jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401761 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL RICHARD & LEHMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2024 à 16 heures 19, M. D A demande au tribunal :
1°) la désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète en langue albanaise et, dans l'hypothèse d'une libération, la désignation d'un avocat au titre de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 13 juin 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sur le fondement des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre toutes les décisions :
- elles sont entachées d'insuffisance de motivation ;
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation puisque son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) 2018/1806 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont
soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,
- les observations de Me Lehman, avocat commis d'office représentant M. A, assisté d'un interprète en albanais, qui demande l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, et souligne que son épouse et ses deux filles sont arrivées depuis deux semaines en France, qu'elles ont déposé une demande d'asile, et qu'il les a suivies le 9 juin. Son comportement ne présente aucune menace pour l'ordre public. Il ne connait pas la raison pour laquelle il a été identifié par les services de police en Allemagne puisqu'il ne s'y est jamais rendu. Il a égaré son passeport et a fait une demande de renouvellement. Il est entré en France dans le délai de trois mois lui permettant de séjourner sans visa. La décision contestée est insuffisamment motivée et n'a pas pris en compte sa situation personnelle puisqu'il n'y est pas fait référence à sa demande d'asile. Elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à la présence de sa famille en France. L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu puisqu'il craint pour sa sécurité en cas de retour au Kosovo où il a emprunté de l'argent à des personnes dangereuses qui menacent sa famille. Les décisions subséquentes de la mesure d'éloignement seront annulées par voie de conséquence. L'interdiction de retour est disproportionnée. Il existe un doute sur l'identité de la personne signalée par les services de police. Il doit être admis en France puisqu'il respecte les conditions de l'article 6 du code Frontières Schengen.
-les observations de Me Morel, représentant le préfet du Haut-Rhin, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, et souligne que le requérant n'a produit aucun document justifiant de son identité et de sa nationalité. L'identité déclarée correspond à un signalement en non admission ou éloignement émis par les autorités allemandes ; il a déclaré avoir fui le Kosovo en camionnette après avoir payé un passeur alors qu'il a été signalé par les autorités Suisses en arrivant à l'aéroport de Genève le 9 juin 2024. Il dispose d'un vol de retour entre Bâle et Pristina pour le 23 juin. Il ne justifie pas des liens familiaux invoqués. Son comportement présente une menace pour l'ordre public puisqu'il est signalé pour avoir participé à des activités de nature terroriste. Le caractère aléatoire de ses déclarations ne permet pas de les tenir pour établies.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Une note en délibéré a été enregistrée pour le requérant le 20 juin 2024 à 22 heures 07.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 11 février 1990, de nationalité kosovare, a été placé en retenue pour vérification de son droit au séjour le 12 juin 2024 par les services de la police de Mulhouse. Il a fait l'objet d'un arrêté du 13 juin 2024 pris par le préfet du Haut-Rhin lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui interdisant le retour pendant une durée de trois ans. Placé en rétention administrative, il conteste cette décision.
Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et de sursis à statuer :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de sursis à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.
Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète :
4. M. A, placé en rétention, a présenté sa requête sans ministère d'avocat et a été assisté à l'audience par Me Lehman, avocat commis d'office désigné par le bâtonnier du barreau de Nancy, et par un interprète en langue albanaise, en application des dispositions des articles L. 614-10 et L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
5. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. C B, directeur de l'immigration de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture du Haut-Rhin, qui a reçu délégation de signature du préfet du Haut-Rhin par arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
6. En deuxième lieu, les décisions attaquées indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées alors même qu'elles ne mentionnent pas l'ensemble des éléments que M. A aurait fait valoir durant son audition par les services de police. Et il ne ressort pas de cette motivation que le préfet aurait omis de procéder à un examen complet de la situation du requérant.
