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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402113

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402113

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Issa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 29 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- et les observations de Me Issa, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 15 octobre 1996, est entré sur le territoire français le 24 octobre 2021 et s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ", valable jusqu'au 2 mars 2022. Le 20 juin 2023, M. A a sollicité son admission au séjour. Par l'arrêté contesté du 8 juillet 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande, obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, M. C était compétent pour signer l'arrêté contesté du 26 juillet 2024.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A.

5. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article 3 du même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / () ".

6. M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au motif de la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée, en qualité de chauffeur livreur. Pour rejeter cette demande, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé résidait irrégulièrement en France depuis l'expiration de son contrat de travail, qu'il ne justifiait ni de l'obtention d'une autorisation de travail, ni d'aucun document attestant de sa capacité à occuper ce poste, que l'incapacité dans laquelle se trouvait l'employeur de recruter un ressortissant français ou un étranger en situation régulière n'était pas établie et que le requérant avait été contrôlé par les forces de police le 6 février 2024 pour conduite sans permis réglementaire en France. Si l'intéressé produit la copie d'une demande d'autorisation de travail produite par son employeur ainsi qu'une attestation de vigilance de l'union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF), il ne démontre pas être titulaire d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait sollicité son admission au séjour au motif de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.

8. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 24 octobre 2021 et résidait dans ce pays depuis moins de trois ans au jour de l'arrêté contesté. Si l'intéressé se prévaut de son ancienneté professionnelle en qualité de chauffeur routier pendant plus d'un an et de la conclusion d'un contrat de travail à durée déterminée en qualité de chauffeur livreur, l'intéressé est célibataire et sans enfant et ne justifie pas d'attaches stables et anciennes sur le territoire français. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. En dernier lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont applicables aux ressortissants marocains en tant qu'elles prévoient l'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale du demandeur.

10. La circonstance que M. A réside en France depuis plus de deux ans et y ait exercé l'activité de chauffeur routier pendant plus d'un an ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas, en refusant de régulariser à titre exceptionnel la situation du requérant au titre d'une activité salariée ou de sa vie privée et familiale, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et n'a pas davantage méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

12. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait obligation au requérant de quitter le territoire français, dont la motivation se confond avec celle de refus de séjour prise concomitamment, comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

15. En second lieu, la décision attaquée comporte les considérations de doit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante, dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Issa.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

O. Di CandiaLe greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2402113

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