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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2503903

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2503903

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2503903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP EST AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté préfectoral lui refusant un titre de séjour et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que la décision, signée par une autorité délégataire compétente, ne méconnaissait pas les droits du requérant et n'était entachée d'aucune illégalité. Le tribunal a notamment examiné les moyens au regard du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des conventions européennes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2025 et un mémoire en réplique enregistré le 26 février 2026, M. C... B..., représenté par Me Ayadi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté en date du 23 octobre 2025 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans ;

2°) d’enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « travailleur » dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d’enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d’enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer tout titre de séjour auquel il est légalement admissible dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l’article L-761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :

l’arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d’être entendu garanti par l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
l’arrêté en litige n’a pas été précédé d’un examen attentif de sa situation et est entaché de ce fait d’une erreur d’appréciation ;
l’arrêté en litige est entaché d’une erreur de droit ;
l’arrêté méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
il peut prétendre à l’admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la décision portant interdiction de retour sur le territoire français compromet sa liberté de venir et n’est pas justifiée, ni proportionnée.
il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » ;
le délai de départ volontaire de 30 jours compromet sa vie privée ainsi que toutes ses relations.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2026, le préfet des Vosges conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 2017-1416 du 28 septembre 2017 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Coudert,
- et les observations de Me Tekebeng Lele, substituant Me Ayadi, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant burkinabé, est entré régulièrement en France en août 2019 selon ses déclarations, en vue de solliciter la reconnaissance de la qualité de réfugié. Sa demande d’asile a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision 7 octobre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) du 27 mai 2022. Par un arrêté du 21 juillet 2022, le préfet des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 29 septembre 2022, le tribunal administratif de Nancy a rejeté la requête de M. B... tendant à l’annulation de cette décision. Le requérant a sollicité le 12 septembre 2024 la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « salarié ». Par un arrêté en date du 23 octobre 2025, la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte :

D’une part, par un arrêté du 27 novembre 2024, publié au recueil des actes administratifs du département des Vosges le même jour, la préfète des Vosges a donné délégation à Mme Anne Carli, secrétaire générale de la préfecture, à l’effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, circulaires, requêtes juridictionnelles, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l’Etat dans le département des Vosges, y compris en matière de police des étrangers. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’incompétence de Mme Anne Carli, signataire des décisions en litige, ne peut qu’être écarté.

D’autre part, aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci (…) ». Aux termes de l’article L. 212-3 du même code : « Les décisions de l’administration peuvent faire l’objet d’une signature électronique. Celle-ci n’est valablement apposée que par l’usage d’un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l’article 9 de l’ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l’identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s’attache et assure l’intégrité de cette décision ». Ce référentiel est fixé par le décret du 28 septembre 2017 relatif à la signature électronique qui renvoie notamment aux articles 26, 28 et 29 du règlement n° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014. Aux termes de l’article 1er de ce décret : « La fiabilité d’un procédé de signature électronique est présumée, jusqu’à preuve du contraire, lorsque ce procédé met en œuvre une signature électronique qualifiée. / Est une signature électronique qualifiée une signature électronique avancée, conforme à l’article 26 du règlement susvisé et créée à l’aide d’un dispositif de création de signature électronique qualifié répondant aux exigences de l’article 29 dudit règlement, qui repose sur un certificat qualifié de signature électronique répondant aux exigences de l’article 28 de ce règlement ».

Il ressort des pièces du dossier que l’arrêté litigieux a été signé électroniquement « le 23 octobre 2025 15 :03 :36 GTM » par Madame Anne Carli, secrétaire générale de la préfecture. Il ressort du catalogue des produits et services qualifiés, agréés, certifiés par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information, disponible sur le site internet de cette agence, de même que des informations disponibles sur le site internet de la Commission européenne, que le ministère de l’intérieur bénéficie, depuis le 1er décembre 2021, d’une qualification en ce qui concerne le service de délivrance de certificats de signature électronique « AC Personnes Signature eIDAS V1 », et que ce service respecte les règles fixées par le règlement européen (UE) n° 910/2014. Il en résulte que le procédé de signature électronique utilisé par le ministère de l’intérieur est conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l’article 9 de l’ordonnance du 8 décembre 2005 et que sa fiabilité est présumée, en application de l’article 1er du décret du 28 septembre 2017. Si M. B... soutient que l’acte contesté lui a été notifié par une autre autorité administrative que la signataire, cette circonstance n’est pas de nature à établir que la signature électronique apposée sur l’arrêté attaqué ne répondrait pas aux exigences précitées. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative ; / 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal (…) ».

Contrairement à ce soutient le requérant, il ne ressort pas des termes de l’arrêté contesté que la préfète des Vosges aurait fondé sa décision de refus de délivrance d’un titre de séjour uniquement sur la circonstance qu’il aurait commis des faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal. Il ressort au contraire des pièces du dossier que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de M. B... préalablement à l’édiction de la décision en litige. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail (…) ».

