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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2000798

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2000798

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2000798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGUILMAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 février 2020, le 2 mars 2020 et le 24 mars 2022, la société civile immobilière Boréale, représentée par Me Guilmain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de Le Quesnoy a déclaré caduc le permis de construire n° PC5948116Z0012 dont elle est bénéficiaire, ensemble la décision du 24 janvier 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Le Quesnoy la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 10 janvier 2020 a été édicté en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration relatives au respect du principe du contradictoire ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'ampleur des travaux engagés à compter du 16 décembre 2019 ;

- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir ;

- le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes du Pays de Mormal, adopté le 29 janvier 2020, ne permet plus la réalisation du projet de construction.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 février 2022 et le 6 mai 2022, la commune de Le Quesnoy, représentée par Me Forgeois, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Boréale au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Boréale ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- et les observations de Me Forgeois, représentant la commune de Le Quesnoy.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière Boréale a déposé, le 26 juillet 2016, auprès de la commune de Le Quesnoy une demande de permis de construire concernant une " halle aux produits frais " ainsi qu'une demande d'autorisation de travaux pour un établissement recevant du public, l'instruction de ces demandes étant réalisées par la communauté de communes du Pays de Mormal. Le 12 juin 2017, le maire de la commune de Le Quesnoy a établi un certificat d'autorisation tacite concernant le permis de construire sollicité. Par un courrier du 16 décembre 2019, la société Boréale a adressé au maire de la commune une déclaration d'ouverture de chantier. Toutefois, par une décision du 10 janvier 2020, le maire de la commune de Le Quesnoy a constaté la caducité du permis de construire obtenu de manière tacite par la société Boréale. Le recours gracieux effectué par cette dernière le 14 janvier 2020 a été rejeté par une décision du 24 janvier 2020 du maire de la commune. Par la requête susvisée, la société Boréale demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2020 et la décision du 24 janvier 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, dans son mémoire enregistré le 24 mars 2022, la SCI Boréale a expressément abandonné le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire. Il n'y a par suite pas lieu d'y statuer.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, (), est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. () ". Aux termes de l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative qui vérifie leur conformité aux règles prévues aux articles L. 111-7, L. 123-1 et L. 123-2. Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa délivrance a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente mentionnée à l'alinéa précédent. () ". Aux termes de l'article R. 111-19-17 de ce code, alors en vigueur : " () Sont joints à la demande, en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19 et R. 111-19-19 ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 ". Aux termes de l'article R. 11-19-22 du même code, dans sa version applicable au litige : " Le délai d'instruction de la demande d'autorisation est de quatre mois à compter du dépôt du dossier. Si les dossiers joints à la demande sont incomplets, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt de la demande à la mairie, adresse au demandeur une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48 du code de l'urbanisme, un courrier électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. (). Lorsque le projet fait l'objet d'une demande de permis de construire, les dispositions des articles R. 423-39 à R. 423-41 du code de l'urbanisme sont applicables. Le délai d'instruction du permis de construire ne commence à courir qu'à compter de la plus tardive des dates de réception des pièces mentionnées à l'alinéa précédent ou des pièces manquantes au dossier de demande de permis de construire, lorsque l'autorité compétente a notifié au demandeur, dans les conditions définies par l'article R. 423-38 du même code, une liste de ces pièces () ". Aux termes de l'article R. 123-22 du même code : " Le dossier permettant de vérifier la conformité d'un établissement recevant du public avec les règles de sécurité, prévu par le b de l'article R. 111-19-107, comporte les pièces suivantes : 1° Une notice descriptive précisant les matériaux utilisés tant pour le gros œuvre que pour la décoration et les aménagements intérieurs ; 2° un ou plusieurs plans indiquant les largeurs des passages affectés à la circulation du public, tels que dégagements, escaliers, sorties, la ou les solutions retenues pour l'évacuation de chaque niveau de la construction en tenant compte des différents types et situations de handicap ainsi que les caractéristiques des éventuels espaces d'attente sécurisés. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 423-41-1 du code de l'urbanisme : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux demandes de pièces manquantes portant sur : () / b) le dossier prévu par l'article R. 123-22 du même code permettant de vérifier la conformité d'un établissement recevant du public avec les règles de sécurité. ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que 18 août 2016, le service départemental d'incendie et de secours du Nord a adressé un bordereau à la communauté de communes du Pays de Mormal, informant cette dernière que le dossier soumis par la société Boréale au titre de la législation applicable aux établissements recevant du public était incomplet en l'absence de production d'un " engagement de solidité daté et signé du maître d'ouvrage conforme à l'article 45 du décret n° 95-260 du 8 mars 1995 ". Ce document a été ultérieurement transmis par la société Boréale au service instructeur par courriel du 7 septembre 2016. Si la société requérante se prévaut de cette demande de pièce complémentaire pour justifier de la prolongation du délai d'instruction de sa demande de permis de construire, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette demande concernait une pièce énumérée par le code de l'urbanisme ni qu'elle émanait de l'autorité compétente et respectait les modalités prévues aux articles R. 423-38 et R. 423-39 du même code, permettant ainsi de suspendre le délai d'instruction de la demande de permis de construire. Dans ces conditions, le délai d'instruction de la demande de permis de construire, d'une durée de cinq mois en application des dispositions combinées des articles R. 423-25 et R. 423-28 du code de l'urbanisme, a commencé à courir le 26 juillet 2016 et arrivait à échéance le 26 décembre 2016. A cette même date et faute de décision expresse du maire de Le Quesnoy, un permis de construire tacite est intervenu au bénéfice de la société Boréale.

