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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2500109

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2500109

mardi 21 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2500109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP LEBON & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a annulé la décision du 19 novembre 2024 par laquelle le président de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée a licencié Mme A... pour inaptitude physique. Le tribunal a jugé que la décision était entachée d'une erreur de droit, l'autorité territoriale ayant méconnu les articles L. 826-1 à L. 826-3 du code général de la fonction publique en ne procédant pas à l'étude des possibilités de reclassement de l'agent avant de prononcer son licenciement. Il a enjoint à la communauté de communes de réexaminer la situation de Mme A... dans un délai de trente jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 janvier 2025, Mme B... A..., représentée par Me Goudemez, demande au tribunal :
de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
d’annuler la décision du 19 novembre 2024 par laquelle le président de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée a décidé de la licencier pour inaptitude physique à compter du 22 août 2024 ;
d’enjoindre au président de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée de réexaminer sa situation au regard d’un reclassement au sein de l’établissement dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
d’enjoindre au président de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée de reconstituer administrativement et financièrement sa carrière à partir de la date de la décision litigieuse dans un délai maximum de trente jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée le versement au bénéfice de son conseil, qui, dans ce cas, renonce expressément au bénéfice de la part contributive de l’Etat, d’une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et, dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée, de verser cette somme à son propre bénéfice en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d’un vice de procédure tenant à l’absence de consultation de la commission administrative paritaire ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit, le président de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée ayant omis de lui proposer un reclassement.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2025, la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée, représentée par Me Coissard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 4 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 91-298 du 20 mars 1991 ;
- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de Me Coissard, représentant la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée.


Considérant ce qui suit :

