mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2303600 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU OQTF 6 semaines |
| Avocat requérant | GRAVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 18 décembre 2023, 17 avril 2024 et 2 mai 2024, Mme E D, représentée par Me Gravier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- son droit à être entendue a été méconnu ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne précise pas le pays de renvoi ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 et 18 avril 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Gravier, avocate de Mme D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante de Bosnie née en 1974, est arrivée sur le territoire français le 8 mars 2020 et a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 15 octobre 2020 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 26 mars 2021. Elle fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour sur ce territoire les 20 novembre 2020 et 15 mars 2022. Sa demande de réexamen a ensuite été rejetée par l'OFPRA le 29 juin 2023. Par un arrêté du 17 décembre 2023, fondé sur les dispositions du 4°de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Moselle l'a de nouveau obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Mme D demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur les moyens dirigés contre l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, par un arrêté du 8 novembre 2023, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné délégation à Mme B A à l'effet de signer les mesures d'éloignement prises à l'encontre d'étrangers en situation irrégulière lors des permanences qu'elle assure les week-ends et jours fériés, à l'exception des mesures d'expulsion. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'était pas de permanence le 17 décembre 2023, date de signature de l'arrêté attaqué, qui était un dimanche. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle n'aurait pas été compétent territorialement pour édicter l'arrêté attaqué.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme D, y compris au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, avant de prendre l'arrêté attaqué, alors même que cet arrêté n'a été pris que quelques heures après l'interpellation de l'intéressée.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D a été entendue par le services de gendarmerie de Maizières-lès-Metz le 17 décembre 2023 avec l'assistance d'un interprète en langue bosniaque. A cette occasion, elle a été invitée à présenter ses observations sur la perspective d'un éloignement du territoire français. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que son droit à être entendue a été méconnu.
Sur les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D aurait antérieurement déposé une demande de titre de séjour en se prévalant de son état de santé, ainsi qu'elle le soutient. Par ailleurs, lors de son audition par les services de gendarmerie, l'intéressée s'est bornée à déclarer qu'elle prenait un médicament pour le diabète et qu'elle est épileptique, sans apporter aucune autre précision. Par ailleurs, Mme D n'apporte devant le tribunal aucun élément de nature à établir la réalité des pathologies dont elle serait atteinte et justifier les traitements que requiert son état de santé. Elle n'est ainsi fondée à soutenir ni que l'obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, ni que cette décision méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen de l'ensemble de la situation personnelle de Mme D avant de décider de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
9. Mme D, qui est veuve, mère de trois enfants majeurs vivant en Bosnie et se maintient en France depuis son arrivée le 8 mars 2020 malgré plusieurs mesures d'éloignement, ne justifie d'aucun lien particulier sur le territoire français. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur les moyens dirigés contre la décision de refus de délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :
() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que, malgré les deux mesures d'éloignement dont elle a fait l'objet les 20 novembre 2020 et 15 mars 2022, Mme D s'est maintenue sur le territoire français. Ainsi, le préfet de Moselle a pu, sans méconnaitre les dispositions citées au point 11, estimer qu'il existait un risque que Mme D se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet et, en conséquence, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
Sur les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
14. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose la décision fixant le pays de destination. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort clairement des termes de l'arrêté attaqué que Mme D sera éloignée à destination de la Bosnie, pays dont elle a la nationalité.
15. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme D avant de fixer la Bosnie comme pays de destination.
16. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Mme D soutient qu'en cas de retour en Bosnie, elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, Mme D, dont la demande du statut de réfugié a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA, n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels elle y serait personnellement exposée. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit donc être écarté.
Sur les moyens dirigés contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code ; " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
20. Pour fixer à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Moselle s'est fondé sur les circonstances que Mme D est en France depuis quatre années, ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses et stables en France, a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement et que sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet de Moselle a pris en compte l'ensemble des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 décembre 2023. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, au préfet de la Moselle et à Me Gravier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le président,
S. C
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2303600
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026