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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-1910787

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-1910787

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-1910787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHAINAUT JURIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 décembre 2019 et le 4 janvier 2021, Mme A B, représentée par Me Maze-Villeseche, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 mai 2019 par laquelle le maire de la commune d'Avesnelles a décidé de ne pas renouveler son contrat d'agent contractuel polyvalent conclu pour la période allant du 1er janvier 2019 au 30 juin 2019 ;

2°) de condamner la commune d'Avesnelles à lui verser une indemnité de 8 558,47 euros au titre des indemnités de licenciement et de préavis, ainsi qu'une indemnité de 15 000 euros à titre des dommages et intérêts.

Elle soutient que :

- elle a été employée de manière continue du 10 septembre 2010 au 30 juin 2019 et doit donc être réputée titulaire d'un contrat à durée indéterminée ;

- elle est fondée à obtenir le paiement d'une indemnité de licenciement de 6 674,38 euros et d'une indemnité de préavis de 1 884,09 euros ;

- elle subit, en outre, un préjudice moral qui sera réparé par l'allocation d'une somme de 15 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2020, la commune d'Avesnelles, représentée par Me Van Elslande, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 700 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les demandes de Mme B ne sont pas fondées.

Par une décision du 8 novembre 2019, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par ordonnance du 21 décembre 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 21 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 alors applicable ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergerat, rapporteure ;

- et les conclusions de M. Malfoy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a été employée par la commune d'Avesnelles de manière continue du 10 septembre 2010 au 30 juin 2019 en qualité d'agent contractuel afin de remplacer l'agent technique titulaire, en charge du nettoyage quotidien de la salle de sports communale, placé en congé de maladie. Par une décision du 7 mai 2019, elle a été informée que le dernier contrat à durée déterminée conclu ne serait pas renouvelé et prendrait fin le 30 juin 2019. Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision auquel il n'a pas été répondu. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision du 7 mai 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 alors applicable : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents () peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires () indisponibles en raison () d'un congé de maladie (). Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer. Ils peuvent prendre effet avant le départ de cet agent. ".

3. Aux termes de l'article 3-3 de la même loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; / 3° Pour les emplois de secrétaire de mairie des communes de moins de 1 000 habitants et de secrétaire des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil ; / 4° Pour les emplois à temps non complet des communes de moins de 1 000 habitants et des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil, lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; / 5° Pour les emplois des communes de moins de 2 000 habitants et des groupements de communes de moins de 10 000 habitants dont la création ou la suppression dépend de la décision d'une autorité qui s'impose à la collectivité ou à l'établissement en matière de création, de changement de périmètre ou de suppression d'un service public. / Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. ".

4. Mme B soutient que si les contrats à durée déterminée, sur le fondement desquels la commune d'Avesnelles l'a employée du mois de septembre 2010 au mois de juin 2019, ont été motivés par la nécessité d'assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires en congé de maladie, il s'agissait, en réalité, pour la collectivité, de pourvoir un emploi permanent, de sorte qu'elle aurait dû bénéficier d'un contrat à durée indéterminée, en application des dispositions précitées de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984. Toutefois, Mme B, qui occupait un emploi d'adjoint technique de deuxième classe de catégorie C, et dont tous les contrats et arrêtés produits à l'instance indiquent de manière constante que son recrutement est motivé par la nécessité de remplacer un agent titulaire indisponible, n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article 3-3 de cette loi, qui prévoient la possibilité pour l'agent contractuel, sous certaines conditions, d'obtenir un contrat à durée indéterminée. A cet égard, la circonstance que l'emploi de la requérante présenterait un caractère permanent ne saurait donner lieu à la requalification de son engagement en contrat à durée indéterminée.

5. Par ailleurs, le recours éventuellement abusif aux contrats à durée déterminée prévus par l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984, s'il peut, le cas échéant, conduire à engager la responsabilité de l'administration, n'ouvre cependant pas de droit à requalification du contrat de travail et, par suite, est sans incidence sur la légalité de la décision de non-renouvellement de ce contrat.

6. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le contrat de Mme B devrait être requalifié en contrat à durée indéterminée ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision de non-renouvellement de son dernier contrat doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions pécuniaires :

7. Il résulte de ce qui précède que l'engagement de Mme B a pris fin au 30 juin 2019, soit à l'expiration du dernier contrat à durée déterminée conclu. Par conséquent, cette fin de contrat est consécutive non pas à un licenciement, pour quel que motif que ce soit, mais au non-renouvellement de ce dernier contrat à durée déterminée. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à demander le versement d'une indemnité de licenciement, en application de l'article 46 du décret du 15 février 1988.

8. En outre, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement () - trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables. () La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. () ".

9. Il résulte de ce qui précède que le dernier contrat à durée déterminée conclu par Mme B n'était pas susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée. Au surplus, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficiant pas d'un droit au renouvellement de son contrat, elle ne pouvait pas davantage prétendre à ce renouvellement et par conséquent au respect, par la commune d'Avesnelles, du délai de prévenance et de la tenue d'un entretien, prévus par les dispositions précitées, en cas de non-renouvellement. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à demander le versement d'une indemnité de préavis à ce titre.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. En dernier lieu, Mme B soutient que la procédure au terme de laquelle il a été mis fin à son engagement est entachée d'illégalité susceptible de constituer des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune d'Avesnelles. Toutefois, il résulte de ce qui précède que la requérante ne peut utilement soutenir que le non-renouvellement de son contrat à durée déterminée aurait dû être précédé d'un entretien tel qu'exigé par les dispositions de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988. En outre, la fin de l'engagement ne revêtant pas le caractère d'un licenciement, elle ne peut se prévaloir des articles 39-3 et 39-5 du décret du 15 février 1988 relatif au licenciement d'un agent contractuel. Dès lors, aucun manquement à ces dispositions ne peut être retenu à l'encontre de la commune d'Avesnelles. Les conclusions indemnitaires tendant au versement d'une somme de 15 000 euros doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Avesnelles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la commune d'Avesnelles une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune d'Avesnelles.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Perdu, présidente,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- M. Fabre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.

La rapporteure,

signé

S. BERGERAT

La présidente,

signé

S. PERDULa greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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