Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, M. A... C..., représenté par Me Crouvizier, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision 48 SI du 26 septembre 2024 par laquelle le ministre de l’intérieur a prononcé l’invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 26 juillet 2020 (6 points), 16 mars 2021 (4 points), 21 juillet 2023 (2 points), 13 mars 2024 (1 point) et 20 mars 2024 (3 points);
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer son permis de conduire crédité des points irrégulièrement retirés, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 400 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de la décision 48 SI du 26 septembre 2024 n’est pas établie ;
- il n’a pas été informé de ses droits prévus par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route pour toutes les infractions ayant donné lieu à l’invalidation de son permis ;
- la contravention émise à la suite de l’infraction constatée le 20 mars 2024 a fait l’objet d’un classement sans suite, aux termes d’une décision du 30 septembre 2024 de l’officier du ministère public près le tribunal de police de Nancy.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2025, le ministre de l’intérieur conclut au non-lieu à statuer sur conclusions dirigées contre la décision 48 SI du 26 septembre 2024 et sur celles dirigées contre la décision de retrait de trois points consécutive à l’infraction constatée le 20 mars 2024, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- les mentions relatives à l’infraction constatée le 20 mars 2024 ont été supprimées du dossier de M. C... ; cette rectification ayant conduit à ce que l’intéressé dispose d’un solde de 3 points sur son permis de conduire, la décision 48 SI est réputée avoir été retirée ;
- les conclusions dirigées contre le retrait de points consécutif à l’infraction du 16 mars 2021 sont irrecevables, en raison de leur tardiveté ;
- les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.
Par une lettre du 7 avril 2025, le tribunal a demandé à M. C..., en application de l’article R. 612-5-1 du code de justice administrative, de confirmer expressément le maintien de ses conclusions.
Par un mémoire enregistré le 14 avril 2025, M. C... a déclaré se maintenir de ses conclusions.
Par une lettre du 19 janvier 2025, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de retrait d'un point consécutive à l’infraction constatée le 13 mars 2024 qui a été réattribué à l’intéressé en application de l’article L. 223-6 du code de la route rendant ces conclusions sans objet avant l’introduction de la requête. (CE, 27 novembre 2025, M. B..., n° 499978).
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme D... a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Par une décision référencée 48 SI du 26 septembre 2024, le ministre de l’intérieur a prononcé l’invalidation du permis de conduire de M. C... pour solde de points nul. M. C... demande au tribunal l’annulation de cette décision du 26 septembre 2024 et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 26 juillet 2020 (6 points), 16 mars 2021 (4 points), 21 juillet 2023 (2 points), 13 mars 2024 (1 point) et 20 mars 2024 (3 points).
Sur l’exception de non-lieu partiel opposée en défense :
Il résulte du relevé d’information intégral édité le 3 avril 2025 relatif au permis de conduire de M. C... que celui-ci est « valide », avec un total de 3 points sur 12 et ne mentionne plus la décision 48 SI du 26 septembre 2024 qui est, dès lors, réputée avoir été retirée. Par ailleurs, ce relevé d’information intégral ne mentionne pas l’infraction constatée le 20 mars 2024 ayant conduit au retrait de trois points. Cette décision de retrait de points doit ainsi être regardée, ainsi que le ministre le fait valoir en défense, comme ayant été retirée. Dès lors, les conclusions à fin d’annulation de ces décisions ont perdu leur objet en cours d’instance. Ainsi, il n’y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
Il résulte de la combinaison des dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative que le destinataire d’une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d’un délai de deux mois à compter de sa notification qui n’est opposable qu’à la condition que les délais et les voies de recours aient été indiqués dans cette notification. Pour l’application de ces dispositions, les décisions référencées « 48 SI », constatant la perte de validité du permis de conduire pour solde de points nul, « 48 M », informant le conducteur que le solde de points sur son permis de conduire est inférieur ou égal à six points, « 48 N », informant le conducteur en période probatoire que le solde de points sur son permis de conduire est inférieur ou égal à trois points et qu’il doit suivre un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans un délai de quatre mois et, enfin, les décisions référencées « 48 », informant le conducteur d’un retrait de points, dont l’administration n’est pas en mesure d’éditer des copies, doivent être regardées, sauf preuve contraire, comme conformes au modèle qui sert de base à leur édition automatisée par l’Imprimerie nationale, lequel comporte la mention des délais et voies de recours.
