vendredi 3 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2001734 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ROCHETEAU, UZAN-SARANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 février et 28 juillet 2020, la commune de Neuville-en-Ferrain, représentée par la SCP Rocheteau et Uzan-Sarano, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interministériel du 16 juillet 2019 en tant qu'il refusé de reconnaître l'état de catastrophe naturelle sur son territoire, au titre des dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols intervenus au cours de l'année 2018 , ensemble le courrier du préfet du Nord du 12 août 2019 notifiant cet arrêté ministériel, et les décisions implicite et explicite du 3 janvier 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours gracieux formé le 7 octobre 2019 ;
2°) d'enjoindre aux ministres compétents de reconnaître l'état de catastrophe naturelle pour l'année 2018 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit une mesure d'expertise sur le fondement des dispositions de l'article R.621-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 16 juillet 2019 :
- il a été signé par des autorités incompétentes ;
- il est a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission interministérielle compétente n'a pas rendu d'avis sur sa demande, qu'elle n'a pas procédé à un examen effectif de sa situation, que le quorum n'était pas atteint lors de sa séance du 9 juillet 2019 et qu'elle était irrégulièrement composée en raison de la présence de membres de la caisse centrale de réassurance ;
- il est entaché d'un vice de procédure en tant que le dossier de sa demande transmis par le préfet aux ministres ne contenait pas le rapport préfectoral sur la nature et l'intensité de l'évènement et le rapport météorologique, en méconnaissance des dispositions de la circulaire du 19 mai 1998 ;
- l'arrêté est entaché d'incompétence négative dès lors que les ministres se sont crus, à tort, en situation de compétence liée ;
- il est entaché d'une erreur de droit en tant que les critères météorologiques utilisés sont inadéquats, le sous-critère relatif à la " durée de retour en années " n'étant pas de nature à permettre d'appréhender les phénomènes de retrait et gonflement des argiles et le maillage territorial employé trop large ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que la nature du sol de la commune n'a pas été suffisamment prise en compte, que les critères météorologiques n'ont fait l'objet d'aucune adaptation à sa situation particulière, que la situation de pluviométrie constatée à la station de Lille Lesquin équivaut à celle de l'année 1976 et alors que par un arrêté préfectoral du 31 juillet 2018, le département du Nord a fait l'objet de mesures de restriction d'eau, que les autorités flamandes ont reconnu un état de calamités agricoles et que d'autres communes situées à proximité ont bénéficié de la reconnaissance sollicitée.
En ce qui concerne les autres décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées des mêmes vices et erreurs d'appréciations que l'arrêté du 16 juillet 2019 ;
- elles doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2019.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2020, le ministre de l'intérieur, représenté par la SELAS Arco-Légal, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Neuville-en-Ferrain au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par la commune de Neuville-en-Ferrain ne sont pas fondés.
Par une intervention, enregistrée le 16 mars 2021, l'association CAT NAT Wannehain des sinistrés de la sécheresse de Hauts de France, l'association de défense des sinistrés des mouvements de terrain et l'association CAT NAT Ferrain Vallée de la Lys Hauts de France, représentées par Me Kerrich, demandent que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de la commune de Neuville-en-Ferrain.
Elles soutiennent que :
- leur intervention est recevable ;
- l'arrêté attaqué a été signé par des autorités incompétentes ;
- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission interministérielle compétente n'était pas impartiale du fait de sa composition, qu'elle n'a pas disposé du temps ainsi que des données nécessaires pour statuer ;
- l'arrêté contesté a été publié de façon tardive ;
- il est dénué de base légale en l'absence de définition de l'intensité anormale d'un agent naturel et compte tenu de l'application de critères fluctuants appliqués rétroactivement ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que les critères financiers et du nombre de sinistrés par commune appliqués ne sont pas prévus par les textes ;
- il est entaché d'incompétence négative dès lors que les ministres se sont crus, à tort, en situation de compétence liée ;
- - il est entaché d'erreur de fait dès lors que les données météorologiques ne sont pas fiables, qu'il se fonde sur un maillage arbitraire et trop large et que l'indice d'humidité de Météo France est erroné ;
- il méconnaît le principe d'intelligibilité et de clarté de la norme.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du courrier de notification du préfet du Nord du 12 août 2019, ce courrier n'ayant pas le caractère de décision faisant grief.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de M. Babski, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la sécheresse ayant frappé son territoire au cours de la période allant du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018, la commune de Neuville-en-Ferrain a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances, déposé une demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour les dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse précitée et à la réhydratation des sols. Par un arrêté interministériel du 16 juillet 2019, le ministre de l'économie et des finances, le ministre de l'intérieur et le ministre de l'action et des comptes publics ont fixé la liste des communes pour lesquelles a été constaté l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols pour l'année 2018, au nombre desquelles ne figure pas la commune de Neuville-en-Ferrain. Cet arrêté a été publié au Journal officiel de la République française le 9 août 2019 et notifié à la commune par une lettre du préfet du Nord du 12 août 2019. La commune de Neuville-en-Ferrain a formé le 7 octobre 2019 un recours gracieux auprès du ministre de l'intérieur, qui l'a implicitement rejeté. Par une décision expresse du 3 janvier 2020, se substituant à sa décision implicite, le ministre de l'intérieur a confirmé le rejet du recours de la commune. Par la requête susvisée, la commune de Neuville-en-Ferrain doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté interministériel du 16 juillet 2019 en tant qu'il a refusé de reconnaître l'état de catastrophe naturelle en ce qui la concerne, ainsi que le courrier de notification du préfet du Nord en date du 12 août 2019 et la décision du 3 janvier 2020 du ministre de l'intérieur.