5. D'autre part, il ressort du constat d'huissier dressé le 4 janvier 2020 à la demande la commune de Le Quesnoy, et des photographies jointes, que le terrain assiette du projet est clôturé et que le panneau d'affichage du permis de construire a été installé. Ce constat d'huissier et les photographies produites témoignent cependant de l'absence de construction, de fondation, et d'engin de chantier, la parcelle étant, en grande partie, recouverte de mauvaises herbes, seule une tranchée balisée ayant été creusée. Par ailleurs, la circonstance que la société a procédé à la déclaration d'ouverture du chantier ne traduit pas, par elle-même, une exécution matérielle des travaux. Ainsi, compte tenu de la nature et de l'importance du projet, les seuls travaux de préparation et de traitement des sols entrepris avant le 26 décembre 2019 ne peuvent être regardés comme des travaux constituant le début d'une entreprise de construction de nature à faire obstacle à la péremption du permis de construire. Si la société justifie de l'existence de travaux plus importants, notamment de terrassement, de voirie et de réseaux, ceux-ci ont été effectués postérieurement à la date de l'édiction de l'arrêté attaqué et par conséquent postérieurement à la date d'échéance de la validité de son permis de construire.

6. Par suite, le maire de la commune de Le Quesnoy n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme en constatant la caducité du permis de construire de la société requérante par l'arrêté du 10 janvier 2020 contesté et le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué poursuivait un objectif étranger à la bonne application des règles d'urbanisme. Par suite, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

8. En cinquième et dernier lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes du Pays de Mormal, adopté le 29 janvier 2020, empêche désormais la construction du commerce projeté pour demander l'annulation de l'arrêté constatant la caducité de son permis de construire.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2020 et de la décision du 24 janvier 2020 du maire de la commune de Le Quesnoy doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Le Quesnoy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le paiement de la somme que demandent la société requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Boréale le paiement d'une somme de 1 500 euros au profit de la commune de Le Quesnoy en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de société civile immobilière Boréale est rejetée.

Article 2 : La société civile immobilière Boréale versera à la commune de Le Quesnoy une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société SCI Boréale et à la commune de Le Quesnoy.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Liénard, conseiller,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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