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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303224

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303224

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantAARPI GARTNER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Zoubeidi-Defert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il repose sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'il est démuni d'attaches familiales hors de France ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète des Vosges qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 16 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 décembre 2023 à 12 heures.

Un mémoire, présenté pour M. B, a été enregistré le 5 janvier 2024 et n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Philis,

- et les observations de Me Begel, substituant Me Zoubeidi-Defert, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 5 février 2005, serait entré en France au cours du mois de septembre 2021, selon ses déclarations. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance le 30 septembre 2021. Le 24 janvier 2023, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 octobre 2023, la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Par une décision du 13 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande du requérant tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

5. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de "salarié" ou "travailleur temporaire", présentée sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète des Vosges s'est fondée, d'une part, sur ses absences et retards et son manque de sérieux et d'assiduité, d'autre part sur les mises en garde relatives à son comportement ou à son travail, dont il a fait l'objet respectivement lors de l'année scolaire 2021-2022 et lors de l'année scolaire 2022-2023, et, enfin sur le fait qu'il ne justifie pas être démuni d'attaches familiales hors de France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que dans le cadre de l'année scolaire 2021-2022, débutée le 10 novembre 2021, le jeune B, confié à l'aide sociale à l'enfance, a validé sa première année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) cuisine avec une moyenne générale de 11,6/20 concernant l'enseignement général et de 12,5/20 concernant l'enseignement professionnel, et a donné satisfaction durant les deux stages en restauration qu'il a réalisés, comme relevé par le rapport de situation de la structure d'accueil qui le suit. Il a, par ailleurs, obtenu un apprentissage au sein d'un restaurant à Epinal pour l'année 2022-2023 lui permettant de suivre un CAP cuisine apprentissage, pour lequel il a obtenu au premier semestre une moyenne générale de 11,2/20. S'il doit encore fournir des efforts supplémentaires pour suivre avec concentration, discipline et assiduité certains cours, la structure d'accueil Adali a souligné dans son rapport de situation que M. B est en voie de réussir, qu'il est à l'aise dans la plupart des matières et qu'il est volontaire et motivé. Elle a également relevé les liens particuliers qu'il a noués avec sa famille solidaire en France. Cette structure a, de ce fait, émis un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, le récit de M. B, considéré comme détaillé et vraisemblable dans le rapport d'évaluation du président du conseil départemental des Vosges, fait état de la rupture de ses liens avec son père, notamment, et des tensions familiales avec le nouveau compagnon de sa mère. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B présente une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la préfète des Vosges a entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 octobre 2023 portant refus de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif retenu, l'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2023 de la préfète des Vosges implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé. Par suite, il y a lieu, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, d'enjoindre à la préfète des Vosges la délivrance immédiate à M. B du titre de séjour sollicité portant la mention " salarié ".

Sur les frais liés au litige :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Zoubeidi-Defert, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Zoubeidi-Defert de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de délivrer immédiatement à M. B le titre de séjour sollicité portant la mention " salarié ".

Article 4 : L'Etat versera à Me Zoubeidi-Defert, avocat de M. B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Zoubeidi-Defert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Zoubeidi-Defert et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience publique du 11 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

L. Philis

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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