Sur les interventions :
2. L'association Cat Nat Wannehain des sinistrés de la sécheresse des Hauts de France, l'association de défense des sinistrés des mouvements de terrain et l'association Cat Nat Ferrain Vallée de la Lys Hauts de France justifient d'un intérêt suffisant à l'annulation des décisions attaquées. Ainsi, leurs interventions à l'appui de la requête formée par la commune de Neuville-en-Ferrain sont recevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 125-1 du code de assurances : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles / (). / Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. () L'arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. De manière exceptionnelle, si la durée des enquêtes diligentées par le représentant de l'Etat dans le département est supérieure à deux mois, l'arrêté est publié au plus tard deux mois après la réception du dossier par le ministre chargé de la sécurité civile. "
En ce qui concerne le courrier du préfet du Nord du 12 août 2019 :
4. Le courrier du 12 août 2019 par lequel le préfet du Nord a, en application des dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances rappelées au point précédent, notifié la décision contenue dans l'arrêté du 16 juillet 2019 refusant de reconnaître l'état de catastrophe naturelle dans la commune de Neuville-en-Ferrain et informé son maire des motifs les justifiant ne constituent pas une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté du 16 juillet 2019 :
5. En premier lieu, par application de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, les directeurs d'administration centrale, les chefs de service, les directeurs adjoints et les sous-directeurs peuvent signer, à compter du jour suivant la publication au Journal officiel de l'acte les nommant dans leurs fonctions, au nom du ministre, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité. L'arrêté du 16 juillet 2019 a été signé par M. C, M. A et M. D. M. C a été reconduit dans les fonctions de chef de service, adjoint au directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises au ministère de l'intérieur, pour une durée de deux ans à compter du 15 janvier 2019, par un arrêté du 12 décembre 2018 publié au Journal officiel de la République française le 14 décembre suivant. La direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises comprend, selon les articles 10 et 11 de l'arrêté du 23 novembre 2016 portant organisation et attributions de cette direction, une sous-direction de la préparation à la gestion des crises laquelle est chargée de mettre en œuvre la procédure des catastrophes naturelles. M. A a été renouvelé dans l'emploi de sous-directeur des assurances au sein du ministère de l'économie et des finances pour une durée de deux ans à compter du 22 décembre 2018 par arrêté du 10 décembre 2018 publié au Journal officiel de la République française le 12 décembre suivant. La sous-direction des assurances comprend, selon l'article 4 de l'arrêté du 13 février 2018 portant organisation de la direction générale du Trésor, un bureau des marchés et produits d'assurance lequel prépare la réglementation et instruit les dossiers d'indemnisation des catastrophes naturelles. Enfin, M. D a été renouvelé dans l'emploi de sous-directeur chargé de la cinquième sous-direction de la direction du budget du ministère de l'action et des comptes publics pour une durée de deux ans à compter du 13 juin 2018, par arrêté du 25 mai 2018 publié au Journal officiel du 27 mai 2018. La cinquième sous-direction de la direction du budget comprend, selon l'article 6 de l'arrêté du 27 mars 2007 portant organisation de cette direction, le bureau intérieur et action gouvernementale qui suit le régime d'assurance des catastrophes naturelles. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence des signataires de l'arrêté du 16 juillet 2019 manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de la circulaire interministérielle du 27 mars 1984 relative à l'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles, la commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles " est composée : d'un représentant du Ministère de l'Intérieur et de la Décentralisation, appartenant à la Direction de la Sécurité Civile ; d'un représentant du Ministère de l'Economie, des Finances et du Budget, appartenant à la Direction des Assurances ; d'un représentant du Secrétariat d'Etat auprès du Ministre de l'Economie, des Finances et du Budget, chargé du Budget, appartenant à la Direction du Budget. Le secrétariat de la commission interministérielle est assuré par la caisse centrale de réassurance () ".
