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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303157

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303157

jeudi 12 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP DESCHAMPS-FAIVRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête d'un infirmier urgentiste contestant le refus de son employeur, le centre hospitalier de Remiremont, de maintenir le calcul de ses indemnités pour travail du dimanche, jours fériés et de nuit sur la base d'une moyenne après sa mise en décharge d'activité partielle. La juridiction a jugé que le décret n° 2017-1419 du 28 septembre 2017, invoqué par l'agent, ne lui était pas applicable en l'espèce. Elle a par ailleurs déclaré irrecevables les conclusions du syndicat intervenant CFDT Santé-Sociaux 88, celui-ci n'étant pas partie au litige.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2023, M. A... B..., représenté par Me Faivre, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 7 septembre 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Remiremont a rejeté le recours gracieux qu’il avait formé contre la décision du 22 juin 2023 refusant de faire droit à sa demande de maintien des indemnités pour travail les dimanches et jours fériés et travail de nuit, calculées sur la base de la moyenne desdites indemnités perçues avant sa décharge d’activité de service effective au 1er mai 2023 ;

2°) d’enjoindre au directeur du centre hospitalier de Remiremont de régulariser sa situation et de procéder au versement des indemnités pour travail les dimanches, jours fériés et travail de nuit à compter du 1er mai 2023, sur la base de la moyenne desdites indemnités perçues avant sa décharge d’activité de service effective au 1er mai 2023 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Remiremont la somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision contestée est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation en ce qu’elle lui refuse le versement des indemnités pour travail les dimanches, jours fériés et de nuit, calculées sur la base de la moyenne des indemnités qu’il percevait avant sa décharge effective d’activité, alors qu’il entre dans le champ d’application du décret n° 2017-1419 du 28 septembre 2017, qui le permet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le directeur du centre hospitalier de Remiremont conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par M. B... n’est pas fondé.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 4 octobre 2024, le syndicat CFDT Santé-Sociaux 88, représenté par Me Faivre, conclut aux mêmes fins que M. B... et demande à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du centre hospitalier de Remiremont au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 16 janvier 2026, les parties ont été informées de ce que, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement à intervenir était susceptible d’être fondé sur le moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions du syndicat CFDT Santé Sociaux 88 présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, dès lors qu’il est intervenant à l’instance et n’a pas la qualité de partie au litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2017-1419 du 28 septembre 2017 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique,
- et les observations de Me Faivre, représentant M. B... et le syndicat CFDT Santé-Sociaux 88.



Considérant ce qui suit :

M. B... exerce les fonctions d’infirmier urgentiste au sein du centre hospitalier de Remiremont depuis 2002. Depuis le 1er mai 2023, il dispose d’une décharge d’activité partielle à hauteur de 75 % au titre de ses missions syndicales. Le 6 mars 2023, il a sollicité le versement de l’indemnité de travail les dimanches et jours fériés et de l’indemnité pour travail de nuit, calculées en fonction de la moyenne des montants des primes et indemnités qui lui étaient servies avant sa décharge d’activité effective, ce que le directeur du centre hospitalier a refusé par une décision du 22 juin 2023. M. B... a formé un recours gracieux contre cette décision le 24 juillet 2023. Par une décision du 7 septembre 2023, le directeur centre hospitalier a rejeté ce recours. Par sa requête, M. B... demande au tribunal d’annuler la décision du 7 septembre 2023.



Sur l’étendue du litige :

Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l’encontre d’une décision administrative un recours gracieux devant l’auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L’exercice du recours gracieux n’ayant d’autre objet que d’inviter l’auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d’un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l’autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s’il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d’interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

Par suite, les conclusions dirigées contre la décision de rejet du recours gracieux formé le 24 juillet 2023 par M. B... doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 22 juin 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Remiremont a refusé de faire droit à sa demande de versement de l’indemnité pour travail les dimanches et jours fériés et de l’indemnité pour travail de nuit, calculées en fonction de la moyenne des montants des primes et indemnités qui lui étaient servies avant sa décharge d’activité effective.


Sur l’intervention du syndicat CFDT Santé-Sociaux 88 :

