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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2500720

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2500720

mardi 11 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2500720
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2025 à 16h31 sous le n° 2500720, M. A A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2025 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2025 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence sur le territoire du département de Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois avec obligation de se présenter, les mardis et jeudis, y compris jours fériés, auprès des services de police de Nancy et de se maintenir quotidiennement au sein du logement qu'il occupe entre 6h et 9h ;

4°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de retirer le signalement aux fins de non-admission dans le système Schengen dont il fait l'objet ;

5°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 75-I et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contenues dans les arrêtés contestés :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée méconnaît le droit d'être entendu, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et la préfète s'est, à tort, crue en situation de compétence liée en prenant cette décision ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision contestée doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes et ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée s'impose du fait de l'illégalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de droit ;

- la préfète s'est, à tort, crue en situation de compétence liée pour prononcer cette décision ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, magistrate désignée,

- et les observations de Me Jeannot, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures. Elle précise que M. A n'a pas été mis en mesure de présenter tous les éléments relatifs à sa situation dès lors qu'il était privé de liberté, et alors que la préfète pouvait vérifier ses allégations, notamment concernant son statut de réfugié. Elle insiste sur le fait que le comportement de M. A ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a commis un fait isolé, que la carte nationale d'identité falsifiée, qui est relative à sa véritable identité, n'a pas été utilisée auprès de l'administration et lui a uniquement servi à continuer d'exercer son emploi, en l'absence de renouvellement de son titre de séjour, pour lequel il est déclaré et n'a ainsi causé aucun préjudice. Elle indique également que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ n'est pas motivée et que M. A ne présente aucun risque de fuite. Elle explique enfin que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et elle soulève à l'audience un moyen nouveau tiré de l'erreur de fait commise par la préfète en considérant que la présence de M. A sur le territoire constituait une menace pour l'ordre public. Elle soulève également le moyen nouveau tiré de que la décision portant assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 12 janvier 1990, déclare être entré sur le territoire français le 2 décembre 2020 en compagnie de son épouse. Par un arrêté du 24 février 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de douze mois. Par un arrêté du même jour, la préfète l'a assigné à résidence sur le territoire du département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contenues dans les arrêtés contestés :

4. Par un arrêté n° 24.BCDET.42 du 12 décembre 2024, publié le même jour au recueil n° 147 des actes administratifs de la préfecture, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Frédéric Clowez, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. Frédéric Clowez, signataire des arrêtés contestés, manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. S'agissant particulièrement des décisions de retour, le droit d'être entendu implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier qu'une décision de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Mais il n'implique pas l'obligation, pour l'administration, de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

7. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a été invité, au cours de son audition par les services de police de Villers-lès-Nancy le 24 février 2025 à présenter ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement et sur sa situation personnelle et familiale. S'il soutient qu'il n'a pu présenter l'ensemble des éléments relatifs à cette situation, il ressort toutefois des termes mêmes du procès-verbal d'audition qu'il a indiqué qu'il était présent en France avec sa compagne et leurs deux enfants mineurs et qu'il disposait d'une carte de séjour grecque depuis 2017 en tant que demandeur d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit, en conséquence, être écarté.

9. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des motifs de la décision contestée, alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de préciser en quoi la situation particulière de l'intéressé ne fait pas obstacle à sa mise en œuvre, que la préfète se serait crue en situation de compétence pour prendre la mesure d'éloignement litigieuse ou qu'elle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Les moyens du défaut d'examen de sa situation, de l'erreur de fait et de l'erreur de droit ainsi commises doivent être écartés.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / () ".

12. Si M. A a été placé en garde à vue par les services de police pour détention et usage de faux documents administratif, et qu'il a reconnu lors de l'audition par ces services avoir acheté une carte d'identité grecque falsifiée afin de pouvoir travailler, ces faits sont, à eux-seuls, insuffisants à établir que le comportement de l'intéressé constituerait une menace pour l'ordre public. Le requérant est ainsi fondé à soutenir que c'est à tort que la préfète de Meurthe-et-Moselle a retenu cette circonstance pour l'obliger à quitter le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la mesure d'éloignement en litige est également fondée sur le maintien en situation irrégulière sur le territoire de M. A et sur la méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail. Par suite, alors que la préfète aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ces seuls motifs, l'erreur ainsi commise est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. A, qui déclare être présent sur le territoire français depuis quatre années à la date de la décision contestée, se prévaut de la présence en France de sa conjointe et de ses deux enfants mineurs, de l'obtention du statut de réfugié en Grèce et de son emploi sur le territoire. Toutefois, alors qu'il ressort des pièces du dossier que son titre de séjour grec en qualité de bénéficiaire d'une protection internationale a expiré en 2022, sans qu'il en demande le renouvellement, et que sa demande de titre de séjour formée en avril 2022 était incomplète, la durée de sa présence en France n'est due qu'à son maintien en situation irrégulière sur le territoire. La seule présence sur le territoire de sa conjointe, compatriote en situation irrégulière, et de ses deux enfants ne lui ouvre en outre pas un droit au séjour en France. Si le requérant soutient avoir noué des attaches en France, les contrats de travail, bulletins de salaires et attestations, d'ailleurs rédigées dans des termes généraux et stéréotypés, qu'il produit, ne permettent toutefois pas d'établir qu'il aurait des liens personnels et familiaux tels que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

16. M. A se prévaut de la présence en France de ses deux enfants, âgés de 6 et 2 ans, il ne produit toutefois aucun élément de nature à justifier qu'ils seraient empêchés de quitter le territoire, alors que la cellule familiale a vocation à se reconstituer hors de France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 12 et 14, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision du 24 février 2025 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; () ".