M. B... qui se borne à soutenir qu’il exerçait pleinement un travail à la date de sa demande de titre de séjour, ne conteste pas utilement les motifs tirés de ce qu’il n’était pas titulaire d’un contrat de travail visé par l’autorité administrative et de ce qu’il ne disposait pas d’un visa de long séjour opposés par la préfète des Vosges à sa demande de titre de séjour portant la mention « salarié ».

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

D’une part, contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète des Vosges a bien procédé à un examen de sa situation familiale préalablement à l’édiction de la décision contestée.

D’autre part, M. B... fait valoir qu’il réside sur le territoire français depuis 2019, qu’il est en couple avec une ressortissante française depuis 2020 et qu’il a noué en France des relations personnelles intenses, notamment dans le cadre de son travail et l’Eglise évangélique d’Epinal. Toutefois, les éléments que produit le requérant n’établissent pas l’existence d’une communauté de vie avec Mme A..., alors que l’intéressé n’est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d’origine, dans lequel il a vécu jusqu’à l’âge de trente-deux ans. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que M. B... justifierait d’une particulière intégration dans la société française, nonobstant l’activité professionnelle et l’investissement associatif allégués. Ainsi, la décision par laquelle la préfète des Vosges a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B... n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et n’a ainsi pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ». En présence d’une demande de régularisation présentée par un étranger sur le fondement de ces dispositions il appartient à l’autorité administrative de vérifier si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale » répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, s’il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire ».

D’une part, eu égard notamment aux éléments de fait énoncés au point 11 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’admission exceptionnelle au séjour de M. B... répondrait à des considérations humanitaires. D’autre part, s’il soutient qu’il exerçait une activité d’électricien qui a pris fin à la demande du préfet et produit une promesse d’embauche, ces circonstances sont insuffisantes pour caractériser l’existence de motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour. Il suit de là que la préfète des Vosges n’a pas fait une appréciation manifestement erronée en refusant d’admettre M. B... au séjour à titre exceptionnel.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

Si, aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; (...) », il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne que cet article s’adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l’Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d’un Etat membre est inopérant.

Toutefois, l’étranger peut utilement faire valoir que le principe général du droit de l’Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu’il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur les mesures d’éloignement envisagées. Ce principe implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Lorsqu’il sollicite la délivrance ou le renouvellement d’un titre de séjour, l’étranger, en raison même de l’accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu’en cas de refus, il pourra faire l’objet d’une mesure d’éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande de titre, lequel doit en principe faire l’objet d’une présentation personnelle du demandeur en préfecture, de préciser à l’administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l’instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l’administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d’éléments nouveaux. Le droit de l’intéressé d’être entendu, qui n’impose pas à l’autorité administrative de mettre l’étranger à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l’obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de séjour, est ainsi satisfait avant que n’intervienne le refus de titre de séjour. En tout état de cause, M. B... ne fait état d’aucun élément pertinent qu’il aurait pu porter à la connaissance de l’administration et qui aurait été ainsi de nature à influer sur le sens de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d’être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le délai de départ volontaire :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ».

D’une part, les dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration relatives à la motivation des actes administratifs ne sont pas applicables aux décisions fixant le délai de départ volontaire qui sont régies par les dispositions spécifiques du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions du code des relations entre le public et l’administration doit, en conséquence, être écarté comme inopérant.
D’autre part, dès lors que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de départ volontaire de droit commun, l’absence de prolongation de ce délai n’a pas à faire l’objet d’une motivation spécifique, à moins que l’étranger ait expressément demandé le bénéfice d’une telle prolongation. Le requérant n’alléguant pas avoir formulé une telle demande, il ne peut utilement soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est insuffisamment motivée.

En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Vosges aurait, en n’accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, entaché sa décision d’un erreur manifeste d’appréciation.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ».

D’une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Vosges aurait, en prononçant à l’encontre de M. B... une interdiction de retour sur le territoire français et en en fixant la durée à deux ans, entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.

D’autre part, la liberté d’aller et venir, composant de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, s’exerce, en ce qui concerne le franchissement des frontières, dans les limites découlant de la souveraineté de l’Etat et des accords internationaux et n’ouvre pas aux étrangers un droit général et absolu d’accès sur le territoire français, celui-ci étant en effet subordonné au respect tant de la législation et de la réglementation en vigueur que des règles qui résultent des engagements européens et internationaux de la France. Ce moyen doit, en conséquence de ce qui a été dit précédemment, être écarté.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B..., n’implique, par lui-même, aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions à fin d’injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais de l’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’Etat, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. B... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au préfet des Vosges.


Délibéré après l’audience publique du 3 mars 2026 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.


Le président-rapporteur,





B. CoudertL’assesseure la plus ancienne,





F. Milin-Rance

La greffière,





I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet des Vosges en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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