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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403704

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403704

mardi 24 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 1)
Avocat requérantSELARL CROUVIZIER AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de M. D... visant à annuler l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul et les retraits de points associés. Le juge a déclaré irrecevables les conclusions concernant les infractions de 2023 pour tardiveté du recours, et a rejeté les moyens au fond, estimant que la compétence du signataire était établie et que les obligations d'information prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avaient été respectées pour les autres infractions. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la route et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2024, M. A... D..., représenté par Me Crouvizier, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision 48 SI du 7 novembre 2024 par laquelle le ministre de l’intérieur a prononcé l’invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 31 août 2023 (3 points), 27 janvier 2024 (3 points), 11 mars 2024 (3 points) et 12 mai 2024 (2 points) ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer son permis de conduire, crédité des points irrégulièrement retirés, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 400 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la compétence du signataire de la décision 48 SI du 7 novembre 2024 n’est pas établie ;
- il n’a pas été informé de ses droits prévus par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route pour toutes les infractions ayant donné lieu à l’invalidation de son permis.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juillet 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 31 août 2023 et 27 janvier 2024, sont tardives ;
- les moyens soulevés par M. D... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme E... a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Par une décision référencée 48 SI du 7 novembre 2024, le ministre de l’intérieur a prononcé l’invalidation du permis de conduire de M. D... pour solde de points nul. M. D... demande au tribunal l’annulation de cette décision et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 31 août 2023 (3 points), 27 janvier 2024 (3 points), 11 mars 2024 (3 points) et 12 mai 2024 (2 points).

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

Il résulte de la combinaison des dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative que le destinataire d’une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d’un délai de deux mois à compter de sa notification qui n’est opposable qu’à la condition que les délais et les voies de recours aient été indiqués dans cette notification.

Il résulte de l’instruction que les décisions des 29 avril et 25 juillet 2024 portant retrait de deux fois trois points pour les infractions commises le 31 août 2023 et le 27 janvier 2024 ont été notifiées à M. D..., respectivement les 27 mai et 12 août 2024, ainsi qu’en témoignent les avis de réception produits par le ministre en défense, tous deux signés par le requérant. Par suite et alors que ces décisions comportaient la mention des délais et voies de recours, les conclusions à fin d’annulation présentées par M. D... contre ces décisions, enregistrées le 16 décembre 2024, ont été présentées tardivement, et ne peuvent qu’être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions dirigées contre la décision 48 SI du 7 novembre 2024 et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 11 mars 2024 (3 points) et 12 mai 2024 (2 points) :

En premier lieu, par une décision du 18 octobre 2024, parue au Journal Officiel de la République française du 20 octobre 2024, le ministre de l’intérieur a donné compétence à Mme C... B..., cheffe du bureau national des droits à conduire, pour signer, notamment, « les décisions et correspondances courantes relatifs au dispositif du permis à points », dont relève la décision litigieuse portant invalidation du permis de conduire de M. D.... Dans ces conditions, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de cette décision ne saurait qu’être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue (…) Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive (…) ». Aux termes de l’article L. 223-3 du même code : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à
L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès (…) ». Enfin, aux termes de l’article
R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles
L. 225-1 à L. 225-9 (…) ».

La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l’encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l’information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l’auteur de l’infraction pour lui permettre, avant d’en reconnaître la réalité par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’exécution d’une composition pénale, d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d’en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d’une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

Il résulte du second alinéa de l’article 529-2 du code de procédure pénale qu’en l’absence de paiement ou de requête en exonération, l’amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d’un titre rendu exécutoire par le ministère public. Conformément aux dispositions de l’article A. 37-28 du code de procédure pénale, ce titre exécutoire est adressé au contrevenant sous forme d’avis d’amende forfaitaire majorée qui contient une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le titulaire d’un permis de conduire à l’encontre duquel une infraction au code de la route est constatée par radar automatique et dont il est établi qu’il a payé sans objection l’amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ou n’a formé aucune réclamation dans le délai prévu à l’article 530 du code de procédure pénale, a nécessairement reçu le formulaire d’avis d’amende forfaitaire majorée. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l’administration doit alors être regardée comme s’étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l’amende, à moins que l’intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l’avis qu’il a nécessairement reçu, ne démontre s’être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

Il résulte de l’instruction et plus particulièrement du relevé d’information intégral relatif au permis de conduire de M. D..., que les infractions constatées les 11 mars et 12 mai 2024 ont donné lieu à l’émission de titres exécutoires d’amendes forfaitaires majorées, dont il n’est ni établi ni même allégué qu’elles ne seraient pas devenues définitives. Ces mentions portées au relevé du requérant, sans que ce dernier n’en conteste l’exactitude, permettent d’établir qu’en payant les amendes, le requérant a nécessairement reçu les informations requises par les dispositions précitées. Ainsi, l’administration a satisfait à son obligation d’information. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. D... doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d’injonction ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... D... et au ministre de l’intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2026.


La présidente,

V. E...
La greffière,

I. Varlet



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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