7. En troisième lieu, les conditions de notifications d'un acte sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été notifié dans une langue non comprise par le requérant doit être écarté comme étant inopérant.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ()5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ". En vertu des dispositions combinées de l'article 1er et de l'annexe II du règlement n° 2018/1806 du 14 novembre 2018 susvisé, dans sa rédaction modifiée par le règlement (UE) n° 2023/850 du 19 avril 2023, les ressortissants kosovars munis d'un passeport biométrique sont dispensés de l'obligation d'être munis d'un visa lors du franchissement des frontières extérieures des États membres pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est référé à l'article 6 du code frontière Schengen et au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort du procès-verbal d'audition par les services de la police aux frontières en poste à Mulhouse que, lors de sa retenue aux fins de vérification de son droit de circulation et de séjour, le requérant a déclaré son identité et sa nationalité en précisant qu'il était dépourvu de passeport et qu'il avait " des problèmes au Kosovo " où il a emprunté de l'argent sans pouvoir rembourser ses créanciers qui menaceraient sa famille. S'il déclare avoir remis son passeport à un passeur et en avoir demandé le renouvellement aux autorités de son pays, il n'en justifie pas. Faute de remplir les conditions d'entrée prévues par les dispositions susmentionnées de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il pouvait pour ce seul motif faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire prise sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 de ce code. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 du code Frontières Schengen doit par suite être écarté.
10. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Si le requérant soutient que son épouse et ses deux filles résideraient en France et bénéficieraient d'une protection en qualité de demandeuses d'asile, il ne justifie pas de l'existence, de l'ancienneté et la stabilité des liens dont il se prévaut. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale doit être écarté.
En ce qui concerne la décision relative au délai de départ :
12. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision refusant un délai de départ volontaire.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " . Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; /() 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
14. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, le préfet du Haut-Rhin s'est notamment fondé sur les dispositions du 3° de l'article précité ainsi que sur les dispositions des 1°, 2° et 8° de l'article L. 612-3 dudit code en relevant que M. A ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français et qu'il ne justifiait ni de documents de voyage en cours de validité ni de sa domiciliation. Il est constant, ainsi qu'il a été indiqué au point 9 ci-dessus, que le requérant est dépourvu de passeport. De plus, il a déclaré aux services de police, lors de son audition du 12 juin 2024, être sans domicile fixe sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin a pu valablement estimer, pour ce seul motif, qu'il existait un risque que M. A se soustraie à la mesure portant obligation de quitter le territoire français et lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.
16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. M. A soutient qu'il serait en danger en cas de retour au Kosovo dans la mesure où il est menacé à la suite d'un endettement. Toutefois, il ne verse au débat aucun élément à l'appui de ces allégations et il ne démontre pas le caractère réel et actuel des risques invoqués. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 ci-dessus, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
19. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour.
20. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public.". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
21. Le requérant invoque le caractère disproportionné de la décision en litige en indiquant que son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public et que son épouse et ses filles résident en France en qualité de demandeuses d'asile. Toutefois, d'une part, M. A ne justifie pas de la réalité, de l'ancienneté et de la stabilité des liens familiaux invoqués, et, d'autre part, il est apparu qu'il faisait l'objet d'un signalement dans le système d'information Schengen pour " non admission ou éloignement " émis par les autorités allemandes en raison de l'existence d'une menace sérieuse pour la sécurité. Si le requérant soutient ne jamais s'être rendu en Allemagne, il est constant qu'il n'a produit aucun justificatif d'identité ou de voyage, et qu'il fait l'objet d'une fiche de recherche émise par les autorités allemandes le 16 décembre 2016, valable jusqu'au 24 octobre 2025, pour une infraction relative à une activité liée au terrorisme. Alors qu'il a déclaré être entré en France le 10 juin 2024 en provenance du Kosovo et avoir effectué son trajet en camionnette après avoir rémunéré un passeur auquel il aurait remis son passeport, il est apparu qu'il s'était présenté le 9 juin 2024 à l'aéroport de Genève en Suisse, muni d'un billet de retour entre Bâle et Pristina prévu pour le 23 juin 2024. Dans ces conditions, compte tenu de son arrivée récente en France du fait qu'il lui est toujours loisible de solliciter la levée de l'interdiction de retour, le préfet du Haut-Rhin n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public et en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Haut-Rhin.
Lu en audience publique le 20 juin 2024 à 16 heures 33.
La magistrate désignée,
F. Milin-RanceLa greffière,
L. Bourée
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401761
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026