mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-1910435 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS SOLUCIAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 décembre 2019, 16 juillet 2020 et 10 novembre 2021, la société par actions simplifiée (SAS) CVP, représentée par Me Barbe, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision de la ministre du travail du 14 octobre 2019 en tant qu'elle lui refuse l'autorisation de licencier Mme B ;
2°) de rejeter les conclusions reconventionnelles formées par Mme B ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la ministre du travail, qui n'était saisie que de la légalité de la décision de retrait de l'inspecteur du travail du 6 mai 2019, n'était pas compétente pour se prononcer sur la demande d'autorisation de licenciement de Mme B et ne pouvait, par suite, refuser d'autoriser le licenciement de cette dernière ;
- elle n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 1232-4 et R. 1232-1 du code du travail en n'informant pas Mme B qu'elle pouvait se faire assister par un conseiller du salarié lors de son entretien préalable au licenciement dès lors que l'entreprise est dotée d'institutions représentatives des salariés ;
- les dispositions de l'article R. 2422-1 du code du travail ne permettent pas d'écarter l'application de la règle du délai de quatre mois dont dispose l'administration pour retirer une décision créatrice de droits ;
- la ministre du travail n'a pas commis d'erreur de droit en annulant la décision de retrait de l'inspecteur du travail du 6 mai 2019 dès lors que ce dernier, dans cette décision, n'a pas établi la matérialité de l'inaptitude de Mme B.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 juin 2020 et 30 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Califano, doit être regardée comme :
1°) demandant, à titre principal, l'annulation de la décision de la ministre du travail du 14 octobre 2019 en tant qu'elle annule la décision de retrait de l'inspecteur du travail du 6 mai 2019 ;
2°) concluant, à titre subsidiaire, au rejet de la requête présentée par la SAS CVP ;
3°) demandant au tribunal de mettre à la charge de la SAS CVP, outre les dépens, une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la ministre du travail était compétente pour se prononcer sur la demande d'autorisation de licenciement, les dispositions de l'article R. 2422-1 permettant d'écarter l'application de la règle selon laquelle une décision créatrice de droit ne peut plus être retirée au-delà d'un délai de quatre mois ;
- la décision du 14 octobre 2019 est illégale en ce qu'elle annule la décision du 6 mai 2019 dès lors que l'inspecteur du travail, dans cette dernière décision, s'est prononcé sur la matérialité de l'inaptitude de Mme B ;
- en revanche, cette décision est légale en tant qu'elle refuse d'autoriser son licenciement dès lors la procédure de licenciement engagée par son employeur est irrégulière, faute pour ce dernier de l'avoir informée, en application de l'article R. 1232-1 du code du travail, de ce qu'elle pouvait se faire assister par un conseiller du salarié lors de son entretien préalable au licenciement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant de la légalité de sa décision du 14 octobre 2019.
Par une ordonnance du 12 novembre 2021 la clôture de l'instruction a été fixée au 26 novembre 2021.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par Mme B tendant à l'annulation de la décision de la ministre du travail du 14 octobre 2019 en tant qu'elle annule la décision de l'inspecteur du travail du 6 mai 2019, de telles conclusions reconventionnelles étant irrecevables dans le cadre d'un recours en excès de pouvoir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;
- les observations de Me Flament, substituant Me Barbe, représentant la SAS CVP ;
- les observations de Me Bertin, substituant Me Califano, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a été recrutée le 22 mars 2010 au sein de la société CVP, qui a pour activité l'apport de solutions innovantes en matière de packaging et d'emballage plastique. Elle y exerçait en dernier lieu les fonction d'assistante achat et détenait pas ailleurs des mandats de déléguée du personnel titulaire, de représentante de section syndicale de la confédération générale du travail (CGT) et de conseillère prudhommale. Par un avis du 18 octobre 2018, le médecin du travail l'a déclarée inapte à tout emploi sans possibilité de reclassement. Son employeur, par courrier du 20 novembre 2018, a sollicité de l'inspecteur du travail l'autorisation de la licencier pour inaptitude. Par une première décision