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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2000757

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2000757

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2000757
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (1)
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 30 janvier 2020, sous le n° 200757, M. A C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI du 27 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues entre 2015 et 2019, telles que mentionnées dans la décision du 27 décembre 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations préalables obligatoires prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, avant que les retraits de points successifs ne soient opérés sur le solde affecté à son permis de conduire ;

- la réalité des infractions ayant entrainé les pertes de points contestées n'est pas davantage établie, selon les hypothèses prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre les décisions de retraits de points prononcés à la suite des infractions commises les 2 juillet 2015, 21 avril 2017 et 21 juillet 2018 sont sans objet dès lors que les points ainsi retirés ont été restitués sur le capital de points du permis du requérant au plus tard le 21 février 2019 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par lettre du 12 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 2 juillet 2015, 21 avril 2017 et 21 juillet 2018 sont irrecevables dès lors que lesdits points ont été restitués avant l'introduction de la requête.

II. Par une ordonnance n° 200366 du 9 avril 2020, enregistrée le 10 avril 2020 sous le n° 2002972 au greffe du tribunal, le président de la 3e chambre du tribunal administratif de Toulon a transmis au tribunal la requête présentée par M. A C.

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2020 au greffe du tribunal administratif de Toulon, et un mémoire, enregistré le 10 février 2021, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI du 27 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de point intervenues entre 2015 et 2019, telles que mentionnées dans la décision du 27 décembre 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par lettre du 12 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 2 juillet 2015, 21 avril 2017 et 21 juillet 2018 sont irrecevables dès lors que lesdits points ont été restitués avant l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Sur sa proposition, le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative par la présidente de la formation de jugement.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique du 4 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les affaires 2000757 et 2002972 de M. C présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des mentions figurant sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C que les points retirés à la suite des infractions commises les 2 juillet 2015, 21 avril 2017 et 21 juillet 2018 ont été restitués au capital de points affecté à son permis de conduire, respectivement les 14 février 2016, 15 novembre 2017 et 21 février 2019, soit antérieurement à l'introduction des présentes requêtes. Par suite, les conclusions dirigées contre ces décisions de retrait de points ne peuvent qu'être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la délivrance des informations préalables :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

4. En premier lieu, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. Il ressort des mentions figurant sur le relevé d'information intégral que les infractions commises les 2 juillet 2015, 22 juillet 2015, 30 mai 2015, 17 juin 2016, 26 janvier 2018, 10 mai 2018, 20 mai 2018, 13 juillet 2018, 7 septembre 2019 et 14 octobre 2019 ont été constatées par radar automatique et ont donné lieu au paiement de l'amende forfaitaire, sans que M. C n'établisse ni même n'allègue que les avis reçus étaient incomplets. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de délivrance des informations obligatoires préalables doit être écarté.

6. En second lieu, le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Il résulte de l'instruction, notamment du certificat de paiement produit en défense, que l'amende forfaitaire majorée afférente à l'infraction constatée par radar automatique le 25 mars 2015 a été payée par M. C. Par suite, ce dernier n'apportant aucun élément tendant à démontrer que l'avis qu'il a reçu était incomplet, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

7. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". La réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, ou, en cas d'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre.

8. En l'espèce, il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. C, produit par l'administration en défense, que ce dernier s'est, s'agissant des infractions commises les 2 juillet 2015, 22 juillet 2015, 30 mai 2015, 17 juin 2016, 26 janvier 2018, 10 mai 2018, 20 mai 2018, 13 juillet 2018, 7 septembre 2019 et 14 octobre 2019, acquitté, du paiement de l'amende forfaitaire et que l'infraction constatée le 25 mars 2015 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la réalité des infractions qu'il a commises ne serait pas établie.

9.

Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2000757 et 2002972 présentées par M. C sont rejetées.

Article 2 : Le jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La magistrate désignée,

signé

A.M. B

La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,, 200297

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