LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2400535

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2400535

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2400535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantGEHIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 19 février 2024 sous le n° 2400533, M. A E, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel la préfète des Vosges lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de titre de séjour présentée et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

- l'arrêté est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas légalement admissible au Kosovo et qu'il n'a pas donné son accord pour être renvoyé dans un pays autre que celui dont il a la nationalité ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 19 février 2024 sous le n° 2400534, M. B E, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel la préfète des Vosges lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de titre de séjour présentée et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

- l'arrêté est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas légalement admissible au Kosovo et qu'il n'a pas donné son accord pour être renvoyé dans un pays autre que celui dont il a la nationalité ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2024.

III. Par une requête, enregistrée le 19 février 2024 sous le n° 2400535, Mme I, représentée par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel la préfète des Vosges lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de titre de séjour présentée et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

- l'arrêté est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'est pas légalement admissible en Serbie et qu'elle n'a pas donné son accord pour être renvoyé dans un pays autre que celui dont il a la nationalité ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,

- et les observations de Me Lebon-Mamoudy, substituant Me Géhin, représentant MM. E et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, M. B E, ressortissants serbes, et Mme I, ressortissante kosovare, sont entrés régulièrement sur le territoire français le 20 mars 2018 afin d'y solliciter l'asile. La demande de M. A E et de Mme D à ce titre a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 20 juin 2018, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 juillet 2020. Ils ont formé des demandes de réexamen qui ont également été rejetées par des décisions du 7 juin 2021 de l'OFPRA et du 26 juin 2021 de la CNDA. Par un arrêté du 14 octobre 2021, le préfet des Vosges leur a retiré l'autorisation provisoire de séjour dont ils étaient bénéficiaires et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par une décision de l'OFPRA du 15 mars 2022, confirmée par la CNDA le 22 avril 2022, la demande d'asile formée par M. B E a également été rejetée. Par un arrêté du 14 juin 2022, le préfet des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 17 décembre 2022, il a formé une demande de titre de séjour auprès des services préfectoraux et, le 16 février 2023, M. A E et Mme D ont également sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par des arrêtés en date du 14 novembre 2023, la préfète des Vosges leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par leurs requêtes, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement, MM. E et Mme D demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 2 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète des Vosges a donné délégation de signature à M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous actes, arrêtés et décisions y compris en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. David Percheron, signataire des décisions contestées, ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, les arrêtés contestés comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision du 14 novembre 2023 par laquelle un refus de titre de séjour a été opposé à M. B E que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation. La circonstance qu'elle n'aurait pas fait état de l'ensemble des éléments dont elle était saisie est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées, alors d'ailleurs qu'il ressort des termes mêmes de la décision contestée qu'elle mentionne que M. B E dispose d'une convention de formation en apprentissage au sein de l'entreprise GS Automobile dans le cadre de ses études. Par suite, le moyen tenant au défaut d'examen sérieux de la situation de M. B E ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en J tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ".

6. Les requérants se prévalent de la durée de leur présence en J depuis l'année 2018, de la circonstance qu'ils vivent en famille avec leurs trois enfants, M. B E et Mmes F et H E, qui sont scolarisés sur le territoire national, ce qui est établi par la production de certificats de scolarité, ainsi que du fait que leur fils aîné, C, est en situation régulière sur le territoire et dispose d'une carte de séjour temporaire au titre de la vie privée et familiale. Ils font également valoir leur volonté d'intégration à la société française à travers des activités bénévoles et à travers leur insertion professionnelle. En particulier, M. A E se prévaut d'une promesse d'embauche au sein de la société ESER datée du 8 février 2023 et M. B E produit son certificat d'aptitude professionnelle en maintenance de véhicule, son contrat d'apprentissage au sein de la société GS Automobiles ainsi qu'une attestation de son employeur, datés d'octobre 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, les requérants n'étaient sur le territoire national que depuis cinq ans et demi et doivent la durée de leur présence à leur maintien en situation irrégulière. Par ailleurs, les intéressés ne justifient pas d'une intégration particulière en J, ne démontrent pas y avoir tissé des liens particuliers en dehors de leur famille et n'établissent ni même n'allèguent être dépourvus d'attaches en dehors de J. En outre, il n'est pas fait état d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de J alors que leur fils aîné est désormais majeur et a construit sa propre cellule familiale. Dans ces conditions, le préfet des Vosges n'a pas porté au droit des requérants au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les arrêtés attaqués ont été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en J depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

8. En présence d'une demande de régularisation sur le fondement de l'article L. 435-1 précité, présentée par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en J ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

9. D'une part, les requérants se prévalent de leur durée de présence en J, depuis cinq ans et demi, de la présence régulière de leur fils majeur, C, de leur bonne intégration et de la scolarisation en J de trois des enfants de la famille, en particulier des deux filles mineures, H, née le 2 août 2007, et F, née le 9 juin 2014. Il ressort toutefois des pièces du dossier que depuis leur entrée en J en octobre 2018, les requérants ont fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, qu'ils n'ont pas exécutées. En outre, les certificats de scolarité, promesses d'embauches et dossiers médicaux de M. B E et de Mme D produits ne permettent pas de justifier de l'intensité de leurs liens sur le territoire. Par suite, pour les mêmes motifs que ceux précisés au point 6 ci-dessus, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que leur demande de délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie par des motifs exceptionnels.