du 15 janvier 2019, l'inspecteur du travail de l'unité départementale Nord-Lille rattaché à la section 8 de l'unité de contrôle Lille-Ouest, a autorisé son licenciement. Mme B a été licenciée le 18 janvier 2019. Par courrier reçu le 11 mars 2019 par l'inspection du travail, Mme B a formé un recours gracieux contre la décision du 15 janvier 2019 autorisant son licenciement. Par une décision du 6 mai 2019, l'inspecteur du travail a retiré sa décision du 15 janvier 2019 au motif que celle-ci ne se prononçait pas sur l'existence d'un lien entre le licenciement et les mandats détenus par la salariée et a refusé d'autoriser le licenciement de Mme B au motif que ce licenciement était en lien avec le mandat. Par courrier du 4 juillet 2019, reçu le lendemain par l'administration, la société CVP a formé un recours hiérarchique contre la décision du 6 mai 2019. Par une décision du 14 octobre 2019, la ministre du travail a, d'une part, dans son article 1, annulé la décision du 6 mai 2019 retirant la décision du 15 janvier 2019 et, d'autre part, dans son article 2, refusé à la société CVP l'autorisation de licencier Mme B. La société CVP demande l'annulation de la décision du 14 octobre 2019 en tant seulement qu'elle lui refuse l'autorisation de licencier Mme B. Mme B demande, à titre reconventionnel, l'annulation de la décision du 14 octobre 2019 en tant seulement qu'elle annule la décision du 6 mai 2019.
Sur la recevabilité des conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du 14 octobre 2019 en tant qu'elle annule la décision du 6 mai 2019 :
2. En principe, un défendeur n'est pas recevable à présenter, dans un litige tendant à l'annulation d'un acte pour excès de pouvoir, des conclusions reconventionnelles contre le demandeur. Par suite, les conclusions présentées à titre reconventionnel par Mme B tendant à l'annulation de la décision de la ministre du travail du 14 octobre 2019 en tant qu'elle annule la décision de l'inspecteur du travail du 6 mai 2019 sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 octobre 2019 en tant qu'elle refuse à la société CVP l'autorisation de licencier Mme B :
3. Il appartenait à la ministre du travail, saisie d'un recours hiérarchique contre la décision du 6 mai 2019 de l'inspecteur du travail retirant sa précédente décision d'autorisation de licenciement du 15 janvier 2019 et refusant l'autorisation demandée, de statuer d'abord, ainsi qu'elle y a d'ailleurs procédé, sur la légalité de la décision litigieuse en tant qu'elle retirait l'autorisation précédemment accordée. Ayant, à la suite de cet examen, prononcé l'annulation de la décision du 6 mai 2019 en tant qu'elle retirait la décision du 15 janvier 2019 autorisant le licenciement, il incombait alors à la ministre, puisqu'elle rétablissait ainsi cette décision d'autorisation créatrice de droits, d'annuler par voie de conséquence le refus d'autorisation également prononcé par la décision du 6 mai 2019 qui lui était déférée. En décidant, au contraire, de rejeter ensuite la demande d'autorisation de licenciement, la ministre du travail s'est prononcé sur une demande dont elle n'était pas saisie et dont elle ne pouvait légalement se saisir. Par suite, en refusant à la société CVP, l'autorisation de licencier Mme B, la ministre du travail a entaché l'article 2 de sa décision du 14 octobre 2019 d'une erreur de droit.
4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la société CVP est fondée à demander l'annulation de l'article 2 de la décision du 14 octobre 2019 du ministre du travail, soit l'annulation de cette décision en tant qu'elle lui refuse l'autorisation de licencier Mme B.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
5. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
6. La présente instance n'ayant pas donné lieu à des dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par Mme B à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, le versement d'une somme de 1 500 euros à la société CVP au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société CVP, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la ministre du travail du 14 octobre 2019 est annulée en tant qu'elle refuse à la société CVP l'autorisation de licencier Mme B.
Article 2 : L'Etat versera à la société CVP une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée CVP, à Mme A B, et au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Riou, président,
- Mme Varenne, première conseillère,
- Mme Bruneau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
Le président,
signé
J-M. RIOU La rapporteure,
signé
M. C
La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026