Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 février 2026 à 14h54, M. C... E... conteste la décision en date du 20 février 2026 par laquelle le préfet de la Meuse a refusé d’enregistrer la candidature de la liste « En avant Villotte » déposée le 16 février 2026 qu’il conduit en vue de l’élection des conseillers municipaux devant se dérouler les 15 et 22 mars 2026 dans la commune de Villotte-sur-Aire.
Il soutient que M. D... A..., candidat sur sa liste et occupant un poste au sein de la communauté de communes de l’Aire à l’Argonne ne bénéficie d’aucune délégation de signature de la présidente de cet établissement ; qu’ainsi le préfet de la Meuse a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions du 8° de l’article L. 231 du code électoral en estimant que M. A... n’était pas éligible.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2026, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé par M. E... n’est pas fondé.
Par une première lettre du 23 février 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de la méconnaissance du champ d’application de l’article L. 265 du code électoral dès lors qu’il n’appartient pas à l’autorité préfectorale, lors du contrôle préalable de la déclaration de candidature, de vérifier si les candidates et candidats satisfont aux conditions d’éligibilité prévues par l’article L. 231 du code électoral.
Des observations ont été présentées en réponse à ce moyen d’ordre public par le préfet de la Meuse par son mémoire en défense enregistré le 23 février 2026.
Par une seconde lettre du 23 février 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7-3 du code de justice administrative de ce que le tribunal est susceptible de faire application du dernier alinéa de l’article L. 911-1 de ce code en décidant d’enjoindre au préfet de la Meuse de délivrer à M. E... un récépissé attestant de l’enregistrement de sa déclaration de candidature.
La procédure a été communiquée à M. D... A... qui n’a pas présenté d’observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code électoral ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Coudert, rapporteur,
- et les conclusions de Mme de Laporte, rapporteure publique, désignée en application du second alinéa de l’article R. 222-24 du code de justice administrative.
La clôture de l’instruction est intervenue, en application du deuxième alinéa de l’article R. 613-2 du code de justice administrative, après appel de l’affaire à l’audience.
Considérant ce qui suit :
Le 16 février 2026, M. C... E..., agissant en sa qualité de tête de la liste « En avant Villotte », a déposé une liste de candidats en vue de l’élection des conseillers municipaux devant se dérouler les 15 et 22 mars 2026 dans la commune de Villotte-sur-Aire. Par une décision du 20 février 2026, le préfet de la Meuse a refusé d’enregistrer la candidature de cette liste au motif que M. D... A... était inéligible aux fonctions de conseiller municipal en application du 8° de l’article L. 231 du code électoral en raison de ses fonctions de chef d’équipe du service mutualisé de la communauté de communes de l’Aire à l’Argonne. Par la requête susvisée, M. E... demande l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En application des dispositions de l’article L. 255-2 du code électoral, les déclarations de candidature aux élections des conseillers municipaux des communes de moins de 1 000 habitants « sont régies par la section 2 du chapitre III du présent titre, sous réserve de l’article L. 252 ». Aux termes de l’article L. 265 du même code : « La déclaration de candidature résulte du dépôt à la préfecture (…) d’une liste répondant aux conditions fixées aux articles L. 260, L. 263, L. 264 et LO. 265-1. Il en est délivré récépissé. / Elle est faite collectivement pour chaque liste par la personne ayant la qualité de responsable de liste. A cet effet, chaque candidat établit un mandat signé de lui, confiant au responsable de liste le soin de faire ou de faire faire, par une personne déléguée par lui, toutes déclarations et démarches utiles à l’enregistrement de la liste, pour le premier et le second tours. La liste déposée indique expressément : / 1° Le titre de la liste présentée ; / 2° Les nom, prénoms, sexe, date et lieu de naissance, domicile et profession de chacun des candidats. / Le dépôt de la liste doit être assorti, pour le premier tour, de l’ensemble des mandats des candidats qui y figurent ainsi que des documents officiels qui justifient qu’ils satisfont aux conditions posées par les deux premiers alinéas de l’article L. 228 et de la copie d’un justificatif d’identité de chacun des candidats. / Pour chaque tour de scrutin, cette déclaration comporte la signature de chaque candidat, sauf le droit pour tout candidat de compléter la déclaration collective non signée de lui par une déclaration individuelle faite dans le même délai et portant sa signature. A la suite de sa signature, chaque candidat appose la mention manuscrite suivante : “La présente signature marque mon consentement à me porter candidat à l’élection municipale sur la liste menée par (indication des nom et prénoms du candidat tête de liste).” / (…) Récépissé ne peut être délivré que si les conditions énumérées au présent article sont remplies et si les documents officiels visés au cinquième alinéa établissent que les candidats satisfont aux conditions d’éligibilité posées par les deux premiers alinéas de l’article L. 228. / En cas de refus de délivrance du récépissé, tout candidat de la liste intéressée dispose de vingt-quatre heures pour saisir le tribunal administratif qui statue, en premier et dernier ressort, dans les trois jours du dépôt de la requête. / Faute par le tribunal administratif d’avoir statué dans ce délai, le récépissé est délivré ».
Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 265 du code électoral que le récépissé de l’enregistrement de la déclaration de candidature d’une liste ne peut être délivré que si les conditions énumérées à cet article sont remplies et si les documents officiels visés au cinquième alinéa de ce même article établissent que les candidats satisfont aux conditions d’éligibilité posées par les deux premiers alinéas de l’article L. 228 du même code, aux termes desquels « Nul ne peut être élu conseiller municipal s’il n’est âgé de dix-huit ans révolus » et « sont éligibles au conseil municipal tous les électeurs de la commune et les citoyens inscrits au rôle des contributions directes ou justifiant qu’ils devaient y être inscrits au 1er janvier de l’année de l’élection ».
Par ailleurs, l’inéligibilité d’une candidate ou d’un candidat s’apprécie au jour de l’élection. Cependant, selon l’article L. 234 du même code : « Ne peuvent pas faire acte de candidature les personnes déclarées inéligibles en application des articles L. 118-3, L. 118-4, LO 136-1 ou LO 136-3 ». Ces quatre articles sont relatifs à la déclaration d’inéligibilité, soit en cas de volonté de fraude ou de manquement d’une particulière gravité aux règles de financement des campagnes électorales, soit en cas de manœuvres frauduleuses ayant eu pour objet ou pour effet de porter atteinte à la sincérité du scrutin, prononcée par le Conseil constitutionnel, s’agissant de l’élection des députés, ou par la juridiction administrative, s’agissant de l’élection des conseillers départementaux, des conseillers métropolitains de Lyon, des conseillers municipaux et des conseillers communautaires.
Aux termes de l’article L. 231 du code électoral : « (…) / Ne peuvent être élus conseillers municipaux dans les communes situées dans le ressort où ils exercent ou ont exercé leurs fonctions depuis moins de six mois : / (…) 8° Les personnes exerçant, au sein (…) d’un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre (…), les fonctions de directeur général des services, directeur général adjoint des services, directeur des services, directeur adjoint des services ou chef de service, ainsi que les fonctions de directeur de cabinet, directeur adjoint de cabinet ou chef de cabinet en ayant reçu délégation de signature du président, du président de l’assemblée ou du président du conseil exécutif ; / (…) ».
Il résulte des dispositions citées aux points 2 à 5, qui se réfèrent seulement aux conditions d’éligibilité énoncées aux deux premiers alinéas de l’article L. 228 du code électoral et aux inéligibilités découlant d’une décision du juge de l’élection, qu’il n’appartient pas à l’autorité préfectorale, lorsqu’elle apprécie si une déclaration de candidature d’une liste doit être enregistrée et, par suite, si le récépissé attestant de l’enregistrement de cette déclaration doit être délivré ou refusé, de vérifier si les candidates et candidats figurant sur la liste satisfont aux conditions d’éligibilité prévues par l’article L. 231 du code électoral. Les dispositions de l’article L. 265 de ce code qui imposent seulement à la candidate et au candidat d’indiquer la profession exercée ne permettent d’ailleurs pas aux services préfectoraux de procéder à une instruction de la situation de cette candidate ou candidat au regard des règles d’éligibilité énoncées à l’article L. 231 du code électoral.
En conséquence, lors du contrôle préalable de la déclaration de candidature de la liste conduite par M. E..., le préfet de la Meuse ne pouvait légalement refuser de délivrer le récépissé d’enregistrement de cette déclaration au motif que l’un des candidats de la liste ne pouvait pas être élu conseiller municipal en application de l’article L. 231 du code électoral.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner le moyen de la requête, que la décision du 20 février 2026 par laquelle le préfet de la Meuse a refusé d’enregistrer la candidature de la liste « En avant Villotte » conduite par M. E... au premier tour de scrutin de l’élection municipale prévue à Villotte-sur-Aire le 15 mars 2026 doit être annulée.
Sur les conséquences de l’annulation :
En l’absence d’indication par le préfet de la Meuse d’un autre motif de nature à justifier légalement le refus en litige, le présent jugement implique nécessairement que cette autorité délivre un récépissé attestant de l’enregistrement de la déclaration de candidature de la liste « En avant Villotte ». En conséquence, il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Meuse de procéder à cette délivrance dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de ce jugement.
Comme le rappellent les dispositions figurant à la dernière phrase de l’article R. 128 du code électoral, la délivrance du récépissé à laquelle le préfet de la Meuse doit procéder en exécution du présent jugement ne fera pas obstacle à ce que, dans l’hypothèse où M. A... serait élu, cette élection puisse être contestée devant le juge de l’élection au motif qu’il est inéligible.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 20 février 2026 par laquelle le préfet de la Meuse a refusé d’enregistrer la candidature de la liste « En avant Villotte » conduite par M. E... est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Meuse de délivrer à M. E... un récépissé attestant de l’enregistrement de la déclaration de candidature de la liste « En avant Villotte », dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... E... et au préfet de la Meuse.
Copie en sera adressée à M. D... A....
Délibéré après l’audience du 24 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Siebert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2026.
Le président-rapporteur,
B. CoudertL’assesseure la plus ancienne,
G. Grandjean
Le greffier,
M. B...
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.