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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2600175

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2600175

vendredi 23 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2600175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL NIANGO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy, saisi par le préfet de Meurthe-et-Moselle sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, a examiné une demande d'exécution d'une ordonnance de référé du 8 janvier 2026. Cette ordonnance enjoignait au maire de Longlaville de réexaminer, sous 48 heures, la demande de la sous-préfète de Val-de-Briey visant à convoquer le conseil municipal. Constatant que le maire n'avait pas respecté ce délai et n'avait convoqué le conseil que le 21 janvier 2026 pour une séance fixée au 24 mars 2026, le tribunal a jugé cette exécution tardive et insuffisante. Il a donc enjoint au maire de convoquer le conseil municipal dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-4 et L. 911-6 du code de justice administrative, et de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2504070 du 8 janvier 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Nancy, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 554-1 du code de justice administrative, a suspendu l’exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Longlaville sur la demande de la sous-préfète de Val-de-Briey du 10 octobre 2025 et a enjoint à ce dernier de procéder au réexamen de cette demande, dans les conditions précisées aux points 12 et 13 de cette ordonnance, ainsi que d’informer la sous-préfète de Val-de-Briey de sa décision, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de ladite ordonnance.

Par une lettre, enregistrée le 15 janvier 2026, le préfet de Meurthe-et-Moselle demande au tribunal, sur le fondement de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, d’enjoindre au maire de la commune de Longlaville, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de prendre les mesures qu’implique l’exécution de l’ordonnance du 8 janvier 2026.

Il soutient qu’en l’état de ses informations, cette ordonnance a été ignorée par le maire de la commune de Longlaville.

Par une lettre du 16 janvier 2026, le tribunal a demandé au maire de la commune de Longlaville de justifier, avant lundi 19 janvier 2026 à 18 heures, de la nature et de la date des mesures prises pour assurer l’exécution de l’ordonnance du 8 janvier 2026.

Le maire de la commune de Longlaville n’a présenté aucune observation dans le délai imparti.

Par une ordonnance du 20 janvier 2026, la présidente du tribunal administratif a décidé l’ouverture d’une procédure juridictionnelle.

Vu :
les pièces produites par le maire de la commune de Longlaville le 21 janvier 2026 ;
les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des juridictions financières ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Goujon-Fischer, vice-président, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 23 janvier 2026 à 10 heures :

- le rapport de M. Goujon-Fischer, juge des référés ;

- les observations de M. A..., directeur des collectivités locales et de la citoyenneté, et celles de Mme B..., directrice adjointe de la direction des collectivités locales et de la citoyenneté, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle ;

- le maire de la commune de Longlaville n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique du 23 janvier 2026 à 10 heures 35.



Considérant ce qui suit :


Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : « En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. » Aux termes de l'article L. 911-6 du même code : « L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts. »

Aux termes de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales : « Le maire peut réunir le conseil municipal chaque fois qu'il le juge utile. / Il est tenu de le convoquer dans un délai maximal de trente jours quand la demande motivée lui en est faite par le représentant de l'Etat dans le département ou par le tiers au moins des membres du conseil municipal en exercice dans les communes de 1 000 habitants et plus et par la majorité des membres du conseil municipal dans les communes de moins de 1 000 habitants. / En cas d'urgence, le représentant de l'Etat dans le département peut abréger ce délai ».

Par un courrier du 10 octobre 2025, la sous-préfète de Val-de-Briey a demandé au maire de la commune de Longlaville, sur le fondement de l’article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales, de convoquer le conseil municipal et d’inscrire à l’ordre du jour de sa séance trois points, relatifs au retrait des délégations consenties au maire, à la réduction de ses indemnités de fonction et au vote des subventions municipales pour l’année 2025 en faveur des associations locales et extérieures. Par l’ordonnance n° 2504070 du 8 janvier 2026, le juge des référés du tribunal administratif, statuant sur le fondement de l’article L. 554-1 du code de justice administrative, a suspendu l’exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire sur cette demande et a enjoint à ce dernier de procéder au réexamen de celle-ci et d’en informer la sous-préfète, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l’ordonnance, sans pouvoir, en l’absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, opposer un nouveau refus fondé sur un motif tiré de l’insuffisance de motivation de la demande, sa contrariété à l’intérêt communal ou son caractère manifestement abusif.

D’une part, le maire de la commune de Longlaville n’a pas procédé au réexamen de la demande de la sous-préfète dans le délai de 48 heures qui lui était imparti et n’a pas avisée celle-ci de sa décision.