10. D'autre part, pour contester la décision de refus de séjour opposé par la préfète des Vosges, les requérants se prévalent de leur bonne intégration sur le territoire français et des perspectives professionnelles de MM. E. Il n'est pas contesté que M. A E a fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail en qualité de bardeur par la société ESER en date du 7 septembre 2020 et qu'il a également bénéficié d'une promesse d'embauche le 8 février 2023 de cette même société. En outre, il est établi qu'après l'obtention de son certificat d'aptitude professionnelle, en octobre 2022, M. B E a bénéficié d'un contrat d'apprentissage au sein de la même société pour laquelle il a travaillé depuis cette même date. Toutefois, ces seuls éléments sont insuffisants à constituer, à eux seuls, des motifs d'admission exceptionnelle au séjour par le travail au sens des dispositions précitées. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la préfète des Vosges a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne les admettant pas au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions portant refus de titre de séjour ayant été écartés, les requérants ne sont pas fondés à exciper son illégalité au soutien de leurs conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 ci-dessus, les moyens tenant à la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur de qualification juridique des faits et de l'erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

14. La circonstance que les deux enfants mineures, filles et sœurs, des requérants, âgés de seize et neuf ans à la date de l'arrêté attaqué, soient scolarisées en J ne suffit pas à établir, alors que la décision litigieuse n'a pas pour effet de séparer la cellule familiale et qu'il n'est fait état d'aucun élément qui serait de nature à faire obstacle à la poursuite de la scolarité des enfants hors de J, qu'en prenant la décision attaquée, la préfète aurait porté atteinte à leur intérêt supérieur. Le moyen tenant à la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, les requérants ne sont pas fondés à exciper de son illégalité au soutien de leurs conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

17. Le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination seraient contraires à ces dispositions est dépourvu des éléments permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, par suite, qu'être écarté.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

19. Les requérants soutiennent qu'en application des dispositions citées au point 18, Mme D peut être renvoyée vers le Kosovo ou un autre pays, tandis que les autres membres de la famille peuvent être renvoyés vers la Serbie ou un autre pays, de sorte que l'exécution des mesures d'éloignement aura nécessairement pour effet de séparer la cellule familiale, d'autant qu'aucun n'a donné son accord pour être renvoyé vers tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. Toutefois, il ressort des termes mêmes des arrêtés contestés que la préfète des Vosges a décidé que chacun des intéressés sera éloigné vers son pays d'origine, la Serbie ou le Kosovo ou tout autre pays pour lequel il établirait être légalement admissible avec son conjoint, ses parents ou ses enfants. De plus, les arrêtés précisent par ailleurs, qu'en cas d'éloignement forcé, il n'est pas prévu de séparer la famille. Ainsi, tous les membres de la famille seront éloignés à destination du même pays. Il appartiendra à la préfète des Vosges, dans le cadre de la mise en œuvre de l'exécution forcée des mesures d'éloignement, de déterminer le pays vers lequel les trois membres de la famille pourront être éloignés ensemble. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

20. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Et aux termes de l'article 9-1 de la même convention : " Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. () ".

21. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

22. Il résulte du point 19 que les arrêtés attaqués n'autorisent pas la préfète des Vosges à séparer les membres de la famille en éloignant MM. E et Mme D vers des pays différents. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués méconnaissent les stipulations citées aux points 20 et 21.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

23. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, les requérants ne sont pas fondés à exciper leur illégalité au soutien de leurs conclusions à fin d'annulation des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français.

24. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé des considérations de droit et fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

25. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 ci-dessus, le moyen tenant à la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

26. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés de la préfète des Vosges du 14 novembre 2023 par lesquels elle a refusé leur admission au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par les requérants ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés aux instances :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, une somme que les requérants demandent au titre des frais non compris dans les dépens et exposés par eux.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2400533, 2400534 et 2400535 présentées par MM. E et Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, M. B E, Mme K D, à la préfète des Vosges et à Me Géhin.

Délibéré après l'audience publique du 4 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

D. Marti

La greffière,

M. G

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2400533, 2400534, 2400535

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions