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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400069

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400069

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantTADIC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de l'agent public visant à annuler une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de trois jours. Le juge a estimé que les faits de défaillance dans le service, de désobéissance hiérarchique et d'entrave à la sérénité du service étaient établis et justifiaient la sanction prononcée au titre des articles L. 530-1 et suivants du code général de la fonction publique. Les moyens soulevés, notamment sur la motivation, la procédure disciplinaire ou la qualification des faits, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 janvier et 15 octobre 2024, Mme A... B..., représentée par Me Chalon, demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le président de la communauté de communes de Vezouze en Piémont lui a infligé la sanction d’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes de Vezouze en Piémont le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la sanction attaquée est illégale par voie d’exception d’inconventionnalité des dispositions de l’article L. 532-4 du code général de la fonction publique au regard des stipulations de l’article 6 paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du g) du 3. de l’article 14 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ;
- elle est insuffisamment motivée, de même que la décision rejetant son recours gracieux ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit de se taire ;
- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors que le conseil de discipline ne lui a pas laissé la possibilité de s’exprimer en dernier lors de la séance ;
- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors que ses observations écrites n’ont pas été communiquées au conseil de discipline avant la séance ;
- elle est entachée d’erreurs de faits ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que les faits retenus à son encontre étaient prescrits ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que les faits fautifs retenus relevaient d’une insuffisance professionnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de qualification juridique des faits.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 mars 2024 et 13 mars 2025, la communauté de communes de Vezouze en Piémont, représentée par Me Tadic, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement de la somme de 3 500 euros soit mis à la charge de Mme B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Siebert, rapporteur,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de Me Fabry, substituant Me Tadic, représentant la communauté de communes de Vezouze en Piémont.


Considérant ce qui suit :

