Le Tribunal Administratif de Nancy a examiné la requête de M. A... B..., ressortissant nigérian, contestant l'arrêté du 26 octobre 2025 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pour 45 jours. Le tribunal a rejeté le moyen tiré d'un vice de procédure, estimant que les dispositions du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables aux décisions d'assignation à résidence, régies par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également écarté le moyen tiré de l'absence de perspective raisonnable d'éloignement, jugeant que la mesure était légale au regard des articles L. 731-1 et L. 732-3 du même code. En conséquence, la requête a été rejetée.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 octobre 2025, M. C... A... B..., représenté par Me Kipffer, demande au tribunal :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler l’arrêté en date du 26 octobre 2025 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé son assignation à résidence dans le département pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 3 000 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice de procédure au regard de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d’une erreur de droit dès lors que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2025 à 12h26, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Samson-Dye, vice-présidente, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties, régulièrement averties du jour de l’audience, n’étaient ni présentes ni représentées.
Le rapport de Mme Samson-Dye a été entendu au cours de l’audience publique.
La clôture de l’instruction a été prononcée après l’appel de l’affaire à l’audience, en application de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
M. A... B..., ressortissant nigérian né le 6 novembre 1994, est entré en France en janvier 2020. Par un arrêté du 8 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Le 26 mars 2025, il a été placé en garde à vue. Par un arrêté du 27 mars 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle l’a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 7 mai 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle a renouvelé l’assignation à résidence de M. A... B... pour une durée de 45 jours. A l’issue de son placement en garde à vue le 24 août 2025, l’intéressé a été placé en centre de rétention administrative, jusqu’au 26 octobre 2025. A sa libération, le préfet de Meurthe-et-Moselle l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, par un arrêté du 26 octobre 2025. Par la présente requête, le requérant demande l’annulation de ce dernier arrêté.
Sur les conclusions de M. A... B... tendant à son admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président » et aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 : « L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (…). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».
Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. A... B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En premier lieu, il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l’ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l’autorité administrative signifie à l’étranger l’obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français ainsi que les décisions qui l’accompagnent et notamment celle par laquelle elle assigne à résidence cette personne. Dès lors, les dispositions du code des relations entre le public et l'administration dont se prévaut le requérant, relatives à la procédure contradictoire, ne sauraient être utilement invoquées à l’encontre de l’arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / (…) ». Aux termes de l’article L. 732-3 du même code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ».
Il appartient au requérant qui conteste l’existence de perspectives raisonnables d’éloignement d’apporter des éléments objectifs de nature à caractériser leur absence, sans pouvoir se borner à exiger du préfet qu’il apporte la preuve des diligences mises en œuvre pour son départ.
Pour contester l’existence de perspectives raisonnables d’éloignement, le requérant se prévaut de la circonstance que l’autorité préfectorale n’a pas obtenu de laissez-passer consulaire alors qu’elle indique avoir accompli des démarches depuis mars 2025, et qu’elle n’a aucune chance raisonnable de l’obtenir à l’avenir. Cependant, le préfet fait valoir, sans être contredit, que M. A... B... a été entendu par les autorités consulaires du Nigéria le 2 octobre 2025 et qu’il demeure en attente de leur retour quant à la délivrance d’un laissez-passer. Il en résulte que l’absence de perspectives raisonnables d’éloignement n’est pas établie. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que le requérant n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 26 octobre 2025. Les conclusions tendant à l’annulation de cette décision ainsi que celles présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent donc qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A... B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... B... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Kipffer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2025.
La magistrate désignée,
Samson-DyeLa greffière,
O. Tsimbo-Nussbaum
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.