vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400197 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LEMONNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 janvier 2024 à 15 heures 21 et 2 février 2024, Mme E A, représentée par Me Lemonnier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024, par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, a décidé de son transfert aux autorités portugaises responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Meuse et l'obligeant à se présenter les mercredis, hors jours fériés, entre 9 heures et 10 heures au commissariat de police de Bar-le-Duc ;
4°) d'enjoindre à la préfète d'enregistrer sa demande d'asile en France dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
En ce qui concerne les moyens propres à la décision de transfert aux autorités portugaises :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 relatives à l'obligation d'information du demandeur d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 571-1 et L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours :
- il n'est pas établi que son éloignement constitue une perspective raisonnable ; elle ne représente pas une menace à l'ordre public ;
- les modalités de l'assignation à résidence sont disproportionnées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits d'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Davesne,
- et les observations de Me Lemonnier, avocate commise d'office de Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision de transfert méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant et que l'assignation à résidence devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de transfert. En revanche Me Lemonnier précise abandonner le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013.
La préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin n'étant ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante angolaise née le 31 janvier 1997, est entrée sur le territoire français accompagnée de son enfant le 1er septembre 2023, selon ses déclarations, et a formulé une demande d'asile. A l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile, la consultation du fichier VIS a révélé que l'intéressée était en possession d'un visa délivré par les autorités portugaises. Celles-ci ont été saisies le 26 septembre 2023 d'une demande de reprise en charge. Elles ont fait connaître leur accord le 23 novembre 2023. Par deux arrêtés du 9 janvier 2024, dont la requérante demande l'annulation, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur le fondement des dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, Mme B C, cheffe du pôle régional Dublin, a reçu délégation l'autorisant à signer notamment, les arrêtés portant transfert et assignation à résidence, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, par arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 17 novembre 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué par la requérante, à qui incombe la charge de la preuve sur ce point, que Mme D n'aurait pas été absente ou empêchée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige doit, par suite, être écarté.
5. En second lieu, les arrêtés contestés comportent les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont, ainsi, suffisamment motivés.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant transfert aux autorités portugaises :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II.
Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. " Et aux termes de l'article L. 572-3 du même code : " La procédure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ne peut être engagée dans le cas de défaillances systémiques dans l'Etat considéré mentionné au 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. "
7. D'une part, Mme A soutient que la préfète du Bas-Rhin n'a pas examiné la possibilité de statuer sur sa demande d'asile, comme le lui permettent les dispositions précitées de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait valoir que sa vulnérabilité et le risque qu'elle ne puisse bénéficier au Portugal des soins appropriés à son état de santé n'ont pas été pris en compte. Toutefois, elle n'apporte aucune précision à l'appui de son moyen qui ne peut, dès lors, qu'être écarté.
8. D'autre part, si Mme A invoque les défaillances systémiques dans la prise en charge des demandeurs d'asile, de la nature de celles mentionnées à l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pouvant être observées au Portugal, elle n'apporte aucune précision à l'appui de ce moyen qui ne peut également qu'être écarté pour ce motif.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Mme A, qui précise avoir été impliquée en Angola dans le parti d'opposition Unita, soutient qu'elle serait exposée à un risque de traitements prohibés par les stipulations citées au point 9 en cas de transfert au Portugal dès lors que ce pays a accueilli des dirigeants angolais influents et qu'elle craint de ne pouvoir y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé et d'y être hébergé avec son enfant. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques qu'elle invoque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
12. Pour faire obstacle à la décision contestée la requérante se prévaut de la scolarisation de son enfant et de ses efforts d'acquisition de la langue française. Toutefois, et alors au demeurant qu'elle ne justifie pas de la scolarité de son enfant, ces éléments ne permettent pas d'établir, à eux seuls, son intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de transfert contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise la préfète du Bas-Rhin dans l'appréciation de la situation de l'intéressée doit être écarté.
13. Enfin, Mme A n'apporte aucun élément de nature à établir que la décision de transfert aux autorités portugaises serait contraire à l'intérêt supérieur de son enfant, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'assignation à résidence doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision de transfert aux autorités portugaises.
15. En second lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable ". Aux termes de l'article L. 751-4 du même code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () "
16. D'une part, il résulte de ces dispositions que le préfet peut assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert si son éloignement demeure une perspective raisonnable, indépendamment de la menace à l'ordre public que celui-ci pourrait représenter. Dès lors, la circonstance que Mme A ne représente aucune menace à l'ordre public est sans incidence sur la possibilité faite à l'autorité préfectorale de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans la perspective de l'exécution la décision de transfert prise à son encontre. En outre, il ressort des pièces du dossier que les autorités portugaises ont accepté le 23 novembre 2023 de reprendre en charge Mme A. Ainsi, son transfert demeure une perspective raisonnable, alors même que son enfant est scolarisé en France à l'école maternelle. Dans ces conditions, la préfète pouvait, sans commettre d'erreur de droit, prendre la décision d'assignation à résidence contestée.
17. D'autre part, Mme A fait valoir que le déplacement vers le commissariat de Bar-le-Duc depuis son lieu d'hébergement, à une distance de 54 kilomètres, est long et coûteux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle est, en réalité, hébergée à Bar-le-Duc, seul le siège de l'organisme qui l'héberge étant à Belleville-sur-Meuse. De plus, Mme A n'est dans l'obligation de se présenter au commissariat de Bar-le-Duc qu'une fois par semaine, le mercredi, hors jours fériés Ainsi, les modalités de l'assignation à résidence imposées à Mme A ne sont pas entachés d'erreur manifeste d'appréciation.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
19. Le présent jugement, qui ne fait pas droit aux conclusions de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées par la requérante à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
20. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la préfète du Grand Est, préfète du Bas Rhin.
Mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le président du tribunal,
S. Davesne
La greffière
L. Rémond
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026