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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2501950

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2501950

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2501950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantCABINET HK LEGAL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a été saisi par une association environnementale pour annuler un permis de construire une centrale solaire, au motif que l'étude d'impact était insuffisante, notamment concernant la présence d'une espèce protégée (le Grand-Duc A...), et que l'information du public était défectueuse. Le tribunal a jugé que l'arrêté préfectoral accordant le permis était entaché d'illégalité, principalement en raison d'une erreur manifeste d'appréciation sur le calendrier des travaux incompatible avec la période de nidification de l'espèce protégée. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'environnement (notamment l'article L. 411-2) et du code de l'urbanisme (articles L. 425-15 et R. 424-6) relatives à la protection des espèces et aux conditions d'octroi des permis.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2025 et un mémoire en réplique enregistré le 14 octobre 2025, l’association Lorraine Association Nature, représentée par Me Zind, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté en date du 23 avril 2025 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a accordé un permis de construire à la société Solefra 45 en vue de la réalisation d’une centrale solaire au sol de 6,02 Mwc au lieu-dit « Le Paquis » à Tramont-Lassus ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

l’étude d’impact initiale n’a pas permis d’informer suffisamment le public des conséquences du projet sur l’environnement en raison de défauts de présentation et de pagination faisant obstacle à sa bonne compréhension ; elle ne mentionne pas la présence sur le site du Grand-Duc A..., espèce protégée ; la réalisation des inventaires n’était pas terminée ; elle comporte une information erronée sur la période de nidification, ce qui a eu une incidence sur les prescriptions de l’arrêté contesté ; le protocole d’identification des rapaces nocturnes mis en œuvre dans l’étude d’impact était inadéquat ; les zones humides du site n’ont pas été identifiées, malgré la présence de mares temporaires et de flore hydrophile, ni la présence d’amphibiens et invertébrés inféodés à ce milieu ; la méthodologie suivie n’est pas conforme à l’article T3 – 07.4-.5 – D4 du SDAGE Rhin-Meuse ; ces insuffisances n’ont pas permis de mettre en œuvre une séquence « éviter-réduire-compenser » selon les espèces ;
les avis de l’autorité environnementale et des collectivités territoriales sont entachés d’illégalité dès lors qu’ils sont antérieurs aux investigations sur la présence du Grand-Duc A... ;
l’information du public a été insuffisante puisque l’étude d’impact était incomplète, la présence d’une espèce protégée ne figurait dans aucune pièce communiquée et les inventaires ont été réalisés après la fin de l’enquête publique ;
l’arrêté contesté a été pris en méconnaissance des articles L. 425-15 et R. 424-6 du code de l’urbanisme à défaut de préciser que l’exécution des travaux est subordonnée à la délivrance d’une dérogation « espèce protégée » sur le fondement de l’article L. 411-2 du code de l’environnement ;
il a été pris en méconnaissance de l’article R. 111-26 du code de l’urbanisme et est entaché d’erreur manifeste d'appréciation, le calendrier de travaux prescrit étant inadapté à la période de nidification du Grand-Duc A... ; le projet devait être subordonné au dépôt d’une demande de dérogation à la protection de l’espèce ; les prescriptions sont insuffisantes et méconnaissent l’article L. 110-1 du code de l’environnement pour remédier aux effets dommageables sur la protection de l’espèce, dont les effectifs sont faibles dans la région, en particulier pendant la phase d’exploitation du projet, qui est de nature à altérer et réduire le territoire de reproduction et de chasse de l’espèce sans possibilité de repli.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 juillet, 30 septembre et 28 novembre 2025, la société Solefra 45, représentée par Me Harada, conclut au rejet de la requête, subsidiairement, à ce qu’il soit sursis à statuer en vue d’une régularisation en application de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme, et, en tout état de cause, à la mise à la charge de l’association requérante d’une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- le moyen tiré de ce que le calendrier des travaux méconnait la période de nidification du Grand-Duc est fondé et fera l’objet d’une régularisation ;
- les autres moyens soulevés par l’association requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2025, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l’association requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’environnement ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- les observations Me Zind, représentant l’association Lorraine Association Nature,
- et les observations de Me Harada, représentant la société Solefra 45.

Connaissance prise des notes en délibéré enregistrées le 3 mars 2026, pour l’association Lorraine Association Nature, et le 4 mars 2026, pour la société Solefra 45.


Considérant ce qui suit :
Le 20 décembre 2022, la société Solefra 45 a sollicité un permis de construire pour réaliser une centrale solaire au sol d’une surface plancher de 95 m² pour une capacité de 6,02 Mwc sur un terrain sis sur le territoire de la commune de Tramont-Lassus en Meurthe-et-Moselle. L’association Lorraine Association Nature demande l’annulation de l’arrêté en date du 23 avril 2025 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a délivré le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le cadre du litige :
Aux termes de l’article L. 600-5-2 du code de l’urbanisme : « Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation intervient au cours d'une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue et que ce permis modificatif, cette décision modificative ou cette mesure de régularisation ont été communiqués aux parties à cette instance, la légalité de cet acte ne peut être contestée par les parties que dans le cadre de cette même instance ».
Lorsqu'une autorisation d’urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l’autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises.
Il ressort des pièces du dossier que la société Solefra 45 a déposé le 26 septembre 2025 une demande de permis modificatif du permis de construire contesté, qui a donné lieu à la naissance d’un permis tacite à l’issue du délai de trois mois prévu par l’article R. 423-23 du code de l’urbanisme.
En ce qui concerne l’étude d’impact :
En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 424-4 du code de l’urbanisme dans sa rédaction applicable : « Lorsque la décision autorise un projet soumis à évaluation environnementale, elle comprend en annexe un document comportant les éléments mentionnés au I de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement ». Aux termes de l’article R. 431-16 du même code : « Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : a) L'étude d'impact (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 122-1-1 du code de l’environnement : « I.- L'autorité compétente pour autoriser un projet soumis à évaluation environnementale prend en considération l'étude d'impact, l'avis des autorités mentionnées au V de l'article L. 122-1 ainsi que le résultat de la consultation du public et, le cas échéant, des consultations transfrontières. La décision de l'autorité compétente est motivée au regard des incidences notables du projet sur l'environnement. Elle précise les prescriptions que devra respecter le maître d'ouvrage ainsi que les mesures et caractéristiques du projet destinées à éviter les incidences négatives notables, réduire celles qui ne peuvent être évitées et compenser celles qui ne peuvent être évitées ni réduites. Elle précise également les modalités du suivi des incidences du projet sur l'environnement ou la santé humaine. (…) ». Aux termes de l’article R. 122-5 du même code : « I. – Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. Ce contenu tient compte, le cas échéant, de l'avis rendu en application de l'article R. 122-4 et inclut les informations qui peuvent raisonnablement être requises, compte tenu des connaissances et des méthodes d'évaluation existantes. / II. – En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : / 1° Un résumé non technique des informations prévues ci-dessous. Ce résumé peut faire l'objet d'un document indépendant ; / 2° Une description du projet (…) ; / 3° Une description des aspects pertinents de l'état initial de l'environnement, et de leur évolution en cas de mise en œuvre du projet ainsi qu'un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet, dans la mesure où les changements naturels par rapport à l'état initial de l'environnement peuvent être évalués moyennant un effort raisonnable sur la base des informations environnementales et des connaissances scientifiques disponibles ; / 4° Une description des facteurs mentionnés au III de l'article L. 122-1 susceptibles d'être affectés de manière notable par le projet : la population, la santé humaine, la biodiversité, les terres, le sol, l'eau, l'air, le climat, les biens matériels, le patrimoine culturel, y compris les aspects architecturaux et archéologiques, et le paysage ; / 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : / a) De la construction et de l'existence du projet, y compris, le cas échéant, des travaux de démolition ; / b) De l'utilisation des ressources naturelles, en particulier les terres, le sol, l'eau et la biodiversité, en tenant compte, dans la mesure du possible, de la disponibilité durable de ces ressources ; / (…) d) Des risques pour la santé humaine, pour le patrimoine culturel ou pour l'environnement ; (…) ».
Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d’une étude d’impact ne sont susceptibles de vicier la procédure, et donc d’entraîner l’illégalité de la décision prise au vu de cette étude, que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l’information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l’autorité administrative.
L’association requérante soutient que l’étude d’impact jointe au dossier de demande de permis de construire était insuffisante dans la mesure où elle n’a pas mis à jour la présence sur le site du Grand-Duc A..., espèce protégée. Il ressort des pièces du dossier que l’étude d’impact réalisée en décembre 2022 avec le concours du bureau d’études Envol à partir d’observations sur le terrain datant de 2021, comporte l’état initial du terrain, avec notamment une description du milieu naturel, de la faune et de la flore préexistantes, ainsi que les incidences notables que le projet est susceptible d’avoir sur eux, conformément aux dispositions de l’article R. 211-5 du code de l’environnement précité. Dans son avis du 12 avril 2023, l’autorité environnementale a donné un avis défavorable au projet en relevant que les inventaires faunistiques étaient insuffisants et a recommandé de compléter les passages en fonction de la période et des espèces. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu’alors que le site était exploité comme carrière jusqu’en juillet 2023 et que la présence du Grand-Duc n’y a été détectée qu’en avril 2024, le pétitionnaire a proposé des mesures d’évitement et de réduction des risques pour cette espèce qui ont donné lieu à un avis favorable de la direction départementale des territoires le 7 octobre 2024. Ces éléments complémentaires ont été portés à la connaissance du commissaire enquêteur et du public pendant l’enquête publique. De plus, la société Solefra 45 a fait réaliser des prospections complémentaires pour le Grand-Duc entre février et mai 2025, dont les résultats ont été joints à la demande de permis de construire modificatif. Dans ces conditions, dans la mesure où il ne ressort pas des pièces du dossier que la méthodologie retenue par l’étude d’impact initiale ait pu nuire à l’information du public ou avoir une incidence sur le sens de la décision contestée quant à la présence du Grand-Duc sur le site, et alors qu’aucune disposition n’imposait au pétitionnaire d’actualiser les données de l’étude d’impact pendant l’instruction de la demande, l’association requérante n’est pas fondée à soutenir que les insuffisances relevées entacheraient le permis de construire contesté d’un vice de procédure.
En deuxième lieu, l’association requérante soutient que l’étude d’impact ne prend pas suffisamment en compte l’existence de zones humides sur le site. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’étude d’impact, qui a recensé la présence d’espèces végétales hydrophiles sur le site, évalué leur taux de recouvrement et recherché si leur caractère morphologique étaient susceptibles d’induire d’éventuelles zones humides, aurait présenté des lacunes sur ce point. Par suite, et en tout état de cause, le moyen soulevé doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 212-1 du code de l’environnement : « XI. − Les programmes et les décisions administratives dans le domaine de l'eau doivent être compatibles ou rendus compatibles avec les dispositions des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux ». Une décision est regardée comme intervenant dans le domaine de l’eau au sens de ces dispositions, même si elle ne constitue pas, par son objet principal, une telle décision, eu égard aux caractéristiques particulières du projet lorsque celui-ci implique la construction, l'aménagement et l'exploitation de plusieurs ouvrages spécifiquement destinés à permettre la rétention, l'écoulement ou le traitement des eaux, afin de prévenir les risques d'inondation ou de pollution des aquifères sensibles situés sur l'emprise ou au voisinage du projet.
Le permis de construire en litige n’étant pas une décision intervenant dans le domaine de l’eau et le projet en litige ne prévoyant pas d’ouvrage destiné à la gestion des eaux, l’association requérante ne peut utilement soutenir que l’étude d’impact aurait été réalisée en méconnaissance de l’article T3 – 07.4-.5 – D4 du schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux Rhin-Meuse.
En ce qui concerne les avis des personnes publiques associées :
Aux termes de l’article L. 122-1 du code de l’environnement : « (…) V. - Lorsqu'un projet est soumis à évaluation environnementale, le dossier présentant le projet comprenant l'étude d'impact et la demande d'autorisation déposée est transmis pour avis à l'autorité environnementale ainsi qu'aux collectivités territoriales et à leurs groupements intéressés par le projet. (…) »
Les dispositions précitées du code de l’environnement n’imposent pas de soumettre à l’autorité environnementale les éléments complémentaires que le pétitionnaire produit, à la suite d’un avis qu’elle a rendu, en vue d’assurer une meilleure information du public et de l’autorité chargée de statuer sur la demande d’autorisation, sauf dans le cas où les éléments complémentaires produits par le pétitionnaire sont destinés à combler des lacunes de l’étude d’impact d’une importance telle que l’autorité environnementale ne pouvait, en leur absence, rendre un avis sur la demande d’autorisation, en ce qui concerne ses effets sur l’environnement.
Ainsi qu’il a été exposé au point 8, l’étude d’impact comportait un état des lieux initial de la faune qui a été complété par un rapport sur la présence du Grand-Duc sur le site présenté à l’appui de la demande de permis modificatif aux fins d’adapter les mesures d’évitement et de réduction proposées par le pétitionnaire. Si, dans son avis du 12 avril 2023, l’autorité environnementale a relevé l’insuffisance des passages d’inventaire, cette lacune n’a pas fait obstacle à ce que l’autorité environnementale rende un avis sur les effets du projet sur l’environnement. Dans ces conditions, l’association requérante n’est pas fondée à soutenir que le pétitionnaire était tenu de saisir à nouveau pour avis les personnes publiques associées.
En ce qui concerne l’enquête publique :
Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant le dossier soumis à enquête publique ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d’entraîner l’illégalité de la décision prise au vu de cette enquête que si elles ont eu pour effet de nuire à l’information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur cette décision.
En premier lieu, aux termes de l’article R. 123-8 du code de l’environnement : « Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme./ Le dossier comprend au moins : / 1° Lorsque le projet fait l'objet d'une évaluation environnementale : / a) L'étude d'impact et son résumé non technique, ou l'étude d'impact actualisée dans les conditions prévues par le III de l'article L. 122-1-1, ou le rapport sur les incidences environnementales et son résumé non technique ; (…) ».
Si le commissaire enquêteur a relevé que le dossier présenté à l’enquête publique était affecté d’imperfections faisant obstacle à sa bonne compréhension, il ressort des pièces du dossier que seule la version matérielle du dossier comportait des défauts de présentation et que le public a pu avoir accès au dossier dématérialisé sans que des difficultés de lecture n’apparaissent. Le moyen tiré de l’insuffisance du dossier soumis à enquête publique doit ainsi être écarté.
Eu égard à ce qui a été indiqué au point 8, et compte tenu de ce que la présence du Grand-Duc sur le site a été portée à la connaissance du public pendant l’enquête publique, et de ce que l’avis de la direction départementale des territoires en date du 7 octobre 2024 a été communiqué au commissaire enquêteur, l’association requérante n’est pas fondée à invoquer l’incomplétude du dossier soumis à enquête publique à raison de l’insuffisance de l’étude d’impact. Ce moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne l’absence de dérogation « espèce protégée » :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 425-15 du code de l’urbanisme : « Lorsque le projet porte sur des travaux devant faire l’objet d’une dérogation au titre du 4° du I de l’article L. 411-2 du code de l’environnement, le permis (…) ne peut être mis en œuvre avant la délivrance de cette dérogation ».
En vertu des dispositions précitées, l’absence d’obtention de la dérogation dite « espèces protégées » prévue par le 4° du I de l’article L. 411-2 du code de l’environnement a seulement pour effet d’interdire la mise en œuvre du permis de construire délivré. En revanche, en vertu du principe d’indépendance des législations, une telle absence est sans incidence sur la légalité de ce permis de construire. Dès lors, l’association requérante ne peut pas utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 425-15 du code de l’urbanisme, qui ont trait aux conditions d’exécution des autorisations d’urbanisme délivrées, et non à leurs conditions de délivrance.
En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 111-26 du code de l’urbanisme : « Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement ».
Les dispositions de l’article R. 111-26 du code de l’urbanisme ne permettent pas à l'autorité administrative de refuser un permis de construire, mais seulement de l'accorder sous réserve du respect de prescriptions spéciales relevant de la police de l'urbanisme, telles que celles relatives à l'implantation ou aux caractéristiques des bâtiments et de leurs abords, si le projet de construction est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions doivent être de celles que peut comporter un permis de construire, c’est à dire qu’elles doivent être relatives à la construction du bâtiment, à l’occupation du sol et non aux conditions de sa future exploitation.
Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire initial a été délivré sous réserve du respect de prescriptions environnementales destinées notamment à préserver une zone de reproduction du Grand-Duc A..., espèce protégée, en optimisant la date de démarrage des travaux selon la dernière version de l’étude d’impact pour tenir compte spécifiquement de cette espèce. L’association requérante soutient que la période de travaux lourds, prévue entre novembre et mars inclus, empiète sur la période de nidification de l’espèce de décembre à mai. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport du commissaire enquêteur qui a consulté un représentant du conservatoire des espaces naturels, que la période de niche du Grand-Duc se situe en mars-avril, après nidification. Dans cette mesure, l’association requérante est fondée à soutenir que le calendrier des travaux ne constitue pas une mesure suffisamment effective pour réduire l’atteinte à l’espèce. Toutefois, le tableau de réalisation des travaux au vu duquel le permis de construire modificatif tacite a été accordé en cours d’instance a ramené la fin des travaux lourds au mois de janvier. Dans ces conditions, le vice dont le permis de construire initial était entaché, du fait de l’insuffisance de la mesure MR2 « optimisation de la date de démarrage des travaux », ayant été régularisé, l’association requérante ne peut plus utilement invoquer ce moyen.
En troisième lieu, l’association requérante soutient que des prescriptions supplémentaires devaient être émises pour préserver le Grand-Duc pendant la phase d’exploitation du projet qui présenterait des risques forts d’altération de l’habitat de cette espèce qui nécessite des espaces ouverts pour la chasse. Toutefois, il ressort de l’étude complémentaire déposée par le pétitionnaire à l’appui de sa demande de permis modificatif que l’impact du projet sur l’espèce est évalué comme fort pendant la seule période des travaux, et que les mesures mises en place pendant cette période, tendant à éviter les perturbations nocturnes, éviter les travaux lourds pendant la période de nidification et d’envol des jeunes entre février et juillet, assurer le suivi du chantier par un écologue et éviter le front de taille, sont de nature, en l’absence de tout risque de destruction de nichées et d’individus, à réduire significativement le dérangement de l’espèce, les impacts résiduels étant évalués comme étant très faibles. Par ailleurs, si le projet présente un impact modéré sur l’habitat de l’espèce pendant la période d’exploitation, l’évitement du front de taille, reculé de trois mètres supplémentaires par le permis modificatif, et les boisements périphériques permettent de conserver les fonctionnalités des aires d’alimentation et de repos du rapace, et de réduire significativement l’impact sur l’habitat. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préservation de l’espèce nécessiterait des prescriptions supplémentaires. Les mesures d’évitement et de réduction présentent ainsi des garanties d’effectivité pour le bon accomplissement des cycles biologiques du Grand-Duc, telles qu’elles permettent de diminuer le risque de destruction, d’altération ou de dégradation de l’habitat de cette espèce protégée qui n’apparait ainsi pas suffisamment caractérisé. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l’article R. 111-26 du code de l’environnement doit être écarté et la préfète de Meurthe-et-Moselle n’a pas entaché sa décision d’erreur manifeste d'appréciation en accordant le permis sollicité.
En dernier lieu, ainsi qu’il vient d’être exposé, le projet en litige ne nécessitant pas de dérogation « espèces protégées », la préfète des Vosges n’a pas entaché son arrêté d’irrégularité en ne mentionnant pas que le commencement des travaux était subordonné à l’obtention d’une telle dérogation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article R. 424-6 du code de l’urbanisme doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de l’association Lorraine Association Nature doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par l’association Lorraine Association Nature au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’association Lorraine Association Nature une somme de 1 500 euros à verser à la société Solefra 45 en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de l’association Lorraine Association Nature est rejetée.

Article 2 : L’association Lorraine Association Nature versera à la société Solefra 45 une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la société Solefra 45 au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à l’association Lorraine Association Nature, à la société Solefra 45 et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, et des négociations sur le climat et la nature.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.


Délibéré après l'audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.


La rapporteure,

F. Milin-Rance
Le président,

B. Coudert


La greffière,





I. Varlet


La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, et des négociations sur le climat et la nature en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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