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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2001671

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2001671

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2001671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2020, M. C B, représenté par Me Danset-Vergoten, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite du 21 juillet 2019 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et celle du 21 mai 2019 par laquelle il a refusé d'abroger sa décision en date du 17 mai 2017 portant obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au même préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est dépourvue de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'abrogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est dépourvue de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Des pièces, enregistrées le 6 avril 2022, ont été produites par le préfet du Nord.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet du Nord portant refus d'abroger la mesure d'éloignement en date du 17 mai 2017.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2019.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant macédonien né le 1er avril 1988 à Skopje (ex-Yougoslavie), déclare être entré en France le 27 février 2010, accompagné de son épouse. Il a présenté une demande d'asile, rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 7 janvier 2011, confirmée par un jugement de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 7 mars 2012. Le préfet du Nord a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire le 12 juillet 2015 puis un arrêté lui refusant la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et l'obligeant à quitter le territoire français sous trente jours le 17 mai 2017. Ces mesures n'ont pas été exécutées. Par un courrier en date du 20 mars 2019, reçu par télécopie le lendemain, M. B a sollicité de ce préfet l'abrogation de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 15 mai 2017 et la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 313-11 (7°) ou L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence gardé par ce préfet a fait naître deux décisions implicites de rejet de ses demandes. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler, d'une part, la décision implicite du 21 mai 2019 portant rejet de sa demande d'abrogation de la mesure d'éloignement précédemment prise à son encontre, et d'autre part, de la décision implicite du 21 juillet 2019 rejetant sa demande de titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 16 décembre 2019, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet de telle sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant l'abrogation de la mesure d'éloignement :

3. Par un arrêté du 13 janvier 2022, le préfet du Nord a prononcé à l'encontre de l'intéressé une nouvelle obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté a implicitement, mais nécessairement eu pour effet d'abroger la précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 17 mai 2017 et dont l'intéressé a demandé l'abrogation par courrier du 20 mars 2019. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de faire droit à cette demande d'abrogation sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. Aux termes des dispositions l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes des dispositions de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a implicitement rejeté, le 21 juillet 2019, la demande présentée par M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour. Par un courriel du 4 octobre 2019, il a saisi ce même préfet d'une demande de communication des motifs fondant cette décision. Il est constant que le préfet n'a pas répondu à cette demande de communication dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision en litige lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite du préfet du Nord en date du 21 juillet 2019 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation mentionné au point 5, que le préfet du Nord procède à un nouvel examen de la demande de titre de séjour présentée par M. B et qu'il lui délivre, dans l'attente, un récépissé autorisant sa présence sur le territoire français dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Danset-Vergoten, avocate de M. B, d'une somme de 1 200 euros au titre des frais liés à l'instance, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission à titre provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 mai 2019 portant refus d'abrogation de la mesure d'éloignement du 17 mai 2017.

Article 2 : La décision implicite du préfet du Nord du 21 juillet 2019 portant refus de délivrance à ce dernier d'un titre de séjour est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé autorisant sa présence sur le territoire français dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 4 : L'Etat versera à Me Danset-Vergoten, conseil de M. B, une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. A

Le président,

signé

Ch. BAUZERAND

La greffière,

signé

M. NICODEME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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