Recrutée le 2 novembre 2006 puis titularisée le 2 novembre 2017 dans le cadre d’emplois des attachés territoriaux, Mme B... exerce l’emploi d’agent de développement environnement/tourisme auprès de la communauté de communes de Vezouze en Piémont. Par un arrêté du 11 juillet 2023, le président de la communauté de communes lui a infligé la sanction d’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours. Par un courrier du 8 septembre 2023, l’intéressée a formé un recours gracieux, rejeté par une décision du 7 novembre 2023. Par sa requête, Mme B... demande l’annulation de cette sanction, ensemble la décision du 7 novembre 2023 rejetant de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 530-1 du code général de la fonction publique : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale (…) ». Aux termes de l’article L. 533-1 du même code : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : / a) L'avertissement ; / b) Le blâme ; / c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. / 2° Deuxième groupe : / a) La radiation du tableau d'avancement ; / b) L'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par le fonctionnaire ; / c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / d) Le déplacement d'office dans la fonction publique de l'Etat. / 3° Troisième groupe : / a) La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par le fonctionnaire ; / b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. / 4° Quatrième groupe : / a) La mise à la retraite d'office ; / b) La révocation ».
Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire sont matériellement établis et constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
Pour prononcer à l’encontre de Mme B... la sanction d’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours, le président de la communauté de communes a retenu, d’une part, une défaillance de l’intéressée dans sa manière de servir, déterminant la priorité de ses tâches selon ses convenances personnelles, d’autre part, sa désobéissance hiérarchique en s’abstenant de répondre aux sollicitations de son supérieur ou de le mettre en copie des courriers mis à la signature des élus, enfin, son comportement d’opposition qui a nuit de manière générale à la sérénité des relations de travail dans le service.
S’agissant du comportement de Mme B..., la communauté de communes produit le témoignage d’une de ses collègues, en date du 17 février 2023 et adressé à son président, accusant la requérante de comportements dénigrants à son encontre, pour la période du mois de novembre 2019 jusqu’au mois de janvier 2023. Si des difficultés relationnelles ont été visées dans le compte-rendu d’entretien professionnel de Mme B... au titre de l’année 2021, l’intéressée conteste ces allégations et produit deux mails rédigés par cette collègue faisant état de leurs bonnes relations, dont l’un est adressé à l’entièreté du service. Par ailleurs, la requérante justifie avoir déposé plainte pour diffamation le 7 juin 2023. En l’absence de tout autre élément probant à l’instance, la communauté de communes ne démontre pas la matérialité des faits relatifs au comportement d’opposition de Mme B.... Par suite, la sanction attaquée est entachée d’une erreur de fait dans cette mesure.
S’agissant des faits relatifs à la manière de servir de Mme B..., il ressort des pièces du dossier, en particulier des comptes-rendus d’entretiens professionnels annuels, que l’intéressée ne donnait pas pleinement satisfaction quant à la réalisation de ses missions. En 2020, son n+1 relevait une activité insuffisante, l’absence de réalisation d’un rapport malgré un objectif en ce sens et constatait que Mme B... n’avait pas souhaité mener à bien le projet de tourisme équestre programmé pour l’année 2021 dès lors qu’elle le jugeait inintéressant. En 2021, son supérieur note des efforts quant à la réalisation des tâches mais celui-ci relève en 2022 des difficultés quant à la finalisation du dossier Natura 2000 confié à l’intéressée. Ces mêmes comptes-rendus relèvent également une priorisation des tâches confiées selon des convenances personnelles et l’attitude de la requérante consistant à ne pas mettre en copie son n+1 pour les courriers mis à la signature des élus. En outre, il ressort des pièces du dossier que, le 20 février 2020, Mme B... a sollicité une autorisation de présence auprès de son n+2 au motif de l’absence de son n+1 alors que ce dernier lui avait déjà opposé un refus. Si Mme B... se prévaut du contexte de crise sanitaire en 2020, de ce qu’elle a toujours travaillé de manière autonome et de ce que de nombreux courriels n’avaient pas à faire l’objet d’une copie, ces éléments ne remettent pas en cause la matérialité de ces faits.
La circonstance que Mme B... ne donnait pas pleinement satisfaction dans la réalisation des missions qui lui étaient confiées et qu’elle priorisait certaines de ses tâches selon ses convenances a trait à la manière de servir de l’intéressée. Dans ces conditions, ces derniers faits relèvent non pas d’une faute disciplinaire mais d’éléments d’appréciation dans le cadre d’une insuffisance professionnelle. Par suite, la sanction attaquée est entachée d’une erreur de droit dans cette mesure.
En revanche, l’attitude de Mme B... à l’égard de son n+1, en s’abstenant à plusieurs reprises de le mettre en copie des courriels qu’elle envoyait et en ayant contourné son refus s’agissant d’une autorisation de présence en sollicitant son n+2, traduit une désobéissance hiérarchique constitutive d’une faute disciplinaire.
A supposer que la communauté de communes invoquerait une substitution de motif en faisant valoir que Mme B... aurait tenus des propos dévalorisant à l’endroit des élus, caractérisant un manquement au devoir de réserve, ni la matérialité de ces faits ni leur caractère fautif ne sont démontrés à l’instance.
Il ne résulte pas de l’instruction que la communauté de communes aurait infligé à Mme B... la sanction d’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours si elle s’était uniquement fondée sur les fautes disciplinaires relatives à sa désobéissance hiérarchique.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que Mme B... est fondée à demander l’annulation de la sanction attaquée, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.
Sur les frais de l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme B..., qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la communauté de communes de Vezouze en Piémont au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté de communes de Vezouze en Piémont le versement d’une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B... et non compris dans les dépens.

D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 11 juillet 2023 du président de la communauté de communes de Vezouze en Piémont est annulé, ensemble la décision du 7 novembre 2023 rejetant le recours gracieux formé par Mme B....
Article 2 : La communauté de communes de Vezouze en Piémont versera une somme de 1 500 euros à Mme B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la communauté de communes de Vezouze en Piémont présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et à la communauté de communes de Vezouze en Piémont.


Délibéré après l’audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Siebert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.


Le rapporteur,





T. SiebertLe président,





B. Coudert

La greffière,





I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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