Eu égard à l’objet du syndicat CFDT Santé-Sociaux 88, défini à l’article 6 de ses statuts, qui lui confère la possibilité d’agir pour la défense des intérêts professionnels, économiques et sociaux de ses adhérents, ce dernier justifie d’un intérêt suffisant pour intervenir à l’instance à l’appui des conclusions présentées par M. B.... Par suite, il y a lieu d’admettre l’intervention du syndicat CFDT Santé-Sociaux 88.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 212-1 du code général de la fonction publique : « Sous réserve des nécessités du service, l’agent public est réputé conserver sa position statutaire ou les stipulations de son contrat lorsque : / 1° En qualité de fonctionnaire, il bénéficie, en position d’activité ou de détachement, d’une décharge d’activité de services à titre syndical ; (...) » Aux termes de l’article 1er du décret du 28 septembre 2017 relatif aux garanties accordées aux agents publics exerçant une activité syndicale, alors en vigueur: « En application des dispositions de l’article 23 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, le fonctionnaire qui, bénéficiant d’une mise à disposition ou d’une décharge d’activité de service, consacre une quotité de temps de travail égale ou supérieure à 70 % d’un service à temps plein à une activité syndicale est soumis aux dispositions du présent décret. (...) ». Aux termes de l’article 7 de ce texte, alors en vigueur : « L'agent bénéficiant d'une décharge totale ou d'une mise à disposition conserve le montant annuel des primes et indemnités attachées aux fonctions exercées dans son corps ou cadre d'emplois avant d'en être déchargé. (...) ». Aux termes de l’article 8 du même texte, alors en vigueur : « Sous réserve que cette progression soit favorable à l'intéressé, le montant des primes et indemnités mentionné au premier alinéa de l'article 7 progresse selon l'évolution annuelle de la moyenne des montants des mêmes primes et indemnités servies aux agents du même corps ou cadre d'emplois, relevant de la même autorité de gestion, exerçant effectivement leurs fonctions à temps plein et occupant un emploi comparable à celui que l'agent occupait précédemment. (...) ». Enfin, aux termes de l’article 12 de ce décret, alors en vigueur : « L’agent qui consacre une quotité de temps de travail au moins égale à 70 % et inférieure à 100 % d’un service à temps plein à une activité syndicale a droit au versement de l’ensemble des primes et indemnités attachées à son grade ou aux fonctions qu’il continue d’exercer. / Le taux appliqué à ces primes et indemnités est celui correspondant à l’exercice effectif de fonctions à temps plein ».

Le fonctionnaire qui bénéficie d’une décharge totale de service pour l’exercice d’un mandat syndical a droit, durant l’exercice de ce mandat, que lui soit maintenu le bénéfice de l’équivalent des montants et droits de l’ensemble des primes et indemnités légalement attachées à l’emploi qu’il occupait avant d’en être déchargé pour exercer son mandat, à l’exception des indemnités représentatives de frais et des indemnités destinées à compenser des charges et contraintes particulières, tenant notamment à l’horaire, à la durée du travail ou au lieu d’exercice des fonctions, auxquelles le fonctionnaire n’est plus exposé du fait de la décharge de service. Sous les mêmes réserves, le fonctionnaire qui bénéficie d’une décharge partielle de service a droit, durant l’exercice de son mandat syndical, au versement de l’ensemble des primes et indemnités qui lui sont attribuées au titre des fonctions qu’il continue d’exercer, au taux déterminé pour les fonctions effectivement exercées appliqué sur la base d’un temps plein.

M. B... soutient qu’il a droit au versement de l’indemnité pour travail les dimanches et jours fériés et de l’indemnité pour travail de nuit, calculées sur la base de la moyenne des indemnités qu’il percevait avant sa décharge d’activité au titre d’une activité syndicale conformément aux dispositions des articles 7 et 8 du décret précitées, qui lui seraient applicables en vertu notamment de l’article 1er du même texte.

Toutefois, il résulte de la combinaison des dispositions précitées, désormais codifiées aux articles R. 212-1 et suivants du code général de la fonction publique, que le fonctionnaire qui consacre une quotité de travail au moins égale à 70 % d’un service à temps plein à une activité syndicale a droit, conformément aux dispositions de l’article 12 de ce décret, seules applicables en cas décharge partielle d’activité, au versement du montant des primes et indemnités attachées aux fonctions qu’il continue d’exercer, à un taux correspondant à l’exercice effectif de fonctions à temps plein. Dans ces conditions, c’est sans commettre d’erreur de droit ou d’erreur d’appréciation que le centre hospitalier de Remiremont a rejeté la demande de M. B... tendant au versement des indemnités calculées sur la base de la moyenne des indemnités qu’il percevait avant sa décharge d’activité.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B... tendant à l’annulation des décisions du 22 juin 2023 et du 7 septembre 2023 du directeur du centre hospitalier de Remiremont ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction, doivent être rejetées.


Sur les frais liés à l’instance :

D’une part, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge du centre hospitalier de Remiremont qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par M. B..., et non compris dans les dépens.

D’autre part, le syndicat CFDT Santé Sociaux 88 n’ayant pas la qualité de partie à la présente instance, les conclusions de ce dernier tendant à ce qu’une somme soit mise à la charge du centre hospitalier de Remiremont au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.



D E C I D E :



Article 1er : L’intervention du syndicat CFDT Santé-Sociaux 88 est admise.

Article 2 : La requête de M. B... est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par le syndicat CFDT Santé Sociaux 88 sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au centre hospitalier de Remiremont.

Copie en sera adressée au syndicat CFDT Santé Sociaux 88.


Délibéré après l’audience publique du 22 janvier 2026 à laquelle siégeaient :

M. Goujon-Fischer, président,
Mme de Laporte, première conseillère,
Mme Wolff, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2026.


La rapporteure,

É. Wolff
Le président,

J. -F. Goujon-Fischer

Le greffier,

F. Richard






La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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