Mme A..., adjoint technique territoriale à temps non complet au sein de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée (Meuse), affectée à l’entretien des classes et la gestion du stock de produits d’entretien, a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 22 août 2023. Par une décision du 19 novembre 2024, le président de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée a décidé de licencier Mme A... pour inaptitude physique. Par la requête susvisée, celle-ci demande l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions relatives à l’aide juridictionnelle provisoire :
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle en date du 4 février 2025. Par suite, il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à l’aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 826-1 du code de la fonction publique : « Lorsqu'un fonctionnaire est reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé, son poste de travail fait l'objet d'une adaptation, lorsque cela est possible ». Aux termes de l’article L. 826-2 du même code : « Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions a droit à une période de préparation au reclassement, avec maintien du traitement, pendant une durée maximale d'un an. Cette période est assimilée à une période de service effectif / (…) ». Aux termes de l’article L. 826-3 du même code : « Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé dont le poste de travail ne peut être adapté, peut être reclassé dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois en priorité dans son administration d'origine ou, à défaut, dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article L. 2, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes / (…). Par dérogation, la procédure de reclassement peut être engagée en l'absence de demande de l'intéressé qui dispose, dans ce cas, de voies de recours ».
D’autre part, aux termes de l’article 39 du décret du 20 mars 1991 portant dispositions statutaires applicables aux fonctionnaires territoriaux nommés dans des emplois permanents à temps non complet : « A l'issue d'un congé de maladie, de grave maladie, pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire physiquement apte à reprendre son service reprend son ou ses emplois précédents ou un ou des emplois équivalents ». Aux termes de l’article 41 du même décret : « Le fonctionnaire qui est définitivement inapte physiquement à l'exercice de ses fonctions à l'issue d'un congé de maladie, de grave maladie, pour invalidité imputable au service, de maternité, de paternité ou d'adoption ou de la période de disponibilité accordée au titre de l'article 40 ci-dessus et qui ne peut être reclassé en application du décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 susvisé est licencié / (…) ». Aux termes de l’article 1er du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : « Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade. / L'autorité territoriale procède à cette affectation après avis du médecin du travail, ou, lorsqu'il a été consulté, du conseil médical. Cette affectation est prononcée sur proposition du centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion lorsque la collectivité ou l'établissement y est affilié ». Aux termes de l’article 3-1 du même décret : « En l'absence de demande présentée en application de l'article 3, l'autorité territoriale ou le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion peut, après un entretien avec l'intéressé, décider de proposer au fonctionnaire reconnu inapte à titre permanent à l'exercice des fonctions correspondant à son grade, qui n'est ni en congé pour raison de santé, ni en congé pour invalidité temporaire imputable au service, des emplois compatibles avec son état de santé pouvant être pourvus par la voie du détachement, dans les conditions fixées aux troisième et quatrième alinéas du même article / (…) ».
Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que, lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi.
La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions ou soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement.
En l’espèce, après avoir recueilli l’avis émis par le conseil médical lors de sa séance du 17 octobre 2024, le président de la communauté de communes a, aux termes de son arrêté du 19 novembre 2024, estimé que Mme A... était définitivement inapte à l’exercice de ses fonctions à compter du 22 août 2024. Toutefois, alors que le président de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée n’avait pas conclu à l’inaptitude définitive de l’intéressée à l’exercice de toutes fonctions, il appartenait à celui-ci de lui proposer un emploi compatible avec son état de santé. En se bornant à soutenir que l’avis du conseil médical qui s’est prononcé sur l’inaptitude de la requérante à l’exercice de ses fonctions ne suggérait pas d’aménagement du poste de travail de Mme A... ni n’indiquait les fonctions qu’elle aurait été en mesure d’occuper, la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée, qui a pris la décision de licencier Mme A... un mois seulement après la tenue de la séance du conseil médical, n’établit pas avoir invité cet agent à formuler une demande de reclassement, ni avoir accompli, de manière sérieuse et effective, des démarches en vue de reclasser cet agent sur un emploi adapté à ses capacités. La seule circonstance que les emplois d’adjoint d’animation dont elle a diffusé la vacance de poste concomitamment à la décision de licenciement, ce dont la requérante se prévaut, étaient des emplois non permanents qui ne pouvaient, pour ce motif, être proposés à la requérante, ne suffit pas à démontrer que la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée a procédé aux diligences nécessaires pour définir et rechercher, au sein de ses services, des postes compatibles avec l’état de santé de l’intéressée, alors par ailleurs qu’il ne ressort pas des pièces du dossier et n’est pas contesté qu’elle n’a pas saisi les instances compétentes, notamment le conseil médical, pour se prononcer sur l’aptitude de l’intéressée à d’autres emplois. Enfin, si la collectivité soutient qu’aucun emploi administratif n’était disponible au sein de ses services, elle ne l’établit pas et il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu’elle ait, notamment en prenant l’attache du centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Meuse afin d’élargir les possibilités de reclassement auprès d’une autre collectivité ou un autre établissement public de son ressort, mis en œuvre les moyens à sa disposition pour reclasser l’agent. Par suite, Mme A... est fondée à soutenir que la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée ne pouvait légalement prononcer son licenciement pour inaptitude physique sans avoir préalablement cherché à la reclasser dans un autre emploi.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 19 novembre 2024 du président de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution (…) ».
Eu égard au motif d’annulation retenu, il y a lieu d’enjoindre au président de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée, d’une part, de procéder dans un délai d’un mois à la réintégration administrative de Mme A... à compter du 22 août 2024 et, d’autre part, de procéder au réexamen de sa situation, notamment en procédant à des recherches en vue de son reclassement, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
En revanche, en l’absence de service fait, il n’y a pas lieu, en tout état de cause, d’enjoindre à la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée de procéder à la reconstitution financière de la carrière de Mme A....
Sur les frais de l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A..., qui n’est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Mme A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Goudemez, avocat de Mme A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée le versement à Me Goudemez de la somme de 1 500 euros.


D E C I D E :

Article 1er :
Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l’admission de Mme A... à l’aide juridictionnelle provisoire.
L’arrêté du 19 novembre 2024 du président de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée est annulé.
Il est enjoint à la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée de procéder dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement à la réintégration administrative de Mme A... à compter du 22 août 2024 et de procéder, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de sa situation, notamment en procédant à des recherches en vue de son reclassement.
La communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée versera la somme de 1 500 euros à Me Goudemez, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Goudemez renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Le surplus des conclusions de la requête de Mme A... est rejeté.
Les conclusions de la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à la communauté de communes Val de Meuse-Voie sacrée et à Me Goudemez.


Délibéré après l’audience du 30 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2025.


La rapporteure,





G. Grandjean Le président,





B. Coudert

La greffière,





I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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