21. Ainsi qu'il a été exposé au point 12 du présent jugement, dès lors que le comportement de M. A ne constitue pas une menace pour l'ordre public, c'est à tort que la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire au requérant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A ne justifie pas des démarches entreprises pour régulariser sa situation, alors qu'il est constant qu'il n'a pas présenté les documents nécessaires à l'instruction de sa demande de titre de séjour formée en avril 2022 en qualité de " salarié " par les services préfectoraux. Il a en outre indiqué aux autorités de police avoir acheté une carte d'identité grecque falsifiée pour pouvoir travailler. Il se trouvait ainsi entrer dans les cas prévus au 2° et 7° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant de regarder comme établi, sauf circonstance particulière, le risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français. En se bornant à soutenir qu'il dispose de documents en cours de validité, qu'il déclare un lieu de résidence effective ou permanente, que sa femme et ses enfants sont présents sur le territoire, qu'il travaille et qu'il ne s'est pas soustrait aux obligations de pointage ou de mesure d'assignation à résidence, M. A ne justifie pas de circonstance particulière permettant de regarder le risque de fuite comme non établi. Il n'est par conséquent pas fondé à soutenir que la préfète a commis une erreur de droit ou a fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

22. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision du 24 février 2025 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a fixé le pays à destination duquel M. A est susceptible d'être éloigné d'office doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doit, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

23. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision du 24 février 2025 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination doit être écarté.

25. En deuxième lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

26. La décision portant interdiction de retour sur le territoire vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que, nonobstant le fait que le requérant n'ait jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale suffisante sur le territoire français au regard de la courte durée de sa présence sur le territoire et que son comportement représente une menace pour l'ordre public. La préfète a ainsi motivé sa décision au regard de tous les critères prévus à l'article L. 612-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision serait insuffisamment motivée doit être écarté comme manquant en fait.

27. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des motifs de la décision contestée que la préfète se serait, à tort, crue en situation de compétence liée pour prononcer l'interdiction de retour sur le territoire litigieuse et n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A. Ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

28. En quatrième lieu, il résulte des dispositions citées au point 23 que, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

29. Ainsi qu'il a été exposé au point 12, il n'est pas établi que la présence en France du requérant constituerait une menace pour l'ordre public. Toutefois, et nonobstant le fait que M. A n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu en France en situation irrégulière depuis plus de quatre ans et, qu'à l'exception de sa femme, compatriote en situation irrégulière sur le territoire, et de ses deux enfants mineurs, il ne justifie pas disposer d'autres attaches privées ou familiales sur le territoire français. En retenant ces circonstances pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant et en fixant sa durée à douze mois, la préfète n'a pas inexactement apprécié la situation de M. A. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que la préfète aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur la courte durée de présence du requérant en France et de l'absence d'une vie privée et familiale suffisante sur le territoire français, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision interdisant à M. A le retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

30. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision du 24 février 2025 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a assigné M. A à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination doit être écarté

31. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

32. La décision assignant M. A à résidence vise les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dès lors que la décision attaquée comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

33. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des motifs de la décision contestée que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

34. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

35. M. A se borne à soutenir que la décision portant assignation à résidence porte atteinte de manière disproportionnée à sa liberté d'aller et venir. Ce faisant, il n'établit pas que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation.

36. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation des arrêtés du 24 février 2025 contestés doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2025.

La magistrate désignée,

É. Wolff

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA30Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601396

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant arménien, visant à annuler son arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et l'interdiction de retour d'un an prononcée par le préfet du Gard. La juridiction a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le requérant, célibataire sans enfant, n'apportait pas d'éléments suffisants pour établir des liens familiaux ou privés stables en France au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a toutefois accordé à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle en raison de l'urgence.

08/04/2026

TA30Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601647

Le Tribunal Administratif de Nîmes rejette la requête de M. D... visant à annuler son arrêté d'éloignement. Le tribunal estime que la décision préfectorale, fondée sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers, est légale, notamment car le signataire était compétent et que le requérant n'apporte pas d'éléments suffisants pour établir une vie privée et familiale en France protégée par l'article 8 de la CEDH. Les autres moyens, concernant le pays de destination et l'interdiction de retour, sont également écartés.

08/04/2026

TA30Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601266

Le Tribunal Administratif de Nîmes a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre des arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière et d'assignation à résidence pris à l'encontre d'un ressortissant algérien. Le tribunal a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Sur le fond, il a examiné la légalité des mesures au regard notamment du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de la Convention européenne des droits de l'homme.

07/04/2026

TA30Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601220

Le Tribunal Administratif de Nîmes a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre plusieurs arrêtés préfectoraux ordonnant la reconduite à la frontière de M. B... Le tribunal a rejeté la requête, considérant que les moyens soulevés, notamment concernant la légalité de la signature, la motivation des décisions et le respect des droits de l'intéressé, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de la Convention européenne des droits de l'homme.

07/04/2026

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