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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303108

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303108

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBLANVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2023 à 11 heures 34 sous le n° 2303108 et un mémoire enregistré le 30 octobre 2023, M. G A B, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'admettre M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation qui révèle un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il aurait dû faire l'objet d'une décision de transfert en Belgique ou au Pays-Bas ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il a formé une demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen attentif de sa situation personnelle au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff,

- les observations de M. A B qui indique vouloir se représenter à l'audience sans avocat, qu'il est bien intégré dans la société française, qu'il y travaille depuis son arrivée en 2019 et, depuis 2022, en contrat à durée indéterminée en tant qu'installateur de la fibre optique, qu'il y paie ses impôts, qu'il est en couple et qu'il préparait un dossier d'admission au séjour,

- et les observations de M. E, représentant le préfet de Saône-et-Loire, qui fait valoir que la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune erreur de droit dès lors que le préfet n'a eu connaissance de sa demande d'asile que postérieurement à la mesure d'éloignement et que M. A B n'a formé aucun dossier de demande d'admission au séjour. Il ne fournit aucun élément de nature à justifier que la décision porte atteinte à sa vie privée et familiale : il est entré en France récemment et il indique travailler sous couvert d'un faux titre de séjour italien. Il a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement non exécutées. Il n'établit pas en quoi le fait qu'il fasse l'objet d'un signalement par Interpol comme extrémiste religieux, salafiste et djihadiste lui ferait courir un risque en retournant en Tunisie. Les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019. Le 23 octobre 2023, M. A B a été interpellé lors d'un contrôle routier à Cluny et a fait l'objet d'une retenue pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 24 octobre 2023, notifié le même jour à 10h30, le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Par une décision prise et notifiée le même jour à 11h00, il a fait l'objet d'une mesure de placement en rétention administrative. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté :

4. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation de signature à M. C D à l'effet de signer, notamment, les arrêtés d'obligation de quitter le territoire avec ou sans délai de départ volontaire, les arrêtés fixant le pays de renvoi et les arrêtés relatifs aux interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. D, signataire de la décision attaquée, ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables aux obligations de quitter le territoire français. Au demeurant, l'arrêté du 24 octobre 2023 comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen complet de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 611-1, L. 611-2 et L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-1 et suivants, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre.

7. Toutefois, il y a lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile. En effet, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Ainsi, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre État, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de cet article L. 572-1 dudit code.

8. Il ressort des mentions du procès-verbal d'audition sur sa situation administrative du 23 octobre 2023, date de son interpellation en situation irrégulière, que M. A B a indiqué qu'il avait quitté son pays d'origine pour venir travailler en France et n'a pas mentionné avoir déposé de demande d'asile en Europe. Il a également précisé qu'il était passé par l'Italie puis la Suisse avant d'arriver en France. Ce n'est que lors de son placement en rétention administrative, postérieurement à la notification de la décision attaquée, que la consultation du fichier Eurodac a révélé que l'intéressé avait été recensé en Belgique en 2018 et au Pays-Bas en 2019, pays qu'il n'a d'ailleurs pas mentionnés lors de son audition. Le préfet de Saône-et-Loire ne disposait d'aucun motif sérieux pour remettre en cause les allégations de l'intéressé permettant de considérer que M. A B pouvait entrer dans le champ d'application du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ni qu'il y avait lieu d'entreprendre une procédure de détermination de l'État membre responsable d'une demande d'asile. Dans ces conditions, M. A B ne pouvait être regardé comme un demandeur d'asile et relevait, dès lors, des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est par suite pas fondé à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire a commis une erreur de droit en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est entré sur le territoire français en 2019 et s'y maintient irrégulièrement depuis. S'il soutient dans sa requête qu'il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour début octobre 2023, sans produire d'ailleurs aucun élément de nature à l'établir, il indique néanmoins à l'audience que cette demande n'a pas encore été déposée faute d'être complète. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en ne se prononçant pas sur sa demande d'admission au séjour.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

