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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-1901555

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-1901555

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-1901555
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJAMAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 février 2019, 16 février et 21 juin 2021, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2018 par laquelle le maire de la commune de Wambrechies a refusé de le nommer en qualité de fonctionnaire stagiaire ;

2°) d'enjoindre à la commune de Wambrechies de le réintégrer dans ses effectifs et de le nommer fonctionnaire stagiaire au 1er septembre 2018, et fonctionnaire titulaire au 1er septembre 2019, et de régulariser sa situation auprès de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, dans un délai de trois mois à compter la notification du jugement à intervenir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable et conserve un objet ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, qu'il n'a pas été mis en mesure de consulter son dossier en violation des dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 2005 et, d'autre part, que la commission administrative paritaire n'a pas été saisie au préalable ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 3-4 de la loi du 26 janvier 1984, qui imposaient qu'il soit nommé fonctionnaire stagiaire après son inscription sur la liste d'aptitude ;

- elle repose sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 février 2020 et le 29 mars 2021, la commune de Wambrechies, représentée par Me Jamais, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne contient l'exposé d'aucun moyen s'agissant, d'une part, de la décision du 5 juillet 2018 portant non-renouvellement de son contrat et, d'autre part, du contrat de recrutement d'un nouveau professeur de cor et, s'agissant dudit contrat, dès lors qu'à la date du recours gracieux du 11 septembre 2018, ce contrat n'existait pas et que le requérant ne démontre pas son intérêt à agir ; elle est également tardive s'agissant de ce contrat ;

- la requête est devenue sans objet dès lors que M. B a été titularisé le 1er septembre 2019 ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ou sont inopérants.

Par une ordonnance du 12 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2008-580 du 18 juin 2008 ;

- le décret n° 2012-437 du 29 mars 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- les observations de M. B,

- et les observations de Me Bosquet, substituant Me Jamais, représentant la commune de Wambrechies.

Considérant ce qui suit :

1. Par un contrat à durée déterminée d'une durée d'un an prenant effet au 1er septembre 2010, M. C B a été recruté par la commune de Wambrechies pour enseigner le cor au sein de l'école municipale de musique, pour une durée hebdomadaire de deux heures. Cet engagement a été régulièrement renouvelé, pour une durée hebdomadaire d'1h30 par contrats successifs, le dernier prenant fin le 30 septembre 2018. M. B a été lauréat du concours externe d'assistant territorial d'enseignement artistique de 2ème classe dans la discipline " cor " au titre de la session 2018 et a été inscrit sur liste d'aptitude le 27 juin 2018. Par un courrier du 5 juillet 2018, le maire de la commune a informé M. B que son contrat à durée déterminée ne serait pas renouvelé. Le 11 septembre 2018, M. B a sollicité sa nomination en qualité de fonctionnaire stagiaire à la suite de son inscription sur la liste d'aptitude, en application des dispositions de l'article 3-4 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale. Par une décision du 26 octobre 2018, dont M. B demande l'annulation, le maire de la commune de Wambrechies a rejeté sa demande.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

2. La circonstance que les autres collectivités territoriales qui emploient M. B à temps non complet aient nommé l'intéressé fonctionnaire stagiaire au 1er septembre 2018, puis titulaire au 1er septembre 2019, à hauteur des temps de travail effectivement réalisés, n'est pas de nature à rendre sans objet la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commune de Wambrechies a refusé de procéder à une nomination semblable sur l'emploi à temps non complet occupé par M. B auprès d'elle.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

3. Contrairement à ce que soutient la commune de Wambrechies, la présente requête est uniquement dirigée contre la décision du 26 octobre 2018 du maire refusant de faire droit à la demande présentée par M. B le 11 septembre 2018, tendant à ce que lui soit accordée sa nomination en qualité de fonctionnaire stagiaire. Elle ne contient aucune conclusion dirigée tant contre la décision du 5 juillet 2018 portant non-renouvellement de son contrat à durée déterminée que contre le contrat par lequel la commune a procédé au recrutement d'un nouveau professeur d'enseignement artistique spécialité cor en remplacement de M. B. Par suite, l'ensemble des fins de non-recevoir opposées par la commune, qui intéressent uniquement la décision du 5 juillet 2018 et le contrat de recrutement de la remplaçante de M. B, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. () ". Aux termes de l'article 3-4 de la même loi, dans sa version alors en vigueur : " I. - Lorsqu'un agent non titulaire recruté pour pourvoir un emploi permanent sur le fondement des articles 3-2 ou 3-3 est inscrit sur une liste d'aptitude d'accès à un cadre d'emplois dont les missions englobent l'emploi qu'il occupe, il est, au plus tard au terme de son contrat, nommé en qualité de fonctionnaire stagiaire par l'autorité territoriale. () ". Il résulte de ces dispositions que l'employeur est tenu de nommer en qualité de fonctionnaire stagiaire l'agent non titulaire inscrit sur une liste d'aptitude d'accès à un cadre d'emplois dont les missions englobent l'emploi qu'il occupe, si cet agent avait été recruté sur le fondement des articles 3-2 ou 3-3 précités de la loi du 26 janvier 1984.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B était, au 27 juin 2018, date de son inscription sur la liste d'aptitude après sa réussite au concours d'assistant d'enseignement artistique principal de deuxième classe, discipline cor, sous contrat conclu avec la commune de Wambrechies sur le fondement de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 précitée pour faire face à la vacance temporaire de l'emploi d'assistant d'enseignement artistique chargé de l'enseignement de la discipline cor, dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. Ainsi, le cadre d'emploi d'assistant territorial d'enseignement artistique auquel M. B pouvait accéder en raison de son inscription sur cette liste d'aptitude englobait l'emploi qu'il occupait précisément. Dès lors, en application des dispositions citées au point 4, le maire de la commune de Wambrechies était tenu de nommer M. B en qualité de fonctionnaire stagiaire au plus tard au terme de son contrat, soit le 1er octobre 2018. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 26 octobre 2018 par laquelle le maire de la commune de Wambrechies a refusé de nommer M. B fonctionnaire stagiaire est illégale et doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement que le maire de la commune de Wambrechies nomme M. B assistant territorial d'enseignement artistique principal de 2ème classe stagiaire au 1er octobre 2018, date d'expiration de son contrat et reconstitue sa carrière, y compris ses droits à pension, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

8. En revanche, le présent jugement n'implique pas la nomination de M. B en tant que fonctionnaire titulaire dès lors que la titularisation, conformément aux dispositions de l'article 10 du décret du 29 mars 2012 portant statut particulier du cadre d'emploi des assistants territoriaux d'enseignement artistique, n'intervient qu'à la suite d'une période de stage.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la commune de Wambrechies au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 26 octobre 2018 par laquelle le maire de la commune de Wambrechies a refusé de nommer M. B en qualité d'assistant d'enseignement artistique stagiaire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Wambrechies de nommer M. B assistant territorial d'enseignement artistique principal de 2ème classe stagiaire au 1er octobre 2018 et de reconstituer sa carrière, y compris ses droits à pension, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Wambrechies au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Wambrechies.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Leguin, présidente,

- M. Borget, premier conseiller,

- Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

N. A

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

C. CALIN

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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