Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2025, M. A... B..., représenté par Me Mortet, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 10 décembre 2024 par laquelle la préfète des Vosges a prononcé la suspension de son permis de conduire à la suite d’un contrôle médical de son aptitude à la conduite ;
2°) d’enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer un permis de conduire sans limitation de durée, dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d’incompétence ;
- elle a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- faute de justifier de la qualité de l’auteur de l’avis médical, la décision sera annulée ;
- faute d’établir que l’avis médical a été rendu dans le respect des modalités prévues par l’article R. 226-2 du code de la route, la décision sera annulée.
- rien n’indique que le contrôle de l’aptitude à sa conduite a été réalisé selon l’un des cas d’ouverture visés par les dispositions des articles R. 221-13 et R. 221-14 du code de la route.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2025, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- le code de la santé publique ;
- l’arrêté du 21 décembre 2005 fixant la liste des affections médicales incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire ou pouvant donner lieu à la délivrance de permis de conduire de durée de validité limitée ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme C... a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 10 décembre 2024, la préfète des Vosges a suspendu la validité du permis de conduire de M. B... à la suite d’un contrôle médical d’inaptitude à la conduite. M. B... demande au tribunal l’annulation de cette décision.
Aux termes de l’article R. 221-14 du code de la route : « I. Postérieurement à la délivrance du permis, le préfet peut enjoindre à un conducteur de se soumettre à un contrôle médical de l’aptitude à la conduite : / 1° Dans le cas où les informations en sa possession lui permettent d’estimer que l’état de santé du titulaire du permis peut être incompatible avec le maintien de ce permis de conduire. Cet examen médical est réalisé par un médecin agréé consultant hors commission médicale ; au vu de l’avis médical émis, le préfet prononce, s’il y a lieu, soit la restriction de validité, la suspension ou l’annulation du permis de conduire, soit le changement de catégorie de ce titre ; (…) »
En premier lieu, la décision litigieuse est signée par M. Aurélien Duvergey, conseiller d’administration de l’intérieur et de l’outre-mer, qui, aux termes d’un arrêté du préfet des Vosges du 29 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le jour-même, a reçu délégation à l’effet de signer, notamment, les « arrêtés d’inaptitude médicale à la conduite des véhicules à moteur ». Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision litigieuse doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Il résulte des dispositions de l’article L. 211-6 du même code que cette obligation ne déroge pas aux textes législatifs qui interdisent la divulgation ou la publication des faits couverts par le secret. Aux termes de l’article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : « Les décisions mentionnées à l’article L. 211-2 n’interviennent qu’après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales (…) ».
D’une part, aux termes de l’article L. 1111-7 du code de la santé publique : « Toute personne a accès à l'ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels et établissements de santé, qui sont formalisées ou ont fait l'objet d'échanges écrits entre professionnels de santé, notamment des résultats d'examen, comptes rendus de consultation, d'intervention, d'exploration ou d'hospitalisation, des protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre, feuilles de surveillance, correspondances entre professionnels de santé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers. / Elle peut accéder à ces informations directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'elle désigne et en obtenir communication, dans des conditions définies par voie réglementaire au plus tard dans les huit jours suivant sa demande et au plus tôt après qu'un délai de réflexion de quarante-huit heures aura été observé (…). »
Les médecins chargés du contrôle médical sont tenus au secret médical dans les conditions rappelées au premier alinéa de l’article R. 4127-104 du code de la santé publique relatifs aux devoirs des médecins exerçant la médecine de contrôle, aux termes duquel : « Le médecin chargé du contrôle est tenu au secret envers l'administration ou l'organisme qui fait appel à ses services. Il ne peut et ne doit lui fournir que ses conclusions sur le plan administratif, sans indiquer les raisons d'ordre médical qui les motivent ». Il appartient, en revanche, au médecin chargé du contrôle, lorsqu’il estime que le titulaire du permis de conduire est inapte à la conduite, de porter à sa connaissance le motif d’inaptitude qu’il retient parmi ceux que mentionne l’arrêté du 21 décembre 2005 fixant la liste des affections médicales incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire ou pouvant donner lieu à la délivrance de permis de conduire de durée de validité limitée. Il est, par ailleurs, loisible à l’intéressé de demander la communication, sur le fondement des dispositions de l’article L. 1111-7 précité du code de la santé publique, des documents énonçant ces motifs conservés par le médecin.
La décision par laquelle le préfet suspend ou annule un permis de conduire, ou restreint sa validité, au motif que son titulaire est atteint d’une affection médicale incompatible avec la conduite d’un véhicule, présente le caractère d’une mesure de police qui doit être motivée. Si le principe du secret médical peut justifier que le dossier médical au vu duquel la décision attaquée a été prise ne soit communiqué à l’intéressé que par l’intermédiaire du médecin de son choix, ce principe n’a pas pour objet ni pour effet de dispenser le préfet de motiver sa décision en indiquant les raisons de droit et de fait qui la justifient.
Il ressort des pièces du dossier que l’arrêté contesté vise l’avis médical du 5 novembre 2024. Cet avis, signé par le requérant, mentionne qu’il « déclare avoir pris connaissance des motifs d’ordre médical qui ont entrainé l’avis d’aptitude avec restrictions ou d’inaptitude ». Alors que dans la présente procédure, M. B... n’établit, ni même n’allègue ne pas voir été informé de ces motifs, la décision de suspension de son permis de conduire doit être regardée comme suffisamment motivée.
D’autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été invité, par un courrier du 8 novembre 2024 qu’il s’est vu notifier le 14 novembre 2024, à présenter ses observations, dans le délai de quinze jours, sur la possible invalidation de son permis de conduire que le préfet pourrait être amené à prononcer à la suite de l’avis de la commission médicale du 5 novembre 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse aurait été prise en méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article R. 226-2 du code de la route : « Ce contrôle est effectué par un médecin agréé par le préfet, consultant hors commission médicale, ou des médecins siégeant dans une commission médicale primaire départementale ou interdépartementale, mentionnés à l’article R. 221-11. / (…) Les modalités d’organisation de ce contrôle médical et des tests psychotechniques sont fixées par arrêté conjoint des ministres chargés de la sécurité routière et de la santé ».
D’une part, il ressort des pièces du dossier que l’avis du 5 novembre 2024 fait apparaître le nom des deux médecins ayant mené le contrôle médical de M. B..., lesquels ont été agréés par la préfète des Vosges, comme l’atteste la liste établie le 31 octobre 2024 produite à la présente instance. Par suite, le moyen tiré du défaut de qualité des médecins signataires de l’avis médical du 5 novembre 2024 manque en fait et doit être écarté.
D’autre part, si le requérant soutient qu’il n’est pas démontré que le contrôle médical n’aurait pas été mené conformément aux dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 226-2 du code de la route, il n’assortit pas son moyen des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé. Il y a ainsi lieu d’écarter ce moyen.
En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement du procès-verbal de gendarmerie du 27 juillet 2024 que le contrôle du préfet fait suite à un signalement après un accident impliquant le requérant à l’occasion duquel les forces de l’ordre ont émis certaines réserves quant à son aptitude à la conduite. Cette hypothèse étant bien au nombre de celles prévues par les dispositions de l’article R. 221-14 du code de la route, le moyen tiré de l’erreur de droit ne peut qu’être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de M. B... doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d’injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Vosges.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2026.
La présidente,
V. C...
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.