12. M. A B déclare être présent sur le territoire français depuis quatre ans à la date de la décision attaquée et y travailler depuis 2019. Pour l'établir, il produit un contrat de travail à durée indéterminée, daté du 26 juin 2022, en qualité de technicien dans les télécommunications et des bulletins de salaire pour la période de juin 2022 à septembre 2023. Il produit également un contrat de bail débutant le 1er mai 2023 pour un logement situé à Mâcon. Toutefois, eu égard notamment à leur caractère récent, ces éléments sont insuffisants à justifier l'intensité et la stabilité de ses liens sur le territoire. En outre, s'il déclare être en couple avec une ressortissante française, il ne produit aucun document de nature à l'établir. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A B est sans charge de famille et qu'il ne justifie pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel résident sa mère, sa sœur et ses deux frères et où il a vécu jusqu'à ses 39 ans. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire, qui a procédé à l'examen de sa situation au regard de sa situation personnelle et familiale, a porté une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En quatrième lieu, M. A B soutient que le préfet de Saône-et-Loire a commis une erreur de fait en indiquant qu'il est connu des services de police sous une autre identité alors qu'il présente un permis de conduire tunisien à son nom. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué, que l'analyse des empreintes digitales du requérant par le fichier biométrique automatisé des empreintes digitales a révélé que M. G A B, né le 11 juillet 1978, était également connu sous l'identité de M. G A B, né le 11 juillet 1980, pour des faits d'agression sexuelle et de vol par effraction et avait, sous cette dernière identité, fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement. En outre, il ressort des pièces du dossier que la signature du procès-verbal d'audition du 23 octobre 2023 de M. G A B est identique à celle figurant sur les notifications des deux précédentes obligations de quitter le territoire français faites à M. G A B. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de fait que le préfet de Saône-et-Loire a indiqué que M. A B était connu sous une autre identité.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

15. D'une part, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A B, le préfet de Saône-et-Loire s'est fondé sur le risque que ce dernier se soustrait à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Par suite, M. A B ne peut utilement se prévaloir du fait que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public pour faire obstacle à la décision contestée.

16. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit aux points 12 et 13 ci-dessus, que M. A B est entré irrégulièrement sur le territoire français sans solliciter de titre de séjour et qu'il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français non exécutées datées du 10 mai 2019 du préfet de Seine-et-Marne et du 7 décembre 2020 du préfet de police de Paris. S'il soutient qu'il n'avait pas connaissance de ces décisions et qu'elles concernaient une autre personne, il ressort toutefois des pièces du dossier que sa signature figure sur la notification de ces documents. S'il fait enfin valoir qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes puisqu'il dispose d'un logement à Mâcon, il résulte toutefois de ce qui vient d'être dit qu'il a communiqué des renseignements inexacts aux services de police. Ainsi, le préfet était fondé à refuser d'accorder un délai de départ volontaire au requérant. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12.

18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. Si M. A B soutient que son retour en Tunisie l'expose à des traitements inhumains et dégradants dans la mesure où il y fait l'objet d'une insertion Schengen et d'un signalement par Interpol comme individu extrémiste religieux, salafiste et djihadiste, il n'établit toutefois pas la réalité des risques qu'il allègue y encourir. Par suite, le moyen tenant à ce que la décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

21. Ainsi qu'il a été dit aux points 12 et 16 ci-dessus, M. A B se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis 2019, il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement et il ne justifie pas de liens personnels et familiaux d'une particulière intensité en France. Dans ces conditions, le préfet pouvait légalement fixer à un an la durée d'interdiction de retour prononcée à son encontre.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A B à fin d'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mises à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, les sommes demandées par M. A B au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A B, à Me Blanvillain et au préfet de Saône-et-Loire.

Lu en audience publique le 30 octobre 2023 à 15 heures 58.

La magistrate désignée,

É. Wolff

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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