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, le 9 juillet 2019, la commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles s'est réunie et a émis un avis sur la situation de la commune de Neuville-en-Ferrain, le quorum étant atteint. Si des représentants des ministères de l'intérieur, de la transition écologique et solidaire, des outre-mer et de l'action et des comptes publics et de la caisse centrale de réassurance étaient présents, le représentant du ministère de l'économie et des finances était quant à lui absent. Toutefois, malgré cette absence et même si des représentants de l'administration, autres que ceux prévus par la circulaire précitée étaient présents, il n'apparaît pas que, eu égard à la mission technique confiée à cette commission, ces circonstances aient affecté de partialité l'appréciation portée par ses membres sur les demandes de reconnaissance de catastrophe naturelle qui lui ont été soumises, qu'elles ont privé les personnes intéressées d'une garantie ou qu'elles ont exercé une influence sur le sens de la décision prise. Par ailleurs, si trois agents de la caisse centrale de réassurance ont siégé lors de cette même séance en vue d'en assurer le secrétariat, il ne ressort pas des pièces du dossier que leur présence a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise et qu'elle a privé la commune requérante de la garantie tenant à l'obligation qui incombe à cette instance de procéder à un examen circonstancié et impartial de chaque demande. Par conséquent, la commission n'a pas siégé dans une formation irrégulière.
8. D'autre part, il ne peut être déduit de la seule durée de la séance du 9 juillet 2019 et de la circonstance que la commission y a examiné de nombreuses demandes que l'avis a été irrégulièrement émis et alors qu'il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que la commission n'a pas examiné le dossier de la commune requérante de manière suffisamment approfondie et particulière.
9. Enfin, les dispositions de la circulaire du 19 mai 1998 relative à la constitution des dossiers concernant les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, destinées aux seuls services des préfectures et relatives aux pièces devant être produites par ces services à l'appui des demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, constituent des mesures d'organisation du service. Par suite, la commune de Neuville-en-Ferrain ne peut utilement en invoquer la méconnaissance. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission n'a pas bénéficié de tous les éléments utiles lui permettant de rendre son avis.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté dans toutes ses branches.
11. En troisième lieu, les dispositions précitées de l'article L. 125-1 du code des assurances n'ont ni pour objet ni pour effet de prévoir à peine d'irrégularité de la décision la publication au Journal officiel de l'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle dans le délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. Par ailleurs, l'expiration du délai imparti par un texte à l'autorité administrative pour statuer sur une demande ne dessaisit pas cette autorité, qui demeure tenue de statuer sur la demande. Par suite, la circonstance que l'arrêté interministériel du 16 juillet 2019, publié au journal officiel de la République française le 9 août 2019, soit plus de trois mois après le dépôt le 13 février 2019 du dossier de la commune de Neuville-en-Ferrain de demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle est sans incidence sur la régularité de cet arrêté.
12. En quatrième lieu, les ministres ont la faculté, même en l'absence de disposition le prévoyant expressément, de s'entourer avant de prendre les décisions relevant de leur compétence, des avis qu'ils estiment utile de recueillir.
13. En l'espèce, la commission interministérielle prévue par la circulaire interministérielle du 27 mars 1984 précitée n'a pour mission que d'éclairer les ministres sur l'application à chaque commune des méthodologies et paramètres scientifiques permettant de caractériser les phénomènes naturels en cause, notamment ceux issus des travaux de Météo France. Ainsi, les avis qu'elle émet ne lient pas les autorités dont relève la décision. En s'appuyant sur les résultats issus de la méthodologie élaborée par Météo France ainsi que sur l'avis de cette commission pour apprécier l'existence, dans la commune requérante, d'un état de catastrophe naturelle, les ministres n'ont pas, en l'espèce, méconnu l'étendue de leur compétence. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. En cinquième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 125-1 du code des assurances que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance, sur le territoire, de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet égard, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées. A cet effet, ils peuvent légalement, même en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires le prévoyant, s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune. Il incombe enfin aux ministres concernés de tenir compte de l'ensemble des éléments d'information ou d'analyse dont ils disposent, le cas échéant à l'initiative des communes concernées.
15. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la circulaire du 10 mai 2019 relative à la révision des critères de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, mise en ligne sur le site Légifrance à compter du 13 mai 2019, et du courrier de notification daté du 12 août 2019 adressé à la commune de Neuville-en-Ferrain que pour instruire sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle à raison des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, les ministres se sont fondés sur deux critères cumulatifs, un critère géologique et un critère météorologique examinés au regard des études réalisées par Météo France pour les données météorologiques, et par le BRGM pour les données géologiques. Aux termes de cette méthode, le critère géotechnique est rempli lorsqu'au moins 3% du territoire communal est composé de sols sensibles aux mouvements de terrain. S'agissant du critère météorologique, Météo France, en utilisant l'ensemble des données pluviométriques présentes dans sa base de données climatologiques, modélise le bilan hydrique de l'ensemble du territoire français à l'aide d'une grille composée d'un maillage de plus de 9 000 mailles, chacune ayant huit kilomètres de côté. Pour chaque maille est évalué le seuil à partir duquel le phénomène de sécheresse est considéré comme intense et anormal. La méthode employée à cet effet se fonde sur des modèles simulant les échanges d'eau et d'énergie entre le sol et l'atmosphère (modèle ISBA), prenant en compte le ruissellement et le drainage (modèle MODCOU) et les variables atmosphériques près de la surface (modèle SAFRAN). La teneur en eau des sols est représentée par le paramètre SWI qui est un indice d'humidité du sol, intégrant l'humidité de la zone racinaire et de la zone profonde, un indice proche de 1 révélant un sol saturé d'eau et une valeur d'indice proche de 0 caractérisant un sol très sec. Pour chaque saison de l'année, sont examinés cet indicateur d'humidité des sols, ainsi que la durée de retour de celui-ci par comparaison aux indicateurs d'humidité des sols des cinquante dernières années. Si cette durée atteint 25 ans, dans une maille et pour un mois, la sécheresse est regardée comme présentant une intensité anormale sur l'ensemble du trimestre saisonnier, chaque année donnant lieu au découpage saisonnier suivant : période de sécheresse hivernale du 1er janvier au 31 mars, sécheresse printanière du 1er avril au 30 juin, sécheresse estivale du 1er juillet au 30 septembre et sécheresse automnale du 1er octobre au 31 décembre.
16. D'autre part, si la commune de Neuville-en-Ferrain et les associations intervenantes font valoir que ces critères sont inappropriés en raison de l'utilisation de mailles géographiques d'une superficie trop importante, d'une insuffisance de prise en compte de la nature du sol, de l'absence d'adaptation des critères météorologiques à la nature du sol, de l'absence de fiabilité des données et calculs de Météo France, elles ne fournissent à l'appui de leurs allégations aucun élément à caractère scientifique étayé permettant d'établir les insuffisances qu'elles invoquent du système de modélisation développé par Météo France. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la méthode décrite au point précédent ne permet pas la prise en compte de la situation particulière de chaque commune ni aux ministres d'apprécier de manière suffisamment objective, précise et conforme aux buts poursuivis par l'article L. 125-1 du code des assurances, l'intensité anormale des phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols en cause. Par ailleurs, si les critères employés ont fait l'objet d'évaluation et d'adaptation au cours de ces dernières années pour tenir compte de l'évolution des connaissances scientifiques disponibles et que la modélisation opérée présente nécessairement un caractère technique, ils ne sont pas pour autant inintelligibles, contrairement à ce qui est soutenu.
17. Par suite, les moyens tenant à l'absence de base légale de l'arrêté contesté et des critères employés ainsi que ceux de l'erreur de droit en raison du caractère inadéquat de ces mêmes critères et à la méconnaissance du principe d'intelligibilité et de clarté de la norme doivent être écartés.
18. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un critère financier ait été au nombre de ceux employés dans le cadre de l'instruction de la demande de la commune de Neuville-en-Ferrain. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il appartient aux ministres de tenir compte de l'ensemble des éléments d'information ou d'analyse en leur possession. Ainsi, la rubrique dédiée au " nombre de bâtiments endommagés " prévue par le formulaire de demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle mis à disposition des communes par les services du ministère de l'intérieur n'a pas pour objet d'instituer un critère supplémentaire, contrairement à ce que les associations intervenantes soutiennent, mais de permettre aux ministres de disposer d'une information complète quant à la situation des communes concernées.
