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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402314

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402314

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a été saisi de deux requêtes (n° 2402313 et 2402314) par les époux B, ressortissants étrangers, demandant l'annulation des arrêtés du 18 juillet 2024 par lesquels le préfet de la Meuse leur a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, prononcé une interdiction de retour d'un an et les a assignés à résidence. Les requérants invoquaient notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation, une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a rejeté l'ensemble des requêtes, considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés et que les décisions attaquées étaient légales au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I-. Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024 à 9 heures 14, sous le n° 2402313, Mme D A, épouse B, représentée par Me Levi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet de la Meuse lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assignée à résidence sur le territoire du département de la Meuse avec obligation de se présenter les jeudis entre 10 heures et 11 heures au commissariat de police de Bar-le-Duc pour une durée de trente jours, renouvelable pour une durée maximale de cent trente-cinq jours ;

3°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile sur sa demande d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application du droit d'option de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens présentés indistinctement contre l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur, en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;

- il méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et le principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter des observations écrites ou orales et d'être assistée d'un avocat ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de la directive 2008/115/CE ;

- il est entaché d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle a formé un recours devant la cour nationale du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français devra être annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et d'assignation à résidence :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu dès lors qu'elle n'a pas été entendue avant la notification de sa décision ;

En ce qui concerne la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

- le préfet s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée et a méconnu l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 7 de la directive 2008/115/CE en n'examinant pas s'il y avait lieu de prolonger le délai d'un mois prévu par ces dispositions ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle justifie de circonstances humanitaires ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- les conditions légales de l'assignation à résidence ne sont pas réunies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

II-. Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024 à 9 heures 28, sous le n° 2402314, M. E B, représenté par Me Levi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet de la Meuse lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence sur le territoire du département de la Meuse avec obligation de se présenter les jeudis entre 10 heures et 11 heures au commissariat de police de Bar-le-Duc pour une durée de trente jours, renouvelable pour une durée maximale de cent trente-cinq jours ;

3°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile sur sa demande d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application du droit d'option de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur, en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de la directive 2008/115/CE ;

- il est entaché d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- il méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et le principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations écrites ou orales et d'être assisté d'un avocat ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il a formé un recours devant la cour nationale du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français devra être annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et d'assignation à résidence :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu dès lors qu'il n'a pas été entendu avant la notification de sa décision ;

En ce qui concerne la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

- le préfet s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée et a méconnu l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 7 de la directive 2008/115/CE en n'examinant pas s'il y avait lieu de prolonger le délai d'un mois prévu par ces dispositions ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- les conditions légales de l'assignation à résidence ne sont pas réunies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour, en raison de l'inexistence de cette décision ;

- et les observations de M. et Mme B, assistés d'un interprète en langue albanaise, qui indiquent que Mme B est menacée dans leur pays d'origine par le frère de M. B, ce qui a notamment eu des retentissements importants sur leur enfant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants albanais, nés respectivement le 20 août 1984 et le 2 novembre 1994, déclarent être entrés en France en février 2024 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions du 16 mai 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. À la suite de ces décisions, par deux arrêtés du 18 juillet 2024, le préfet de la Meuse leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront, le cas échéant, être reconduits, leur a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et les a assignés à résidence sur le territoire du département de la Meuse pour une durée de trente jours. Par leurs requêtes, M. et Mme B demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la demande d'admission provisoire au titre de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur leurs demandes d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision de refus de titre de séjour :

4. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. et Mme B auraient sollicité la délivrance d'un titre de séjour préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées les parties, les conclusions tendant à l'annulation d'une prétendue décision portant refus de séjour sont irrecevables comme dirigées contre une décision inexistante et doivent, par suite, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions

5. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Meuse le même jour, le préfet de la Meuse a délégué sa signature à M. Christian Robbe-Grillet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'État dans le département de la Meuse, à l'exception des déclinatoires de compétence, des arrêtés de conflit, des déférés et des décisions de saisine de la chambre régionale des comptes dans le cadre du contrôle budgétaire. Dans ces conditions, M. C était compétent pour signer les arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses doit être écarté.

6. En deuxième lieu, les arrêtés contestés comportent l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions comprises dans ces arrêtés manquent en fait, tant au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration que de celles de l'article 12-1 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, qui ont, au demeurant, été transposées dans l'ordre interne et ne peuvent plus, dès lors, être invoquées utilement à l'encontre d'un acte administratif individuel.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués, ni des pièces des dossiers que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants avant de prononcer à leur encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination, leur faisant interdiction de retour et les assignant à résidence.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

9. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire, au pays de destination, à l'interdiction de retour sur le territoire français ou à l'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

10. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants aient sollicité un titre de séjour à un autre titre qu'à raison de leur demande d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inopérants à l'encontre d'une mesure d'éloignement, ne peuvent utilement être invoqués par les requérants.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ". Par ailleurs, l'article L. 542-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". Enfin, en vertu d'une décision du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides adoptée le 9 octobre 2015, l'Albanie est au nombre des pays d'origine sûrs.