Il résulte de l’instruction et n’est au demeurant pas contesté que la décision de retrait de 4 points consécutive à l’infraction constatée le 16 mars 2021 a été notifiée à M. C... le 23 octobre 2021, ainsi qu’en témoigne l’avis de réception produit par le ministre en défense, signé par le requérant. Par suite, et alors que cette décision est réputée comporter la mention des délais et voies de recours, les conclusions à fin d’annulation présentée par M. C... contre cette décision, enregistrées le 29 novembre 2024, ont été présentées tardivement, et ne peuvent qu’être rejetées comme étant irrecevables.
Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision de retrait de point consécutive à l’infraction constatée le 13 mars 2024 :
Aux termes du 3ème alinéa de l’article L. 223-6 du code de la route : « (…) en cas de commission d’une infraction ayant entraîné le retrait d’un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa », c’est-à-dire de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l’émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l’exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, « si le titulaire du permis de conduire n’a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points ».
Il résulte de ces dispositions que des conclusions dirigées contre une sanction de retrait d’un point consécutive à une infraction alors que le point a été réattribué à l’intéressé en application de ces dispositions, avant que l’annulation n’en soit demandée au tribunal administratif, ont, à la date d’introduction de cette demande, perdu leur objet.
En l’espèce, il résulte de l’instruction, et tout particulièrement du relevé d’information intégrale relatif au permis de conduire de M. C..., produit par le ministre en défense, que le point retiré à la suite de l’infraction commise le 13 mars 2024 lui a été restitué le 6 novembre 2024, en application du troisième alinéa de l’article L. 223-6 du code de la route. Cette restitution étant intervenue antérieurement à l’introduction de la requête, les conclusions aux fins d’annulation présentées à l’encontre de cette décision de retrait de point ont perdu leur objet et sont par suite irrecevables.
Sur les conclusions tendant à l’annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 26 juillet 2020 (6 points) et 21 juillet 2023 (2 points):
Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue (…) Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive (…) ». Aux termes de l’article L. 223-3 du même code : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à
L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès (…) ». Enfin, aux termes de l’article
R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles
L. 225-1 à L. 225-9 (…) ».
La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l’encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l’information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l’auteur de l’infraction pour lui permettre, avant d’en reconnaître la réalité par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’exécution d’une composition pénale, d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d’en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d’une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
En ce qui concerne l’infraction constatée le 26 juillet 2020 :
Lorsque la réalité d'une infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.
Le relevé d’information intégral relatif au permis de conduire de M. C... mentionne que l’infraction commise le 26 juillet 2020 pour « excès de vitesse d’au moins 50 km/h » a fait l’objet d’une suspension du permis de conduire de l’intéressé pour une durée de six mois, prononcée par un jugement du tribunal judiciaire de Thionville du 14 décembre 2020, devenu définitif le 21 janvier 2021. Ainsi, la réalité de cette infraction doit être regardée comme établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal. Dans ces conditions, il en résulte que le moyen tiré du manquement à l’obligation d’information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne saurait être utilement invoqué à l’encontre du retrait de point correspondant à cette infraction du 26 juillet 2020.
En ce qui concerne l’infraction constatée le 21 juillet 2023 :
Il résulte de l’instruction que l’infraction du 21 juillet 2023, qui a été constatée avec interception du véhicule, a donné lieu à l’établissement d’un procès-verbal électronique de gendarmerie mentionnant, d’une part, la nature d’infraction et les dispositions du code de la route la réprimant et, d’autre part, la circonstance que les infractions commises entraînent des retraits de points pouvant faire l’objet d’un traitement automatisé, à l’égard duquel le contrevenant dispose d’un droit d’accès et de rectification. Ce procès-verbal, que M. C... a signé, comporte ainsi les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. C... ont soit perdu leur objet soit doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d’injonction ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, le requérant étant principalement perdant à l’instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C... dirigées contre la décision du 26 septembre 2024 portant invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul (48 SI), ainsi que la décision portant retrait de trois points consécutive à l’infraction constatée le 20 mars 2024.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2026.
La présidente,
V. D...
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.