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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2000859

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2000859

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2000859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL NEOS AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 février 2020 et 24 janvier 2022, sous le n° 2000859, Mme B C, représentée par Me Farrugia, demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme délivré par le maire de la commune de Neufchâtel-Hardelot le 3 décembre 2019, déclarant non réalisable l'opération consistant en la construction d'une habitation individuelle sur un terrain situé 46 allée des Merisiers, sur le territoire communal ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le certificat d'urbanisme litigieux est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- la commune a fait une inexacte application des dispositions de l'article L.111-3 du code de l'urbanisme ;

- la commune a inexactement appliqué les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dans sa version modifiée par la loi du 23 novembre 2018 dite loi ELAN dès lors que le terrain d'assiette du projet peut être regardé comme se situant dans un secteur déjà urbanisé de la commune et que la construction permet le comblement d'une dent creuse, voire même être regardé comme prenant place au sein d'un village existant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2020, la commune de Neufchâtel-Hardelot, représentée par Me Dewattine, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par ordonnance du 21 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2022.

II.- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 février 2020 et 24 janvier 2022, sous le n° 2000861, Mme B C, représentée par Me Farrugia, demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme délivré par le maire de la commune de Neufchâtel-Hardelot le 3 décembre 2019, déclarant non réalisable l'opération consistant en la construction d'une habitation individuelle sur un terrain situé 52 allée des Merisiers, sur le territoire communal ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens que ceux invoqués dans l'instance n°2000859.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2020, la commune de Neufchâtel-Hardelot, représentée par Me Dewattine, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par ordonnance du 26 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

-la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- les observations de Me Farrugia, représentant Mme C,

- les observations de Me Deleye, substituant Me Dewattine, représentant la commune de Neuchâtel-Hardelot.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est propriétaire des parcelles cadastrées n° AV 751 et AV 752 situées sur le territoire de la commune de Neufchâtel-Hardelot. Elle a sollicité, le 13 novembre 2019, la délivrance de deux certificats d'urbanisme opérationnels en vue de l'édification d'une maison individuelle sur chacune de ces parcelles. Par deux arrêtés du 3 décembre 2019, le maire de la commune a délivré les certificats demandés en précisant que les opérations n'étaient pas réalisables. Par les présentes requêtes, Mme C demande l'annulation des certificats d'urbanisme négatifs délivrés sous les numéros CU 620604 19 00295 et CU 620604 19 00296.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2000859 et n° 2000861 présentées pour Mme C présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () ". L'article R. 410-14 du même code dispose que : " Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée. "

4. Les deux certificats d'urbanisme en litige indiquent précisément que les dispositions du code de l'urbanisme applicables aux terrains d'assiette des projets envisagés sont les articles L. 111-3 et L. 121-8 et citent les dispositions de ces articles. Ils exposent par ailleurs clairement les motifs pour lesquels ces terrains ne remplissent pas les conditions posées par ces deux articles du code de l'urbanisme et ne peuvent par conséquent être utilisés pour la réalisation des opérations projetées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Il ressort des pièces du dossier que le projet prend place dans un secteur qui ne s'inscrit pas en continuité de la partie urbanisée de la commune, dans un espace caractérisé par une très faible densité de constructions, à proximité immédiate d'un espace naturel boisé et que les quelques constructions individuelles présentes sont implantées sur de très vastes parcelles et sont séparées de la partie urbanisée de la commune par des coupures vertes. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le maire de Neufchâtel-Hardelot a estimé que le projet ne répondait pas aux conditions posées à l'article L. 111-3 précité du code de l'urbanisme.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti./Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () " et aux termes du III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi. ".

7. D'une part, il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable en l'espèce, que l'extension de l'urbanisation doit se réaliser, dans les communes littorales, soit en continuité avec les agglomérations et les villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions. D'autre part, le deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, ouvre la possibilité, dans les autres secteurs urbanisés qui sont identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, à seule fin de permettre l'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et l'implantation de services publics, de densifier l'urbanisation, à l'exclusion de toute extension du périmètre bâti et sous réserve que ce dernier ne soit pas significativement modifié. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les espaces d'urbanisation diffuse éloignés de ces agglomérations et villages. Il ressort des dispositions de ce deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme que les secteurs déjà urbanisés qu'elles mentionnent se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. Par ailleurs, le III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique autorise, par anticipation, jusqu'au 31 décembre 2021 et sous réserve de l'accord de l'Etat, les constructions qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti dans les secteurs déjà urbanisés non encore identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme.

8. Il ressort de la motivation des certificats litigieux que le maire de Neufchâtel-Hardelot a considéré que les parcelles appartenant à Mme C ne s'inscrivaient pas dans une agglomération ou un village existant et qu'elles ne répondaient par ailleurs pas aux critères de délimitation des espaces intermédiaires construits permettant une densification au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Mme C fait valoir que les terrains dont elle est propriétaire doivent être regardés comme situés dans un village existant ou à tout le moins comme situés dans un secteur déjà urbanisé. Elle se prévaut à cet égard de ce qu'ils prennent place dans une zone d'urbanisation suffisamment dense pour être qualifiée de village, dans un lotissement aménagé, viabilisé, comportant des habitations, et de ce que les projets envisagés répondent à une fin d'amélioration de l'offre du logement et permettront de combler des dents creuses. Il ressort cependant des pièces du dossier que les projets litigieux s'inscrivent dans un espace caractérisé par une très faible densité de constructions, à proximité immédiate d'un espace naturel boisé et que les quelques constructions individuelles présentes sont implantées sur de très vastes parcelles et sont séparées de la partie urbanisée de la commune par des coupures vertes. Les projets de construction se situent ainsi dans un secteur marqué par une urbanisation diffuse, dont les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et celles transitoires du III de l'article 42 de loi du 23 novembre 2018 n'ont pas entendu permettre la constructibilité. Par suite, la requérant n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés attaqués seraient entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Neufchâtel-Hardelot, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes n°2000859 et n°2000861 de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Neufchâtel-Hardelot.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

Mme Guyard, première conseillère,

M. Borget, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. A

La présidente,

Signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

Signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2,2000861

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