jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2001434 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP GROS-HICTER ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 14 février 2020, 7 mai 2021 et 27 juillet 2021, la société par actions simplifiée CDG, représentée par la SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter, Audrey d'Halluin et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision en date du 16 octobre 2019 par laquelle le directeur départemental adjoint de la protection des populations du Nord lui a infligé une amende de 3 000 euros, ensemble la décision du 18 décembre 2019 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au directeur départemental de la protection des populations du Nord de lui restituer la somme acquittée à raison de l'amende qui lui a été infligée dans un délai déterminé suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- elle n'était pas tenue d'afficher les tarifs des prestations qui ne sont pas proposées aux particuliers ; le manquement à l'obligation d'affichage n'est dès lors pas établi ;
- les tarifs des prestations destinées au grand public étaient visibles et accessibles sur des " flyers " au comptoir d'accueil et les insuffisances d'information ont été régularisées, le manquement n'est donc pas établi ;
- la note relative aux conditions tarifaires et contractuelles est remise aux adhérents et est affichée dans l'établissement ; le manquement tiré du défaut de remise de cette note n'est pas établi ;
- à supposer que les manquements soient établis, elle était de bonne foi et a régularisé les manquements constatés ; elle entend se prévaloir du droit à l'erreur ;
- les décisions ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la direction départementale de la protection des populations du Nord ne l'a pas mise en mesure, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, de présenter des observations et n'a pas tenu compte des observations qu'elle avait adressées par messages électroniques des 16 et 19 septembre 2019 ;
- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la sanction est disproportionnée ;
- les décisions sont entachées d'un détournement de pouvoir ou de procédure dès lors que l'amende a été prononcée pour sanctionner un comportement né d'un litige d'ordre individuel.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 mars 2021 et 26 juillet 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable faute d'avoir été présentée par ministère d'avocat ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par la société CDG ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 15 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la consommation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 3 octobre 1983 relatif à la publicité des prix de tous les services ;
- l'arrêté du 3 décembre 1987 relatif à l'information du consommateur sur les prix ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Quint, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société CDG, qui exploite une salle de sport, demande au tribunal d'annuler décision en date du 16 octobre 2019 par laquelle le directeur départemental adjoint de la protection des populations du Nord lui a infligé une amende d'un montant total de 3 000 euros à raison de manquements à la règlementation sur l'affichage des prix, ensemble la décision du 18 décembre 2019 rejetant son recours gracieux.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 522-5 du code de la consommation : " Avant toute décision, l'autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation informe par écrit la personne mise en cause de la sanction envisagée à son encontre, en lui indiquant qu'elle peut se faire assister par le conseil de son choix et en l'invitant à présenter, dans un délai précisé par le décret mentionné à l'article L. 522-10, ses observations écrites et, le cas échéant, ses observations orales. / Passé ce délai, elle peut, par décision motivée, prononcer l'amende ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 112-11 du code des relations entre le public et l'administration : " Tout envoi à une administration par voie électronique () fait l'objet d'un accusé de réception électronique et, lorsque celui-ci n'est pas instantané, d'un accusé d'enregistrement électronique () ".
4. La société CDG soutient que la décision du directeur départemental adjoint de la protection des populations du Nord en date du 16 octobre 2019, qui indique à tort qu'elle n'a pas présenté d'observations sur la sanction envisagée, a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'administration n'a pas pris connaissance des observations qu'elle lui avait adressées par messages électroniques des 16 et 19 septembre 2019 et qu'elle ne l'a ainsi pas mise en mesure de présenter utilement sa défense. Il résulte toutefois de l'instruction que, par un courrier en date du 4 septembre 2019, le directeur départemental de la protection des populations du Nord a informé la société CDG qu'il envisageait de lui infliger une sanction à raison de manquements à l'information et à la publicité des prix, en indiquant avec précision les agissements qui lui étaient reprochés, ainsi que la nature des obligations méconnues. Par le même courrier, il l'a informée de la possibilité de présenter des observations écrites ou orales dans le délai d'un mois et de la faculté d'être assistée du conseil de son choix. Alors que l'administration conteste avoir reçu les courriers électroniques des 16 et 19 septembre 2019, la société CDG ne produit aucun élément de nature à établir leur envoi et leur réception par leur destinataire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 522-5 du code de la consommation ne peut dès lors qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; / () ". Aux termes de l'article L. 122-2 du même code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause () a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".
