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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402014

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402014

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantLEBON-MAMOUDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024, M. E D, représenté par Me Lebon-Mamoudy, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ce qui démontre un défaut d'examen individuel de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- des éléments sérieux justifient la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une mesure portant interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré 10 septembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sousa Pereira,

- et les observations de Me Lebon-Mamoudy, avocate de M. D, qui reprend ses conclusions et moyens de la requête. Elle déclare, en outre, se désister des conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la Cour nationale du droit d'asile s'étant prononcée sur le rejet par l'OFPRA de sa demande de réexamen.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant afghan né le 17 avril 1996, déclare être entré en France le 15 avril 2022, afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 30 septembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), par une décision du 18 décembre 2023. La demande de réexamen qu'il a effectuée a été rejetée par l'OFPRA par une décision d'irrecevabilité du 9 février 2024. A la suite de ce rejet, par un arrêté du 14 juin 2024 dont M. D demande l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 29 juillet 2024. Par suite il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le désistement partiel :

3. Si, dans sa requête, M. D a sollicité la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il a expressément abandonné ces conclusions à l'audience. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté contesté, exceptée la décision fixant le pays de destination :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme B A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions de refus de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, par un arrêté du 16 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 18 avril 2024. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant refus de séjour doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que la préfète de Meurthe-et-Moselle, après avoir constaté le rejet pour irrecevabilité du réexamen de la demande d'asile présentée par M. D par l'OFPRA, a examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont elle avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. Par ailleurs, dès lors que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de départ volontaire de droit commun, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. S'agissant enfin de la décision portant interdiction de retour, cet arrêté vise notamment l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la date d'entrée de M. D en France, de son absence d'attaches privées et familiales sur le territoire français et indique qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public.. Cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de M. D. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cet arrêté et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doivent, par suite, être écartés.

6. En troisième lieu, la mesure d'éloignement en litige n'a pas d'autre objet que d'obliger M. D à quitter le territoire français. Ainsi, il ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de cette décision.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D ne résidait en France que depuis deux ans à la date de l'arrêté en litige et il ne démontre pas y avoir des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. Si l'intéressé soutient qu'il a déposé un recours devant la CNDA à l'encontre de la décision d'irrecevabilité de l'OFPRA, cette seule allégation, dépourvue de précision, ne permet pas de la faire regarder comme justifiant d'une situation faisant obstacle à ce qu'une interdiction de retour soit prononcée à son encontre. Dans ces conditions, la préfète pouvait légalement prononcer, en dépit de ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et de ce qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à son encontre.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;/2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié devant l'OFPRA puis devant la CNDA et a présenté une demande de réexamen d'asile devant l'OFPRA, ce que la préfète rappelle d'ailleurs dans l'arrêté en litige. Cet arrêté indique toutefois que le requérant n'allègue pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision qui lui est opposée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention. Les termes mêmes de cet arrêté établissent ainsi que la préfète, qui s'est bornée à souligner l'absence d'allégation de risque, n'a pas procédé à l'appréciation qui lui incombe de la réalité et la matérialité des risques invoqués de traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. D est fondé à soutenir que la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de fixer le pays à destination duquel elle pourra, le cas échéant, être reconduite.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens invoqués par M. D à l'encontre de la décision fixant le pays de destination que M. D est uniquement fondé à solliciter l'annulation de la décision du 14 juin 2024 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé à son encontre une telle mesure. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation des autres décisions du 14 juin 2024 doivent être rejetées.

12. L'annulation de la décision fixant le pays de destination n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour est rejetée.

13. Enfin, M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lebon-Mamoudy, avocate de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lebon-Mamoudy de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions de M. D tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 14 juin 2024.

Article 3 : La décision du 14 juin 2024 fixant le pays de destination d'une éventuelle mesure d'éloignement forcé est annulée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : L'Etat versera à Me Lebon-Mamoudy une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lebon-Mamoudy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Lebon-Mamoudy et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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