des Vosges demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du SDIS des Vosges le versement d’une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 27 juillet 2023 du président du conseil d’administration du SDIS des Vosges maintenant M. B... en congé maladie ordinaire à compter du 6 juillet 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au SDIS des Vosges de réintégrer M. B... dans ses fonctions à compter du 5 août 2023 et jusqu’au 13 février 2024, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le SDIS des Vosges versera la somme de 1 500 euros à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions du SDIS des Vosges présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au service départemental d’incendie et de secours des Vosges.


Délibéré après l’audience du 3 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
M. Siebert, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2026.


Le rapporteur,





T. SiebertLe président,





B. Coudert

La greffière,





A. Mathieu

La République mande et ordonne au préfet des Vosges en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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