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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400158

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400158

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400158
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBOULANGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Boulanger, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter du prononcé du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer sa situation au regard de son droit au séjour en France, et ce dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant assignation à résidence est entachée d'incompétence ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la préfète ne démontre pas qu'il existe une perspective raisonnable d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée,

- les observations de Me Boulanger, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et insiste sur les bons résultats scolaires et la satisfaction exprimée par ses employeurs quant à son implication dans son travail, et produit en ce sens le bulletin scolaire du requérant du premier semestre de l'année scolaire 2023/2024 ;

- et les observations de M. B, assisté d'un interprète en langue arménienne, qui expose, en français, ses jours et horaires de cours et de service.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien né le 8 février 2001, est entré sur le territoire français le 7 décembre 2022 selon ses déclarations pour y solliciter le statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 15 mai 2023 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 décembre 2023. Le 22 juin 2023, la préfète des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy le 28 septembre 2023. À la suite de son interpellation le 17 janvier 2024 aux fins de vérification de son droit au séjour en France, la préfète des Vosges a, par un arrêté du même jour, assigné M. B à résidence dans le département des Vosges jusqu'à son départ du territoire français et l'a astreint à être présent à son domicile de 6 heures à 8 heures et à se présenter chaque lundi, mercredi et samedi entre 9 heures et 11 heures au commissariat de police d'Épinal. Par la requête susvisée M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

5. Aux articles 1er et 2 de l'arrêté contesté, la préfète des Vosges a astreint le requérant à se maintenir quotidiennement de 6 heures 00 à 8 heures 00 à son adresse à Épinal et lui a fait obligation de se présenter au commissariat d'Épinal les lundis, mercredis et samedis entre 9 heures et 11 heures. Il ressort des pièces du dossier que M. B est scolarisé, au titre de l'année scolaire 2023/2024, au sein de l'ensemble scolaire Notre-Dame-Saint-Joseph d'Épinal en vue de préparer un CAP mention " cuisine " et a conclu dans ce cadre un contrat d'apprentissage auprès d'un restaurant situé dans cette même commune. Il n'est pas contesté d'une part, que les cours de l'intéressé, qu'il suit une semaine sur deux débutent chaque jour de la semaine à 8 heures 00, d'autre part, qu'il prend son service au sein du restaurant où il effectue son apprentissage du lundi au dimanche à 9 heures 30. Ainsi, les modalités de l'assignation sont incompatibles avec les obligations résultant de sa formation. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté de la préfète des Vosges du 17 janvier 2024 assignant M. B à résidence doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'annulation de l'arrêté de la préfète des Vosges portant assignation à résidence n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B au bénéfice de son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er :M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel la préfète des Vosges a assigné M. B à résidence dans le département des Vosges est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète des Vosges et à Me Boulanger.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2023.

La magistrate désignée,

G. Grandjean Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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