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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402276

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402276

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de M. B, ressortissant congolais, qui contestait l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 25 juillet 2024 prolongeant de deux ans son interdiction de retour sur le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, l'insuffisance de motivation et le défaut d'examen de la situation personnelle et familiale de l'intéressé. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, sans retenir d'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2024 à 9 heures 47, et un mémoire enregistré le 1er août 2024, M. C, représenté par Me Bourchenin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre le 9 février 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen, notamment au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à la durée fixée ;

- il est illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté du 9 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an qui n'a pas été régulièrement notifié ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il porte atteinte à son droit au séjour pour raison médicale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Philis, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Philis, magistrate désignée ;

- et les observations de M. B qui évoque ses problèmes de santé et se prévaut de la présence en France de ses cinq enfants.

Le préfet de la Côte-d'Or n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 10 juillet 1968, est entré en France, selon ses déclarations, en 2009 en vue d'y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée le 7 janvier 2010 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée le 21 septembre 2012 par la Cour nationale du droit d'asile. S'il a été admis au séjour du 5 août 2010 au 31 décembre 2010, puis du 8 juillet 2014 au 7 juillet 2015, le préfet de la Côte-d'Or lui a notamment fait obligation, par un arrêté du 27 septembre 2016, de quitter le territoire français. Par un arrêté du 24 juillet 2017, la préfète de l'Aube a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 9 février 2024, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 25 juillet 2024, le préfet de la Côte-d'Or a prolongé de deux ans cette interdiction de retour sur le territoire français. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2024.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, Mme Amélie Ghayou, secrétaire générale adjointe, a reçu délégation à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception des déclinatoires de compétence et des arrêtés de conflit, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture, par un arrêté du 18 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 22 janvier 2024. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que le préfet de la Côte-d'Or a procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de la situation particulière de M. B doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

5. Par un arrêté du 25 juillet 2024, le préfet de la Côte-d'Or s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prolonger de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B le 9 février 2024.

6. M. B se maintient irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai. S'il se prévaut de la présence en France de ses cinq enfants majeurs et des liens qu'il entretient avec ces derniers, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. L'intéressé a, de plus, fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2016 et de multiples condamnations pénales. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à deux années la durée de cette prolongation, quand bien même son état de santé nécessiterait un suivi régulier. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, les conditions de notification de l'arrêté du 9 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, étant sans incidence sur sa légalité, l'exception d'illégalité de cet arrêté, invoquée par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 25 juillet 2024, doit être écartée.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 du présent jugement, faute pour le requérant de justifier de son intégration sur le territoire français, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En sixième lieu, eu égard à l'objet de la décision attaquée, M. B ne peut utilement soutenir qu'elle porte atteinte à son droit au séjour pour raison médicale. Le moyen, à le supposer soulevé, doit être écarté comme inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2024 portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par l'Etat au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.

La magistrate désignée,

L. Philis

La greffière

L. Rémond

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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