jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2400323 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CATHALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 février 2024 à 20h31, M. B A, représenté par Me Cathala, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a décidé d'exécuter la décision d'éloignement prise à son encontre par les autorités allemandes en quittant le territoire français, en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, sous réserve que celui-ci renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les arrêtés attaquées ne sont pas signés par une autorité compétente ;
- les décisions qu'ils contiennent ne sont pas suffisamment motivées ;
- l'ensemble des décisions sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est protégé par le principe général de l'Union ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit ;
- l'ensemble des décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit en concubinage avec son compagnon et que ses orientations sexuelles justifient qu'il dépose une demande d'asile dans les plus brefs délais, laquelle fera échec à l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'ensemble des décisions méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'erreurs de fait ;
- la même décision est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne le risque de fuite ;
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le rapport de M. Di Candia a été entendu au cours de l'audience publique.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Di Candia, magistrat désigné,
- les observations de Me Cathala, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en précisant qu'il entend renoncer aux moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et du défaut de motivation de l'ensemble des décisions, et préciser le moyen tiré de l'erreur de droit, motif pris de ce que l'obligation de quitter le territoire allemand n'est pas produite par l'administration.
- et les observations de M. A assisté d'une interprète en langue arabe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h01, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 1er février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a pris à l'égard de M. B A, ressortissant algérien né le 20 décembre 1998, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par un arrêté du même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours sur le territoire de la Métropole du Grand Nancy. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces arrêtés.
2. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.
3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de son audition datée du 1er février 2024, que M. A a été invité à formuler les observations qu'il souhaitait porter à la connaissance de la préfète. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendue ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider de mettre en œuvre une décision obligeant un étranger à quitter le territoire d'un autre État dans les cas suivants :
1° L'étranger a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission en vertu d'une décision de refus d'entrée ou d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 et se trouve irrégulièrement sur le territoire métropolitain () ".
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des éléments produits par la préfète de Meurthe-et-Moselle, que M. A a fait l'objet d'un signalement de la part des autorités allemandes le 13 juin 2023 au motif qu'il a fait l'objet d'une décision de retour. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit de M. A, qui, en relevant que cette décision n'est pas produite, ne conteste pas la matérialité de ce signalement, ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. La circonstance que M. A envisage de déposer une demande d'asile est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, si M. A se prévaut de sa relation avec un ressortissant français depuis huit mois et de leur vie commune. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A n'était présent en France que depuis un an à la date de la décision attaquée et qu'il s'y maintient irrégulièrement sans avoir sollicité un titre de séjour. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa relation amoureuse, et alors que l'intéressé a déclaré la présence de sa mère en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de celle-ci sur sa situation personnelle.
9. En cinquième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative décider de mettre en œuvre une décision obligeant un étranger à quitter le territoire d'un autre État n'est pas au nombre des décisions pour lesquelles un délai de départ volontaire peut être accordé. Les moyens dirigés contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ne peuvent donc qu'être écartés.
10. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Si M. A fait valoir qu'en raison de ses orientations sexuelles, il ne peut retourner en Algérie, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il risquerait d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A contre les arrêtés attaqués doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Cathala.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 février 2024.
Le magistrat désigné,
O. Di Candia
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026