6. Les dispositions précitées de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration n'imposaient pas au directeur départemental adjoint de la protection des populations du Nord d'indiquer à la société CDG qu'elle disposait de la faculté de demander la communication du dossier la concernant avant de lui infliger une amende à raison de manquements à la règlementation sur l'affichage des prix. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est dès lors inopérant. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le procès-verbal de constatation de manquement établi le 6 août 2019 par les services de la direction départementale de la protection des populations du Nord était joint à la lettre du 4 septembre 2019 mentionnée au point 4.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 112-1 du code de la consommation : " Tout vendeur de produit ou tout prestataire de services informe le consommateur, par voie de marquage, d'étiquetage, d'affichage ou par tout autre procédé approprié, sur les prix et les conditions particulières de la vente et de l'exécution des services, selon des modalités fixées par arrêtés du ministre chargé de l'économie, après consultation du Conseil national de la consommation ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 3 décembre 1987 relatif à l'information du consommateur sur les prix : " Toute information sur les prix de produits ou de services doit faire apparaître, quel que soit le support utilisé, la somme totale toutes taxes comprises qui devra être effectivement payée par le consommateur, exprimée en euros. Toutefois, peuvent être ajoutés à la somme annoncée les frais ou rémunérations correspondant à des prestations supplémentaires exceptionnelles expressément réclamées par le consommateur et dont le coût a fait l'objet d'un accord préalable ". Aux termes de l'article 13 du même arrêté : " Le prix de toute prestation de services doit faire l'objet d'un affichage dans les lieux où la prestation est proposée au public. / L'affichage consiste en l'indication sur un document unique de la liste des prestations de services offertes et du prix de chacune d'elles. Ce document, exposé à la vue du public, doit être parfaitement lisible de l'endroit où la clientèle est habituellement reçue. / En outre, le prix de tout ou partie des prestations proposées au public doit faire l'objet d'un affichage lisible de l'extérieur, selon des modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l'économie ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 3 octobre 1983 : " Toute prestation de service doit faire l'objet, dès qu'elle a été rendue et en tout état de cause avant paiement du prix, de la délivrance d'une note lorsque le prix des prestations est supérieur ou égal à 25 euros (TVA comprise). / Pour les prestations de service dont le prix est inférieur à 25 euros (TVA comprise), la délivrance d'une note est facultative, mais celle-ci doit être remise au client s'il la demande ". Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " Les conditions dans lesquelles la délivrance d'une note est obligatoire ou facultative doivent être rappelées à la clientèle par un affichage lisible au lieu où s'exécute le paiement du prix ".
8. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal de constatation de manquement établi par les services de la direction départementale de la protection des populations du Nord le 6 août 2019 et qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, conformément à l'article L. 512-2 du code de la consommation, que la société CDG n'avait affiché ni l'ensemble des tarifs des prestations proposées à la clientèle, ni les conditions de délivrance de la note en méconnaissance de l'article 2 de l'arrêté du 3 octobre 1983 précité. Il résulte en particulier de ce procès-verbal, d'une part, que les " flyers " en libre-service indiquaient uniquement les tarifs propres à deux types d'abonnements et ne renseignaient pas sur les prix des séances à l'unité et, d'autre part, que le classeur contenant l'intégralité des tarifs des prestations était à la disposition uniquement du personnel du club et n'avait pas été mis à jour depuis novembre 2018. La société CDG ne conteste pas sérieusement les mentions du procès-verbal en se bornant à faire valoir que les tarifs des prestations destinées au grand public étaient accessibles et visibles sous forme de " flyers " disposés sur le comptoir d'accueil et que les prix qui n'étaient pas affichés portaient sur des prestations offertes à des comités d'entreprises et non à des particuliers, que la note était bien affichée dans son établissement lors du passage de l'agent de la direction départementale de la protection des populations du Nord et à verser au dossier un cliché photographique, de mauvaise qualité et sans date lisible, du mur d'accueil de son établissement, sur lequel apparaît, selon ses déclarations, une feuille A4 récapitulant les tarifs. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme établissant la matérialité des faits reprochés à la société CDG, lesquels constituaient une méconnaissance des règles relatives à l'information et à la publicité des prix de nature à justifier qu'une sanction fût infligée.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 131-5 du code de la consommation : " Tout manquement aux dispositions de l'article L. 112-1 définissant les modalités d'information sur le prix et les conditions de vente ainsi qu'aux dispositions des arrêtés pris pour son application est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder () 15 000 euros pour une personne morale. () ".
10. Eu égard à la gravité et à la pluralité des manquements mentionnés au point 8, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance, à la supposer établie, que la société CDG se soit immédiatement mise en conformité avec ses obligations réglementaires après la visite des services de la direction départementale de la protection des populations du Nord, l'amende d'un montant total de 3 000 euros qui a été infligée à raison de ces manquements n'est pas disproportionnée.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, créé par la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. / () ". Aux termes de l'article L. 123-2 de ce code : " Est de mauvaise foi, au sens du présent titre, toute personne ayant délibérément méconnu une règle applicable à sa situation. / () ".
12. La société CDG, qui exerce une activité commerciale, ne pouvait ignorer ses obligations en matière d'information et de publicité sur les prix. En tout état de cause, elle ne démontre pas qu'ainsi qu'elle le soutient, elle a régularisé sa situation spontanément ou sur invitation de l'administration. Elle n'est dès lors pas fondée à se prévaloir du " droit à l'erreur " institué par les dispositions précitées.
13. En dernier lieu, si la société CDG soutient que l'amende qui lui a été infligée avait pour but de sanctionner un comportement né d'un litige d'ordre individuel avec une ancienne cliente de la société, en tout état de cause, elle ne l'établit pas. Le moyen tiré du " détournement de pouvoir ou de procédure " doit, par suite, être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord, que la société CDG n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 16 octobre 2018 par laquelle le directeur départemental de la protection des populations du Nord lui a infligé une amende, ensemble la décision du 18 décembre 2019 rejetant son recours gracieux. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société CDG est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée CDG et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Dang, première conseillère,
- Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
L. DANGLe président-rapporteur,
Signé
O. A
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026