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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2500831

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2500831

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2500831
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantRAYMOND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de M. C, ressortissant roumain, contestant l'arrêté du préfet de la Moselle du 10 mars 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français pour deux ans. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, considérant que la menace pour l'ordre public justifiait la mesure. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 611-1 et suivants, ainsi que sur la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides, dont le requérant ne démontrait pas relever.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2025 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 mars 2025, M. A C demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 10 mars 2025 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- elle méconnait la convention de New York du 28 septembre 1954 dès lors qu'il est apatride ;

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle sera annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegardes des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de New-York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marini, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marini,

- les observations de Me Raymond, avocate commise d'office représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et indique que M. C est Rom, qu'il n'est pas reconnu dans son pays et serait apatride. Il a une vie privée et familiale. Il vit en concubinage et a deux enfants, scolarisés en France. Il n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement ni manifesté de volonté de se soustraire à une mesure d'éloignement. Les faits qui lui sont reprochés datent de 2022. Il conteste les faits pour lesquels il a été placé en garde à vue et n'a pas fait l'objet de condamnation. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3- 1 de la convention relative aux droits de l'enfant est soulevé expressément à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- et les observations de M. E, représentant le préfet de la Moselle, qui indique que M. C n'a aucun droit au séjour, sa date d'entrée sur le territoire français est incertaine. Dans tous les cas, il déclare une présence en France depuis plus de trois mois, il est sans emploi et sans ressources. Son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Il a déclaré à plusieurs reprises être de nationalité roumaine. Il ne justifie pas de la communauté de vie et a lui-même déclaré lors de son audition vouloir se séparer. Il n'a pas reconnu les enfants.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant roumain, né le 25 décembre 1987, serait entré en France en 1995 ou 2015, selon ses déclarations. Le 9 mars 2025, il a été placé en garde à vue pour des faits de menace de mort réitérée et violence avec arme sans incapacité temporaire de travail sur sa compagne. Par l'arrêté du 10 mars 2025, dont il demande l'annulation, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il a été placé au centre de rétention administrative de Metz.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français : :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. B D, directeur de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de la Moselle, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie pour signer " l'ensemble des actes se rapportant aux matières relevant de cette direction " par un arrêté du préfet du 17 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 28 octobre 2024 et librement accessible sur le site internet de la préfecture. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification sont sans incidence sur la légalité de ces décisions.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. M. C se prévaut de sa durée de présence en France ainsi que de sa communauté de vie avec une ressortissante française avec laquelle il a deux enfants mineurs. Toutefois, s'il soutient être en France depuis 1995 ou 2015, il n'apporte aucun élément permettant d'établir une présence stable et continue en France. Aucun élément ne permet d'attester de la réalité d'une vie commune avec sa compagne ni qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de ses enfants qu'il n'établit pas avoir reconnu et alors que par ailleurs il a été placé en garde à vue pour des faits de menace de mort réitérée et violence avec arme sans incapacité temporaire de travail sur sa compagne. Il ne démontre ni même n'allègue aucune intégration professionnelle sur le territoire national. Ainsi, le requérant n'établit pas, comme il le soutient, avoir ancré sa vie privée et familiale sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de la Moselle n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle d'ensemble.

7. En second lieu, M. C soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il serait apatride. Cependant, il n'est pas établi par les pièces du dossier que l'intéressé soit en droit de se prévaloir de la qualité d'apatride et ce alors qu'il n'a fait aucune démarche pour se voir reconnaître cette qualité. Dès lors, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en obligeant M. C à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel "

9. M. C ne peut se prévaloir d'une présence régulière en France alors qu'il déclare y vivre depuis 2015. Il a été placé en garde à vue pour des faits de menace de mort réitérée et violence avec arme sans incapacité temporaire de travail sur sa compagne. Il est défavorablement connu des services de police pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, conduite d'un véhicule sans permis, menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Dès lors, le préfet de la Moselle pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

11. M. C ne fait état d'aucun élément permettant de penser qu'il encourt un risque réel de subir des traitements prohibés par les dispositions précitées en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans.".

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard aux conditions de séjour en France du requérant que le préfet de la Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. C et qu'elle serait disproportionnée.

14. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 ci-dessus, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C vit avec ses enfants ni qu'il contribue à leur entretien et éducation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.

La magistrate désignée,

C. Marini

La greffière

F. Levaudel

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.23

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