D’autre part, le 21 janvier 2026, il a produit à l’instance une convocation, datée du même jour, à une séance du conseil municipal, devant se tenir le 24 mars 2026 sur un ordre du jour comprenant deux points, relatifs, l’un, à la demande de retrait des délégations consenties au maire par le conseil municipal, l’autre, à la diminution des indemnités du maire, des adjoints et des conseillers délégués, ainsi qu’une note de synthèse et les preuves d’envois des courriers et courriels de convocation et de leur réception. Ce faisant, il doit être regardé comme ayant refusé de donner suite à la demande de la sous-préfète d’inscrire à l’ordre du jour d’une séance du conseil municipal la question du vote des subventions municipales pour l’année 2025 en faveur des associations locales et extérieures et comme ayant par ailleurs refusé de convoquer le conseil municipal dans le délai maximal de trente jours, prévu par l’article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales et rappelé dans la demande de la sous-préfète. Ainsi, le maire de la commune de Longlaville, qui ne mentionne pas les motifs de ces refus et n’allègue d’aucun changement dans les circonstances de droit et de fait, doit être regardé comme n’ayant pas procédé à l’exécution complète de l’ordonnance n° 2504070 du 8 janvier 2026.

Dans ces circonstances, et eu égard à l’office du juge des référés, il y a lieu d’enjoindre au maire de la commune de Longlaville de procéder à nouveau au réexamen de la demande de la sous-préfète de Val-de-Briey du 10 octobre 2025, dans le respect des conditions fixées par l’ordonnance n° 2504070 du 8 janvier 2026 et par le point 5 de la présente ordonnance, et de prendre une nouvelle décision, au plus tard le lendemain de la date à laquelle la présente ordonnance lui sera notifiée, ainsi que de faire connaître, à cette même date, sa décision au tribunal et à la sous-préfète de Val-de-Briey, afin d’en justifier. Dans le cas où cette décision consisterait à convoquer le conseil municipal à une date et sur un ordre du jour différents de ceux figurant sur les documents produits à l’instance le 21 janvier 2026, il pourra en être justifié avant toute formalisation d’une convocation, notamment par la preuve d’envoi d’un courriel aux membres du conseil municipal comportant la date et l’ordre du jour de la séance prévus pour cette séance du conseil.

Il y a lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte de 100 euros par jour de retard et de rappeler les dispositions des articles L. 131-2, 8°, L. 131-4, 1°, L. 131-14, 1°, L. 131-16 et L. 142-1-1 du code des juridictions financières, en vertu desquelles des agissements ayant entraîné la condamnation d’une personne morale de droit public à une astreinte, en raison de l’inexécution totale ou partielle ou de l’exécution tardive d’une décision de justice, peuvent être déférés au ministère public près la Cour des comptes par les personnes mentionnées à l’article L. 142-1-1 de ce code et donner lieu, le cas échéant, à la condamnation de leurs auteurs, au nombre desquels peuvent figurer les maires ayant agi dans l’exercice de leurs fonctions, au paiement d’une amende d’un montant maximal égal à six mois de la rémunération annuelle de la personne faisant l’objet de la sanction.



O R D O N N E :



Article 1er : Il est enjoint au maire de la commune de Longlaville de procéder à nouveau au réexamen de la demande de la sous-préfète de Val-de-Briey du 10 octobre 2025, dans les conditions fixées par l’ordonnance n° 2504070 du 8 janvier 2026 et le point 5 de la présente ordonnance, et de prendre une nouvelle décision au plus tard le lendemain de la date à laquelle la présente ordonnance lui sera notifiée, ainsi que de faire connaître, à cette même date, sa décision au tribunal et à la sous-préfète de Val-de-Briey, afin d’en justifier.

Article 2 : Une astreinte est prononcée à l’encontre de la commune de Longlaville si son maire ne justifie pas avoir, au plus tard le lendemain de la date à laquelle la présente ordonnance lui sera notifiée, exécuté l’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nancy n° 2504070 du 8 janvier 2026 et déféré pour cela à l’injonction prononcée à l’article 1er. Le taux de cette astreinte est fixé à 100 euros par jour à compter du second jour suivant la date de notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Meurthe-et-Moselle et au maire de la commune de Longlaville.


Fait à Nancy, le 23 janvier 2026.


Le juge des référés,



J.-F. Goujon-Fischer





La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.




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