12. En vertu de ces dispositions combinées, M. et Mme B, dont les demandes d'asile ont été instruites selon la procédure accélérée, n'avaient plus de droit au maintien sur le territoire à compter de la notification de la décision de l'OFPRA rejetant cette demande, intervenue le 16 mai 2024. Dans ces conditions, le préfet de la Meuse, pouvait, à compter de cette date, sans commettre ni vice de procédure, ni erreur de droit, les obliger, en application des dispositions du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à quitter le territoire français, alors même qu'ils avaient introduit un recours contre cette décision de l'OFPRA devant la cour nationale du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

14. Les requérants se prévalent de leurs efforts d'intégration depuis leur entrée sur le territoire français, des liens qu'ils y ont noués ainsi que de la scolarisation de leur fils. Toutefois, ils n'apportent aucun élément au soutien de leurs allégations alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'ils ne sont présents sur le territoire que depuis le mois de février 2024. Rien ne fait en outre obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans leur pays d'origine, où M. et Mme B ont vécu, respectivement, jusqu'à l'âge de trente-neuf et vingt-neuf ans. Les requérants ne sont par suite pas fondés à soutenir que le préfet de la Meuse aurait, en prenant à leur encontre les décisions contestées, méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur leur situation personnelle doit être écarté. Par suite, l'ensemble de ces moyens doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le préfet n'a pas refusé un titre de séjour aux requérants. Ainsi, ils ne peuvent pas utilement soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire devraient être annulées en raison de l'illégalité des prétendus refus de titres de séjour qui leur auraient été opposés.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et d'assignation à résidence :

16. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le préfet n'a pas refusé un titre de séjour aux requérants. Ainsi, ils ne peuvent utilement soutenir que les prétendus refus de titres qui leur auraient été opposés auraient été pris en méconnaissance de leur droit d'être entendus.

17. D'autre part, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

18. Il résulte toutefois également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union.

19. Le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue sur la décision en cause.

20. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise, notamment, après que la qualité de réfugié a été définitivement refusée à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, celui-ci est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnu la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux, notamment au regard de sa situation dans son pays d'origine ou de sa situation personnelle et familiale.

21. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B ont pu présenter sur leur situation les observations qu'ils estimaient utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Alors qu'ils ne pouvaient ignorer qu'en cas de rejet de cette demande, ils étaient susceptibles de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, ils n'allèguent pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêchés de présenter d'autres observations avant que ne soit prise les décisions portant obligation de quitter le territoire français et portant assignation à résidence en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

22. Les requérants ne peuvent utilement invoquer une méconnaissance des dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dès lors que cette directive a été transposée en droit interne. En outre, il ne ressort pas des termes des arrêtés attaqués que le préfet n'aurait pas exercé l'étendue de sa compétence pour refuser de leur accorder un délai d'une durée supérieure à trente jours.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

23. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou à des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

24. Les requérants soutiennent qu'en cas de renvoi dans leur pays d'origine, ils encourent un risque pour leur sécurité et leur intégrité physique dès lors que Mme B serait menacée par le frère de M. B. Ils produisent à cet égard un dépôt de plainte auprès du commissariat de police de Bar-le-Duc le 20 juin 2024 ainsi que la traduction d'un message de menaces. Ces éléments, qui ne permettent d'ailleurs pas d'identifier l'auteur des menaces, sont toutefois insuffisant à établir qu'ils seraient personnellement exposés à un risque réel, actuel et sérieux pour leur vie ou leur sécurité en cas de retour dans son pays d'origine et ce alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA. Ainsi, ils ne sont pas fondés à soutenir que la décision litigieuse a méconnu les stipulations précitées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

25. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

26. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont entrés en France très récemment. Ils ne justifient pas ne plus avoir d'attaches dans leur pays d'origine. Ils ne justifient en outre d'aucun lien sur le territoire français et s'ils se prévalent de la scolarisation de leur fils, cette seule circonstance ne saurait faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France. Il ne justifie, en tout état de cause, d'aucune circonstance humanitaire. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre des requérants d'une durée d'un an, le préfet ait inexactement apprécié leur situation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du préfet de la Meuse, à le supposer soulevé, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

27. Le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence ne remplit pas les conditions légales n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit par suite être écarté.

28. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme B sont rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, épouse B, à M. E B, à Me Levi-Cyferman et au préfet de la Meuse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.

La magistrate désignée,

É. Wolff

La greffière

L. Rémond

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2402313, 2402314

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