19. En septième lieu, la circulaire ministérielle n° INTE1911312C du 10 mai 2019 relative à la procédure de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle et qui révise la méthodologie d'appréciation de l'intensité et l'anormalité des agents naturels a été mise en ligne sur le site Légifrance à compter du 13 mai 2019 ainsi qu'il a déjà été dit. En application des dispositions de l'article R. 312-7 du code de relations entre le public et l'administration, les ministres pouvaient par suite régulièrement s'en prévaloir pour instruire la demande de la commune requérante quand bien même les faits qui ont justifié son dépôt sont intervenus antérieurement à cette publication, l'autorité administrative se devant de statuer sur les demandes dont elle est saisie en fonction des règles en vigueur à la date de sa décision. Par suite et en l'absence d'atteinte à une situation juridique définitivement constituée, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de rétroactivité en raison de l'application de critères intervenus postérieurement aux dommages ayant justifié le dépôt d'une demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle doit être écarté.
20. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le territoire de la commune de Neuville-en-Ferrain est composé à 99,57 % de sols sensibles aux aléas de retrait et gonflement. Il apparaît en outre qu'en ce qui concerne la mailles n° 64 à laquelle la commune est rattachée, l'indicateur de teneur en eau des sols a été estimé, au titre de l'année 2018, à 1,18 pour l'épisode hivernal avec une durée de retour à la normale de l'indice d'humidité du sol superficiel moyen estimée à un an. Pour l'épisode printanier, ce même indicateur a été estimé à 0,5 avec une durée de retour d'un an, s'agissant de la période estivale, la teneur en humidité a été estimée à 0,25 pour une durée de retour estimée à deux ans, et pour la période automnale la teneur en humidité a été estimée à 0,67 pour une durée de retour estimée à 7 ans. De tels taux d'humidité des sols et de telles durées de retour ne permettent pas de caractériser l'existence d'un épisode de sécheresse intense et anormal. Si les associations intervenantes soutiennent que ces données sont erronées, elles ne l'établissent pas. Par ailleurs, l'édiction par le préfet du Nord, le 31 juillet 2018, d'un arrêté réglementant les usages de l'eau en vue de la préservation de la ressource en eau dans le département du Nord, dès lors que les critères mis en œuvre à cette occasion diffèrent de ceux appliqués pour déterminer l'existence d'un état de catastrophe naturelle ne permet pas d'établir, à elle seule, le caractère exceptionnel ou anormal de l'intensité du phénomène de sécheresse invoqué par la commune. Il en est de même en ce qui concerne la reconnaissance par les autorités flamandes de l'existence d'un état de calamité agricole. Les allégations de la commune en ce qui concerne l'existence d'une discrimination en tant que des communes voisines auraient bénéficié d'une reconnaissance de l'état de catastrophe naturelles sont, quant à elles, dépourvues des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, les ministres compétents n'ont pas fait une appréciation erronée en ce qui concerne l'absence d'intensité anormale des phénomènes de sécheresse ayant frappé la commune de Neuville-en-Ferrain au cours de la période allant du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018. Dans ces circonstances, les moyens tirés de l'existence d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision du 3 janvier 2020 :
21. En premier lieu, s'il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux, le requérant qui conteste tant la décision initialement prise par l'autorité administrative que le rejet du recours gracieux, ne peut utilement contester les vices propres entachant ce dernier. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 3 janvier 2020 rejetant le recours gracieux de la commune requérante doit être écarté en tant qu'il est inopérant.
22. En second lieu, compte tenu de ce qui précède, la commune requérante n'est pas fondée à soutenir que les mêmes vices et erreurs d'appréciation que ceux entachant d'illégalité l'arrêté du 16 juillet 2019 entacheraient d'illégalité la décision contestée.
23. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, que les conclusions de la commune de Neuville-en-Ferrain tendant à l'annulation de l'arrêté interministériel du 16 juillet 2019 en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle sur son territoire, au titre des dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs aux phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols intervenus au cours l'année 2018 ainsi qu'à celle de la décision du 3 janvier 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation de la requête de la commune de Neuville-en-Ferrain, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Neuville-en-Ferrain la somme demandée par le ministre de l'intérieur au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : Les interventions de l'association Cat Nat Wannehain des sinistrés de la sécheresse des Hauts de France, de l'association de défense des sinistrés des mouvements de terrain et de l'association Cat Nat Ferrain Vallée de la Lys Hauts de France sont admises.
Article 2 : La requête de la commune de Neuville-en-Ferrain est rejetée.
Article 3 : Les conclusions du ministre de l'intérieur présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Neuville-en-Ferrain, à l'association Cat Nat Wannehain des sinistrés de la sécheresse des Hauts de France, à l'association de défense des sinistrés des mouvements de terrain, à l'association Cat Nat Ferrain Vallée de la Lys Hauts de France et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
-- M. Liénard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe 3mars 2023.
La rapporteure,
Signé
E. B
Le président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. E
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026